Depuis près de 200 ans, l’entreprise marseillaise Vivian & Cie met son savoir-faire au service du patrimoine local. Parmi ses derniers chantiers figure la restauration de l’emblématique bastide de la Magalone. Reportage.
La Vieille Charité, l’église des Réformés, le château d’If… Les façades restaurées de Marseille cachent un savoir-faire rare. Spécialisée dans la taille de pierre, la maçonnerie patrimoniale et la couverture ancienne, l’entreprise familiale Vivian & Cie participe à la restauration d’édifices emblématiques de la ville depuis 1830.
À sa tête, Renaud Quercia. Ce Marseillais originaire du 12e arrondissement connaît les pierres de la ville presque aussi bien que les chantiers qu’il dirige. Le trentenaire est entré dans la maison en tant qu’apprenti il y a 19 ans. Depuis, il a retenu deux principes. Le premier : laisser derrière soi un chantier impeccable, gage de crédibilité. Le second : intervenir sans jamais trahir l’histoire du lieu.
Nous le rejoignons justement au pied de la Magalone (9e), bastide du XVIIIe siècle classée monument historique, dont le chantier de restauration du jardin doit s’achever en août 2026. « Je n’ai pas choisi ce chantier par hasard. Cette propriété de la Ville de Marseille est chargée d’histoire », sourit Renaud Quercia, presque ému.
Une PME portée par les grands chantiers marseillais
Pour comprendre l’histoire de Vivian & Cie, il faut comprendre celle de la ville. À la fin du XIXe siècle, Marseille s’étend, son port se modernise et de grands projets urbains voient le jour, comme le développement du quartier de la Joliette et la construction de la rue de la République.
Au fil des siècles, l’entreprise évolue aussi. Dans les années 1960, Vivian & Cie est rachetée par Grands Travaux du Midi, une société appartenant à Vinci. En 1995, l’entreprise se retire du groupe puis fusionne avec Les Compagnons de Castellane, une entreprise marseillaise de maçonnerie spécialisée dans la restauration de monuments historiques et dans la réhabilitation de bâtiments.
Depuis 2020, Vivian & Cie – Les Compagnons de Castellane a cédé la majorité de ses actions au groupe Ateliers de France. Mais une partie du capital reste aujourd’hui détenue par les salariés via un plan d’épargne entreprise.
L’entreprise réalise deux à trois grands chantiers de réhabilitation par an. Et Marseille draine 40% du chiffre d’affaires.
Préserver l’identité et le patrimoine marseillais
Chez Renaud Quercia, la restauration du patrimoine dépasse la simple technique. Le dirigeant porte un regard attentif sur l’architecture marseillaise et les histoires que racontent ses bâtiments. « Les maçons d’autrefois réemployaient les mâts de bateaux pour réaliser les poutres de plancher des immeubles du centre-ville », partage-t-il.
Entré dans l’entreprise comme apprenti, il a fait ses premières armes sur les chantiers, aux côtés des chefs d’équipe. Préparer les gâchées de mortier, manipuler les pierres, poser les éléments de taille… Autant d’étapes qui lui ont permis de comprendre les contraintes du terrain avant de prendre la direction des opérations.
Sur tous les chantiers, dont celui du fort Saint-Jean, il apprend surtout aux équipes à adapter les textures et les matériaux. « Vous voyez ici, sur le chantier de la Magalone, les granulats nécessaires aux mortiers proviennent de la carrière de Sainte-Marthe », précise-t-il.
Cette exigence a permis à l’entreprise de construire sa réputation. Tous les deux ans, elle renouvelle trois certifications, dont une détenue par seulement trois entreprises dans la région (Qualibat 2194 – Restauration pierre de taille et maçonnerie Monuments Historiques).
Faire face à la baisse des financements du patrimoine
Jusqu’ici, 80% des appels d’offres auxquels l’entreprise répond sont des marchés publics. Leur outil Vecteur + analyse plusieurs centaines d’appels d’offres publics dans le Sud-Est à partir d’une liste de mots-clés comme « aqueduc », « patrimoine », « fort » par exemple.
Renaud Quercia analyse ensuite les annonces et se positionne ou non selon la pertinence du chantier, du volume et du coût. De 2020 à 2025, l’entreprise est passée de 15 à 25 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel. Une croissance portée par l’obtention des chantiers de réhabilitation de la Ville de Marseille.
Mais face à la forte réduction des budgets des DRAC (Directions régionales des affaires culturelles) consacrés aux travaux sur le patrimoine en 2026, Renaud Quercia change de stratégie. Selon les données budgétaires*, les crédits d’intervention des DRAC pour la restauration et l’entretien des monuments historiques reculent d’environ 38%.
La restauration du patrimoine séduit aussi la clientèle privée
Depuis un an, l’entreprise développe ainsi une activité auprès d’une clientèle privée haut de gamme, en s’appuyant notamment sur le réseau du groupe Ateliers de France. Plusieurs chantiers de résidences secondaires sur la Côte d’Azur, notamment dans le secteur de Cannes, sont déjà engagés.
« Souvent, il s’agit de propriétaires qui acquièrent des demeures anciennes et souhaitent les adapter à leurs usages tout en préservant leur caractère patrimonial », explique Renaud Quercia. De la restauration de jardins historiques à la création de cheminements en calade, ces réalisations restent toutefois fidèles au cœur de métier de l’entreprise.
Le montant de ces opérations varie de quelques dizaines de milliers d’euros à près d’un million d’euros, pour des chantiers pouvant s’étendre sur deux à trois ans. D’ici à 2027, l’entreprise ambitionne de porter la part du marché privé à 30% de son activité. Un objectif que Renaud Quercia espère atteindre avant de fêter les 200 ans de l’entreprise en 2030.
