La société marseillaise IVM Technologies développe des outils qui permettent aux robots sous-marins de se repérer et de reconstruire leur environnement en 3D. À Saumaty, la PME teste une nouvelle technologie destinée à rendre les inspections sous-marines plus rapides et précises.

Sous l’eau, le GPS ne fonctionne plus et la visibilité peut être limitée. Alors, comment un robot sous-marin peut-il se repérer ? Depuis sa création en 2020, la PME marseillaise IVM Technologies, développe des outils qui permettent aux robots sous-marins de se localiser, de suivre les mouvements d’une infrastructure sous l’eau et d’en reconstituer une représentation en 3D.

Avant de tester une technologie en pleine mer, la société doit d’abord la confronter à des conditions réelles. À Saumaty, dans le 16e arrondissement, l’entreprise teste actuellement ses équipements sur une maquette de 250 kilos immergée jusqu’à six mètres de profondeur pour reproduire les conditions rencontrées lors de futures opérations en mer.

« L’objectif est de vérifier le comportement du véhicule et de ses technologies avant de passer à des essais plus complexes, en pleine mer. Nos technologies peuvent être utilisées pour surveiller des éoliennes flottantes, des barrages ou des installations gazières, mais aussi pour étudier des sites archéologiques ou des habitats marins », précise Vincent Chiaroni, associé dirigeant et cofondateur de l’entreprise.

Une expertise locale

Depuis sa fondation, IVM Technologies s’est spécialisée dans les technologies de reconstruction et de modélisation 3D des environnements sous-marins. Installée dans un parc d’activités du 9e arrondissement de Marseille, la société conçoit et assemble elle-même ses équipements, du développement des technologies au câblage. La fabrication de certaines pièces, notamment par impression 3D, est sous-traitée.

À Fos-sur-Mer, IVM Technologies travaille également avec Provence grand large sur l’inspection des lignes d’ancrage d’éoliennes flottantes. Ses principaux clients sont des sociétés spécialisées dans les prestations d’inspection, auxquelles la PME fournit ses équipements, ainsi que des fabricants de véhicules sous-marins et de surface, comme la société marseillaise Subsea Tech.

L’entreprise compte aujourd’hui 19 salariés et réalise 75% de son activité à l’export, dans 23 pays, contre 25% en France.

Comprendre le positionnement sous-marin

Pour permettre aux robots de mieux se repérer sous l’eau, IVM Technologies travaille sur Velella, un projet de recherche financé par France 2030 et opéré par l’Ademe.

La PME s’appuie d’abord ce que l’on appelle la vision. Grâce aux images captées par le véhicule, son système lui permet déjà de se maintenir à une position et à une distance données par rapport à ce qu’il inspecte. L’objectif est désormais de croiser ces informations avec celles fournies par d’autres capteurs, notamment acoustiques et inertiels, pour rendre le positionnement plus fiable.

IVM Technologies travaille sur cette approche depuis 2023, avec une première solution de SLAM, une technologie qui permet au robot de se localiser tout en cartographiant son environnement. L’entreprise a déposé un brevet sur cette technologie en octobre 2024.

« Ce qui coûte cher en mer, c’est le temps »

Derrière ces développements technologiques, l’objectif est de permettre aux clients d’aller plus vite lors de leurs inspections. « L’un de nos clients étrangers est passé de 12h à 2h d’inspection par jour. Ce qui coûte cher en mer, c’est le temps qu’on y passe », témoigne Vincent Chiaroni.

La facture peut rapidement être salée. Selon IVM Technologies, un petit navire peut coûter quelques milliers à plusieurs dizaines de milliers d’euros par jour. Pour des opérations plus importantes, la coût peut atteindre plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de milliers d’euros par jour.

La reconstruction en 3D permet aussi de limiter les déplacements. Une fois le modèle numérique réalisé, certaines inspections peuvent être préparées ou complétées à distance, sans avoir à retourner systématiquement sur le site.

Saumaty, un laboratoire grandeur nature

Dans ses locaux, l’entreprise dispose d’un bassin de 17 m3, profond de deux mètres pour réaliser ses premiers tests. « Mais entre un bassin et la mer, il existe encore un écart important », rappelle l’ingénieur.

Pour franchir cette étape, la PME a installé une zone d’essai à Saumaty. Ingénieurs et techniciens peuvent y tester leurs équipements dans un environnement marin réel, avec une visibilité proche de celle rencontrée lors de certaines opérations sous-marines.

Ces essais doivent notamment préparer les prochaines inspections en pleine mer, comme celles prévues sur Floatgen, le démonstrateur d’éolienne flottante développé par BW Ideol et installé au large de Saint-Nazaire.

IVM Technologies, Depuis l’Estaque, cette entreprise marseillaise apprend aux robots à se repérer sous l’eau, Made in Marseille
Hydro 300, un capteur sous-marin équipé d’un système sous-marin télé-opéré (ROV), développé par IVM Technologies pour ses travaux de recherche et développement. © IVM Technologies

À Saumaty, cela représente environ 30 000 euros, entre la location du site, la maquette, le matériel et les prestations nécessaires aux essais. Aujourd’hui, moins d’un quart de ses dépenses de R&D est financé par les dispositifs publics, le reste par ses fonds propres.

Si cette technologie arrive jusqu’aux opérations commerciales, ce sera aussi une nouvelle illustration du savoir-faire développé à Marseille dans les technologies maritimes et sous-marines.

IVM Technologies, Depuis l’Estaque, cette entreprise marseillaise apprend aux robots à se repérer sous l’eau, Made in Marseille
La maquette testée sur le site de Saumaty, dans le 16e arrondissement de Marseille.
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