À quoi ressemble la colère ? Comment reconnaître la tristesse ou la peur avant même de savoir parler ? À Marseille, un ingénieur de Centrale Méditerranée a créé avec sa fille les « Émovis », des doudous émotionnels destinés aux tout-petits. Pensés pour les 0-6 ans, ils sont aujourd’hui utilisés dans les crèches municipales de la ville.

Dans une petite main d’enfant, les Émovis ressemblent d’abord à de simples doudous colorés. Pourtant, derrière leurs visages brodés, se cache un travail inspiré des recherches du psychologue américain Paul Ekman, spécialiste des émotions et des expressions faciales.

À l’origine du projet, Jérémie Zimmermann, ingénieur de formation et professeur d’agilité comportementale à Centrale Méditerranée. Depuis plusieurs années, il enseigne l’intelligence émotionnelle et les « soft skills » à ses étudiants ingénieurs. « Je voyais que mes élèves manquaient de bases solides sur tout ce qui est intelligence émotionnelle », raconte-t-il.

Des doudous fabriqués à la main à Marseille

L’idée des Émovis naît en parallèle de la naissance de sa fille en 2021. Le père échange très tôt avec elle grâce au langage des signes pour bébés. Puis viennent les émotions. « Je me suis dit que ce serait bien d’avoir un « Vice-Versa » à la maison », explique l’ingénieur, en référence au célèbre dessin animé des studios Disney. Avec sa femme, couturière, il réalise alors un premier prototype de doudou émotionnel.

Rapidement, les retours de parents et de professionnels de la petite enfance l’encouragent à aller plus loin. Jérémie veut s’appuyer sur une représentation fidèle des émotions humaines. « Maintenant, les émotions, c’est normé », affirme-t-il en référence aux travaux scientifiques sur les micro-expressions.

Ses doudous sont aujourd’hui fabriqués à la main dans un ESAT marseillais spécialisé dans la couture. Un choix important pour le créateur qui souhaitait donner une dimension sociale et locale au projet. Des étudiants ingénieurs ont également participé au lancement du projet lors de ses premières expérimentations.

émotions, Des peluches marseillaises pour apprendre aux enfants à parler de leurs émotions, Made in Marseille
© Emovis

Une « météo des émotions » dans les crèches marseillaises

Mais les Émovis ne se limitent plus aux peluches. Avec Sophie Le Millour, fondatrice marseillaise de « La Bulle des émotions », Jérémie développe aussi une « météo des émotions » gratuite destinée aux crèches. Chaque matin, les enfants placent leur photo sous l’émotion qui correspond à leur état du moment. Un rituel pensé pour apprendre à identifier, nommer et comprendre ce qu’ils ressentent.

Selon Jérémie, l’outil permet aussi aux professionnels d’observer plus rapidement le climat émotionnel d’un groupe d’enfants. « Les enfants vont comprendre que les autres aussi se sentent pareil, qu’on peut changer d’émotion », détaille-t-il.

Le dispositif a d’abord été testé dans la classe de sa fille, à l’école des Moulins. Après un atelier mené en janvier, les enseignantes décident d’intégrer les outils dans leurs rituels quotidiens. Une expérimentation qui attire ensuite l’attention de la Ville de Marseille.

Un premier retour d’expérience fin août

Depuis, la « météo des émotions » a été mise à disposition des crèches municipales. La responsable Petite Enfance de la Ville de Marseille a confirmé que l’outil serait déployé dans l’ensemble des structures municipales à la rentrée.

Un premier retour d’expérience est attendu le 30 août au Dôme, lors d’une journée consacrée aux professionnels de la petite enfance. Jérémie y animera un atelier autour du « langage émotionnel », destiné aux équipes de crèche et aux professionnels du secteur.

Pour Jérémie, le projet dépasse largement la petite enfance. « Les enfants d’aujourd’hui sont les adultes de demain ». Derrière les doudous, il défend surtout l’idée que l’apprentissage des émotions devrait commencer dès les premières années de la vie.

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