Relancée il y a dix ans en Provence, la culture de l’amande porte aujourd’hui ses fruits. Pour la première fois cette année, les calissons de la gamme Tradition d’Aix du Roy René sont fabriqués à 100% avec des amandes provençales.

Hasard du calendrier. La 30e bénédiction des calissons d’Aix-en-Provence, qui s’est tenue ce dimanche 5 septembre, intervient au même moment où la Fabrique du Roy René est enfin en mesure de fabriquer son produit phare, les calissons, avec 100% d’amandes de Provence.

Pour Laure Pierrisnard, directrice générale de la confiserie Roy René (Territoire de Provence) et présidente de l’Union des fabricants de calissons d’Aix, c’est l’aboutissement d’une décennie de travail, avec un objectif fixé depuis 2015.

Le Roy René, Le grand retour de l’amande provençale dans la fabrication des calissons du Roy René, Made in Marseille

Dix ans pour relancer l’amande de Provence

En 2015, le groupe agroalimentaire provençal Territoire de Provence, qui réunit plusieurs maisons historiques comme Le Roy René, Brémond Fils ou encore La Maison de la Pistache, dépend encore largement d’amandes importées, notamment d’Espagne.

C’est cette année-là que débute un vaste plan de relance de l’amande en Provence, avec un objectif : parvenir à fabriquer le calisson d’Aix uniquement à partir d’amandes locales. Un projet qui s’inscrit nécessairement dans le temps. « Une fois l’amandier planté, il faut compter au minimum quatre ans pour une petite récolte et sept ans pour une pleine récolte », rappelle Laure Pierrisnard.

En parallèle, le syndicat des amandiculteurs de Provence voit le jour et la filière commence à se structurer avec les producteurs, la Chambre régionale d’agriculture et la Région Sud, notamment autour de France Amande, l’interprofession dont Le Roy René est administrateur.

Près de dix ans plus tard, les premières récoltes permettent de concrétiser cette ambition. Depuis 2024, la Fabrique Roy René remplace progressivement les amandes espagnoles de sa gamme Tradition d’Aix par des amandes de Provence : 30% d’abord, puis 50%, avant d’atteindre 100% depuis cet été.

Le Roy René, Le grand retour de l’amande provençale dans la fabrication des calissons du Roy René, Made in Marseille
À Cucuron, dans le Luberon, Fabienet  Ludivine Dauphin ont rejoint, en 2015, le collectif qui s’est formé autour du plan de relance de l’amande de Provence.

Plus de 50 tonnes d’amandes par an

La relocalisation de l’approvisionnement a nécessité la reconstitution d’un réseau de producteurs. Entre 1 000 et 1 200 hectares d’amandiers ont été plantés en Provence, notamment sur le plateau de Valensole, autour de Puyricard et Rognes, dans le Luberon et la vallée des Baux-de-Provence.

Le syndicat réunit aujourd’hui une trentaine de producteurs. Le Roy René travaille avec cinq à six professionnels sous contrat, les premiers ayant été signés en 2023 pour trois ans.

Pour ses calissons et désormais ses nougats, la Fabrique achète plus de 50 tonnes d’amandes par an. Le modèle repose sur la diversification des exploitations. Dans le Luberon, certains producteurs ont notamment choisi l’amandier comme nouveau débouché face aux difficultés rencontrées par d’autres cultures.

Le Roy René, Le grand retour de l’amande provençale dans la fabrication des calissons du Roy René, Made in Marseille

Une filière exposée au gel

Cette relocalisation a un coût. Laure Pierrisnard parle de « prix juste » pour les producteurs. Les contrats pluriannuels prennent notamment en compte l’évolution de l’index du prix agricole.

L’amande espagnole se vend actuellement autour de 7 à 8 euros le kilo. Selon Laure Pierrisnard, « l’amande de Provence est 50 fois plus chère ». Malgré ce surcoût, certains produits de la gamme des calissons d’Aix, une quinzaine de références représentant près de la moitié de la marque, ont augmenté de moins de 10% dans les treize boutiques du réseau et chez les revendeurs.

Mais produire localement signifie aussi composer avec les aléas agricoles. L’amandier est le premier arbre fruitier à fleurir en Provence et reste donc particulièrement exposé au gel. En 2026, des plantations autour de Manosque ont été touchées lors de la floraison de mars. Certains producteurs ont installé des éoliennes pour brasser l’air et limiter le risque, tandis que le syndicat a mis en place un système d’alerte.

Les récoltes de 2026, qui doivent se terminer vers la mi-septembre, serviront aux productions transformées à partir de novembre dans sa manufacture basée à Aix, et commercialisées au début de 2027. Le Roy René souhaite désormais intégrer davantage d’amandes de Provence dans ses autres produits, tout en sécurisant ses stocks. La maison Reine Jeanne en utilise déjà 10% depuis 2026.

Un amandier peut produire pendant 15 à 25 ans, avec un renouvellement progressif des arbres. Pour Le Roy René, dont le chiffre d’affaires a atteint 18 millions d’euros en 2025, en hausse de 5%, le défi est désormais de faire durer cette filière locale tout en garantissant les volumes nécessaires à sa production.

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