En 30 ans, les chantiers navals de La Ciotat se sont imposés comme les leaders européens de l’entretien et de la rénovation des plus grands yachts du monde, devant Gênes et Barcelone. La société recherche une centaine d’emplois pour soutenir sa croissance.
Le grand portique de la réparation navale domine La Ciotat depuis 1849. Ce bras métallique et historique est même devenu le symbole de la ville provençale, au même titre que la carte postale du Bec de l’Aigle, sommet en forme de pic des falaises Soubeyranes.
Chaque année, 150 yachts transitent par le site industriel captant ainsi 10% du marché mondial. La société, renommée La Ciotat Shipyards (LCS) en 2017, peut désormais se targuer d’être le leader européen de la rénovation et de l’entretien de ces bateaux de plaisance de luxe, devant les ports de Gênes et Barcelone.
Son chiffre d’affaires de 18 millions d’euros en 2025 a progressé de manière constante depuis 30 ans, en louant des espaces aux entreprises comme MB-92, Nautec ou Monaco Marine. Cumulés, les chiffres d’affaires générés sur le site avoisinent 250 millions d’euros.
Cette croissance fait ricochet sur l’emploi. « Nous étions 619 en 2021, alors que nous sommes entre 1 300 et 1 500 aujourd’hui », insiste le président Patrick Ghigonetto, également maire (DVD) de la petite commune voisine de Ceyreste, candidat à sa réélection, lors d’une présentation dans la salle du conseil, le 25 février.
Les raisons du succès
Son binôme depuis un an, le directeur général Olivier François, affirme que la spécialisation dans les yachts est la clé du succès. Ce marché de niche a en effet explosé ces cinq dernières années, en écho à la progression de la fortune des milliardaires.
« Aujourd’hui, on compte 4 000 yachts de plus de 30 mètres dans le monde, contre 2 000 en 2022 », note l’ancien DGS de Roannais agglomération. Pour anticiper ce développement, La Ciotat Shipyards a inauguré la plateforme « Altas » : un ascenseur à bateaux capable de rénover sept mégayachts, de 60 à 115 mètres, simultanément.
Ce nouvel outil industriel est construit sur l’historique cale de lancement des pétroliers, autrefois fabriqués à La Ciotat, faisant de cette infrastructure un pont entre le passé et l’avenir des chantiers navals. « C’est l’un des seuls sites en France, même en Europe, qui a réussi sa reconversion », assure Patrick Ghigonetto.
Après avoir touché le fond
Pourtant, le succès n’était pas gagné. Jusqu’en 1973, 5 000 ouvriers travaillaient à La Ciotat dans la construction de méthaniers et pétroliers gigantesques. Mais en 1978, les chocs pétroliers couplés à la forte concurrence asiatique ont entraîné les premiers licenciements.
L’État a donc tenté un coup de poker en créant une société unique avec plusieurs chantiers navals en France, celui de Dunkerque, de La Seyne et de La Ciotat. Or, cette stratégie échoue et le site de La Ciotat ferme ses portes en 1988. Quelque 105 ouvriers « irréductibles » se livrent à une lutte acharnée pour sauver leur outil de travail.
En 1994, la société est remise à flot en devenant une société publique locale, dont les actionnaires sont toujours le Département des Bouches-du-Rhône (34,73%), la Métropole Aix-Marseille-Provence (34,65%), la Région Sud (17,93%) et la Ville de La Ciotat (12,69%).
Des chantiers durables, ancrés dans la ville
Les pouvoirs publics influencent depuis les décisions stratégiques des chantiers navals, en prise avec les enjeux de développement économique et d’emplois du territoire. « 92% des personnes en poste sont issues de la région et 60% des Bouches-du-Rhône », rappelle fièrement Patrick Ghigonetto.
Les 800 membres des équipages des yachts, qui vivent temporairement à La Ciotat chaque année, génèrent aussi des retombées économiques pour la Ville. Si l’impact économique est encore flou, la frontière entre la ville et le site industriel, petite ville dans la ville, est poreuse.
Malgré les longues grilles de sécurité et une vidéosurveillance 24h/24 par 110 caméras, les Ciotadens et touristes peuvent se balader le long des quais, jusqu’à La Capitainerie, et arpenter les grands portiques lors des journées du patrimoine.
Pionnier de l’électrification des navires à quai
Les chantiers navals conservent aussi un précieux héritage : celui de quais électrifiés depuis des décennies afin de brancher les yachts à l’arrêt pour ne pas émettre de particules fines pendant la durée de réparation, pouvant durer de 15 jours à un an et demi.
« On a cette particularité d’être complètement autonomes en électricité. Ce sont des choix historiques qui ont été faits au moment de la reconversion pour maintenir cette irrigation par le réseau électrique. Cela représente un coût de deux à trois millions chaque année », rappelle le président.
Le chantier recycle aussi le traitement des eaux de carénage et envisage de mettre des panneaux photovoltaïques sur ses nouvelles installations, comprises dans un plan d’investissement de 67 millions d’euros sur dix ans pour « confirmer notre place de leader européen », affirme le duo.
Des investissements pour rester leader européen
Ce plan prévoit précisément d’injecter 17 millions d’euros dans la maintenance et l’entretien des équipements actuels. Mais aussi de poursuivre des grands chantiers pour 50 millions d’euros, comme la réfection des grands nefs, bâtiments historiques.
Sur le « Yachting Village » de 8 000 m2 qui accueille des entreprises sous-traitantes, La Ciotat Shipyards doit lancer les études d’architecture dans les prochaines semaines afin de construire deux nouveaux bâtiments. Ces derniers devraient être livrés courant 2027.
Afin de soutenir cette croissance, plus de 100 emplois sont à pourvoir : des menuisiers, chaudronniers, selliers et peintres. « Mais toutes les entreprises ont du mal à en recruter », admet Olivier François. Une cellule de France Travail, installée sur le site, tente de financer des formations pour redorer le blason de ces savoir-faire, de plus en plus rares en France et dans la région.