De retour des Jeux d’hiver à Milan-Cortina, Renaud Muselier, président de la Région Sud fait un point d’étape sur les prochains JO organisés dans les Alpes françaises en 2030.

Ce mardi 24 mars, dans son bureau de l’Hôtel de Région, Renaud Muselier nous reçoit pour « débriefer » les Jeux olympiques d’hiver à Milan-Cortina et faire le point sur les prochaines échéances qui attendent les organisateurs des JO dans les Alpes françaises en 2030. Et notamment l’épineuse question du maintien des épreuves de glace à Nice, deux jours après l’élection de son nouveau maire, Éric Ciotti. Selon plusieurs médias dont Nice matin et Le Parisien, la piste de Lyon est envisagée. Entretien.

Made in Marseille : Vous êtes rentré il y a une semaine de la cérémonie de clôture des Jeux de Milan-Cortina 2026. Qu’est-ce que vous en retenez ?

Renaud Muselier : Ça me paraît si loin, c’était si bien. Que ça soit pour les Jeux Olympiques ou les Paralympiques, c’était passionnant. Un peu complexe parce que moi qui aime les Jeux, qui aime la neige, je n’en ai pas vraiment profité. Puisqu’on n’a fait que travailler. Travailler avec le Cojop (Comité olympique), la Solideo, les sportifs…

On a regardé comment s’est passé l’accessibilité, l’organisation structurelle dans les grandes villes et sur les différents sites, mais aussi le déroulement de la cérémonie de clôture et les villages olympiques. C’était très dense. Et j’ai appris beaucoup de choses.

Qu’avez-vous observé qui pourra vous servir pour 2030 ?

Sur l’organisation générale, eux ils étaient partis il y a très longtemps, et ils ont tout redressé il y a trois ans et demi. Parce que ce sont pour la première fois des Jeux décentralisés et donc ils ont dû modifier leur structure opérationnelle de décision car ils ont vu qu’ils perdaient trop de temps en décentralisation. Mais moi ça me va, parce que moi je suis un décentralisateur. Mais dans leur décentralisation, ils avaient des sites très éloignés les uns des autres et donc pas très accessibles.

Deuxièmement, ils ont fait un certain nombre de choses qui les amenaient à avoir du retard dans l’organisation. Mais il y a six mois, ils ont mis un coup d’accélérateur. Et s’ils n’avaient pas mis ce coup d’accélérateur, ils n’auraient pas livré les Jeux à temps. Nous, on est à peu près dans la même période (les Jeux sont dans moins de quatre ans, Ndlr), donc il faut se servir de leur expérience.

On a pu aussi travailler sur le retour des athlètes, la cérémonie de clôture et la remise des médailles. On voit qu’il y a des choses dont on peut s’inspirer ou non. Par exemple, pour les villages olympiques, il y avait des villages mobiles, des sortes de caravanes que l’on peut déplacer et remonter partout. C’est très pratique, très opérationnel pour les valides, mais ça l’est moins pour les paralympiques.

Renaud Muselier, Renaud Muselier : « Je souhaite qu’il y ait un accord » avec Nice pour les Jeux d’hiver 2030, Made in Marseille
Renaud Muselier au lancement de la Solideo des JO 2030.

Vous allez vous en inspirer ?

Moi j’apprends, je suis comme une éponge. Je regarde ce qu’en pensent les athlètes, les organisateurs. Comment se sont passées les cérémonies d’ouverture et de clôture. Ce qui est tout à fait remarquable, c’est que les Jeux d’hiver retrouvent les audiences médias d’antan. Ils ont été suivis dans le monde entier. Ça c’est le gros point fort.

Un milliard de personnes ont regardé la cérémonie d’ouverture et 650 millions la clôture. Cela veut dire qu’il y a un engouement pour les Jeux. Ce qui est très bon pour les sponsors. Il y a aussi beaucoup de facteurs très positifs en ce qui concerne l’organisation pratico-pratique : le déplacement, le transport, le train, le car, la billetterie…

Avez-vous déjà analysé concrètement ce qu’il faudra faire de mieux ?

Il faut livrer en temps et en heure à moindre coût. Parce qu’eux, ils ont pris du retard, ils ont dû accélérer, ça a eu un surcoût. Donc si on anticipe bien, ce n’est pas cher, c’est surtout ça.

Sur les accès par exemple, un train devait arriver à un endroit, mais il arrivera après les Jeux. Ils auraient pu essayer d’arriver à l’heure, ça aurait été mieux, parce qu’initialement, il était prévu pour les Jeux. Il y a eu aussi une remise des prix où les médaillés tournaient le dos à la foule. C’est du détail, mais c’est important. Maintenant, tout le monde parle de 2030. Donc il y a une aspiration vers la montagne, vers les Jeux d’hiver, vers les Alpes françaises. Et tous les sportifs disent qu’on sera prêts.

Justement, comment l’organisation des Jeux 2030 avance-t-elle ?

Pour réussir les Jeux, il y a trois outils. Il y a le Cojop (comité organisateur des Jeux), le Dijop, la délégation interministérielle qui fait le lien avec le gouvernement et entre les différents ministères pour faire respecter la parole de la France et valider les budgets. Et parallèlement à ça, la Solideo, société qui permet de livrer les patinoires, les tremplins, etc.

Le Dijop comme la Solideo sont parfaitement opérationnels depuis près de deux ans. Concernant le Cojop, on a eu une difficulté en termes de ressources humaines. Il faut que chacun trouve sa place. On doit maintenant appliquer le rapport Thobois (Mission pour accompagner la structuration du Cojop de 2030, Ndlr). Le directeur général, monsieur le préfet Michel Cadot est en train de mettre ce système opérationnel sous l’autorité du président Edgar Grospiron. Tout va bien.

Cette mission a été mise en place avant le départ du directeur général Cyril Linette fin février. Michel Cadot n’est actuellement que DG en intérim. Comment ce fort turn-over impacte l’organisation ?

Le directeur général est parti. À partir de là, vous avez mécaniquement un problème humain d’organisation, comme on l’a dans toutes les institutions. C’est dommage, on aurait pu l’éviter. Mais les Jeux avancent, ils seront livrés. Le nouveau DG doit être désigné d’ici cet été. C’est un poste très demandé, complexe, multiple et varié. Nous avons un chasseur de têtes qui va nous présenter les meilleurs profils, trois ou quatre noms, et on choisira le meilleur.

Donc, vous êtes confiant ?

Je suis confiant, oui. Mais je suis surtout très attentif au travail, ce qui n’est pas tout à fait pareil. Mais ce que les gens doivent comprendre, c’est que maintenant, les Jeux c’est parti, ça va se faire. Alors après, vous avez parfois des intérêts personnels, individuels, des égos un peu surdimensionnés, il faut qu’ils s’intègrent là-dedans et ça, ça se gère.

Justement, comment cela va se passer à Nice (qui doit accueillir la patinoire et un village olympique, Ndlr) avec l’élection d’Éric Ciotti ? Il ne semble pas d’accord avec le projet proposé.

À Nice, on a un problème qui est clair. Mais pendant la période électorale, je constate que tous ceux qui ont été élus ou réélus, sans exception, sont favorables aux Jeux. C’est une bonne nouvelle. Dans les Alpes, c’est 100% des élus. Ça veut bien dire que ça dépasse tout. Il n’y a pas un candidat qui est arrivé au deuxième tour qui était contre les Jeux, donc c’est quand même un moment de souffle démocratique qui est important.

Deuxième volet. À Nice, le nouveau maire, Éric Ciotti, est pour les Jeux. Mais dans une prestation de livraison qui n’est pas à la hauteur de l’ambition du Comité international olympique. Donc il faut revoir le dossier et qu’il accepte la révision des dossiers, il faut qu’on le fasse conjointement.

Je l’ai eu au téléphone hier. Mes équipes de la Solideo avec mes collaborateurs vont voir les siennes, ils vont poser les choses sur la table. S’ils trouvent une solution, c’est bien. S’ils ne trouvent pas une solution, on mettra en place un plan B que j’ai déjà préparé.

Un plan B, c’est-à-dire ?

Je ne peux pas vous le dire maintenant.

Vous pourriez changer de ville et quitter Nice ?

J’ai un plan B.

C’est moi qui suis à l’initiative des Jeux dans la région. Je les amène à Nice. Si le maire de Nice n’en veut pas, même s’il dit qu’il en veut… Moi j’ai fait expertiser, je ne suis pas capable de savoir quelle est la taille de la patinoire, etc. Je sais qu’à Nice, ça fait 60% de la billetterie et des recettes des Jeux. À partir de ce moment-là, je montre la contre-proposition qui est faite (par Éric Ciotti, Ndlr), et c’est du niveau d’un championnat du monde Junior. Donc ok, ce n’est pas adapté.

Vous allez tout faire pour qu’il y ait un accord ?

C’est-à-dire qu’avoir eu les Jeux et les perdre, ça ne me fait pas rire. Donc, je souhaite qu’il y ait un accord. Mais je n’ai pas d’animosité. Je ne passe jamais en force. C’est un dossier exceptionnel. Je ne vois pas très bien comment un maire de Nice, catégorisé par la préfecture d’extrême droite, pourrait ne pas vouloir avoir la flamme olympique en 2030.

On est d’accord que votre ambition, si ça ne doit pas se faire à Nice, c’est que cette partie-là reste quand même en Région Sud ?

Depuis le début, je fais tout pour ça, mais il faut trouver le territoire pour le faire, voilà.

Un petit mot de conclusion. Ce mercredi, dans le cadre de la préparation aux Jeux 2030, le Palais de la Bourse reçoit Meet the Buyers. En quoi consiste cet événement ?

Meet the Buyers, c’est très important. Le comité d’organisation olympique avec la Solideo que je préside jusqu’en avril ou mai, qui va présenter le mode d’emploi pour l’accessibilité à peu près à trois milliards d’euros de marchés. Donc, je souhaite que les territoires de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et les territoires d’Auvergne-Rhône-Alpes puissent travailler, et avoir accès à ces marchés.

Près de 1 000 personnes viendront, la totalité des représentants du monde de la montagne, du BTP, des chambres de commerce, etc. Tous les consulaires qui pourront dire à leurs mandants : « Si vous voulez travailler, regardez les appels d’offres qui vont arriver sur tel site, à tel endroit, pour tel montant« . Voilà comment il faut faire. C’est le mode d’emploi. L’objectif, c’est que 80% des marchés soient pris et gagnés par les entreprises de la région. Et ça fait plus de 2 milliards d’euros. Ça fait quand même beaucoup d’argent pour la région, au-delà des trains qui vont arriver, des réfections des gares, des villages olympiques…

Bouton retour en haut de la page