Après avoir réalisé une série de peintures à l’huile sous l’eau, l’artiste apnéiste Sofiane Benyahia s’est lancé le défi de coudre directement les détritus sous-marins sur ses toiles, en retenant sa respiration à 6 mètres de profondeur.

Une pince à cheveux, un leurre de pêche, une bouteille en plastique… Ces objets, échoués au fond de la mer, sont devenus la matière première de la nouvelle série de Sofiane Benyahia. L’artiste marseillais plonge en apnée pour les récupérer et les intégrer directement à ses tableaux en suivant une méthode qu’il a inventée.

Le plongeur installe sa toile prépeinte à environ 6 mètres de profondeur, tenue grâce à des poids. À chaque trouvaille, il remonte à la surface pour reprendre son souffle, puis redescend avec une aiguille coudée et du fil de nylon pour fixer l’objet sur la toile.

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« Figer » les déchets dans le temps

Sofiane Benyahia connaît bien les fonds marins. Après avoir passé près de dix ans dans les forces sous-marines, il s’est tourné vers l’apnée. Cette nouvelle pratique lui fait découvrir le monde marin autrement, et surtout sa beauté. Aujourd’hui, il développe une démarche artistique mêlant peinture, photographie et performance sous-marine.

« Il n’y a pas de mot pour tout le nombre de déchets que j’ai pu voir et ramasser sous l’eau », témoigne l’artiste plongeur. Ces déchets sous-marins proviennent à 80 % de la terre ferme et finissent en Méditerranée transportés par les fleuves et les pluies. 10 kilos de plastique y sont ainsi déversés chaque seconde, ce qui en fait la mer la plus polluée au monde. Sofiane a pu confirmer ces statistiques de ses propres yeux au fil de ses plongées.

Avant de coudre les déchets sur ses toiles, il peignait déjà sous l’eau à la peinture à l’huile. Mais face à la quantité de détritus rencontrés, il a choisi de les intégrer directement à ses œuvres. « Peindre des déchets, je trouvais ça moins représentatif que des déchets réels. C’est pour ça que j’ai voulu les figer dans le temps », explique-t-il.

Pour l’artiste, l’œuvre est aussi un moyen de rendre visible une pollution que l’on ne voit pas depuis la plage. « L’art, pour moi, c’est un moyen de passer un message fort et politique, assume-t-il. Sans pour autant être culpabilisant envers le citoyen, quand on sait que seuls 23% des déchets plastiques sont recyclés en France ». Son travail s’inscrit dans la continuité d’opérations de dépollution menées avec des associations locales.

De l’émerveillement à l’action

Sofiane Benyahia est aujourd’hui ambassadeur de l’ONG Pure Ocean, qui soutient la recherche scientifique destinée à mieux connaître et protéger les océans. En 2026, l’organisation accompagne notamment cinq projets scientifiques lauréats.

Mais l’artiste veut aller encore plus loin. Il recherche actuellement des sponsors pour pouvoir réaliser des performances de plus grande ampleur. Parmi ses projets : une performance inspirée par le nombre d’or, en lien avec la grotte Cosquer, qui reste pour l’heure à l’état de réflexion.

Car derrière ses œuvres, Sofiane Benyahia défend une idée : pour protéger la mer, il faut d’abord apprendre à l’aimer. « Ce n’est pas un monde qui fait peur, c’est un monde émerveillant. L’émerveillement, ça donne envie d’agir, ça donne envie de protéger. Et quand on aime un milieu, on a envie de le protéger ».

En attendant, le public pourra découvrir ses œuvres du 3 au 6 septembre prochains à la galerie de l’Atelier 108, rue Sainte (7e), dans le cadre du OFF du salon Art-O-Rama.

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