« Station balnéaire », « choc de sécurité », quatre lignes de tramway et un centre international de plongée au Frioul… Martine Vassal, la candidate à la mairie de Marseille pour la droite et le centre, détaille ses ambitions pour la ville dans notre grande interview.
Pour notre troisième grande interview des candidats aux municipales 2026 à Marseille, nous avons rencontré Martine Vassal dans son local de campagne, cours Pierre Puget, ce mardi 3 février. La candidate malheureuse en 2020 se représente aux municipales de 2026 à Marseille, en ayant cette fois rassemblé toutes les composantes de la droite et du centre derrière elle.
Présidente du Département des Bouches-du-Rhône depuis 2015 et de la Métropole Aix-Marseille-Provence depuis 2018, elle a dans son giron de nombreuses compétences qui concernent directement Marseille. De quoi faire le point sur son bilan et la questionner sur ses projets pour la ville si elle accède au fauteuil de maire. Interview.
LE BILAN
Vous êtes à la tête de la Métropole et du Département depuis près de 10 ans. Quel bilan tirez-vous pour Marseille ?
À Marseille, on a investi des sommes assez considérables dans les collèges, dans la voirie ou dans les aménagements, comme avec les fameux 200 millions qu’on avait mis du temps de Jean-Claude Gaudin.
Depuis 2018, on peut dire qu’on a mis la Métropole sur les rails. On a permis aux communes qui le souhaitaient de récupérer leurs compétences de proximité. On a aussi changé la vision du territoire grâce à la mobilité et à l’attractivité avec des agences comme One Provence et Provence Promotion, pour pouvoir attirer des entreprises, aider des startups.
Mais à Marseille, il y a eu un coup d’arrêt suite à l’arrivée de madame Rubirola. Coup d’arrêt qui s’est confirmé avec le switch. La dernière fois que Benoit Payan vient me voir en février 2021*, pour me demander si je confirme bien les 200 millions que je voulais donner à madame Rubirola, je lui ai dit : « Bien sûr, mais sur des projets concrets qui vont se réaliser dans les trois ans ». La vérité, c’est qu’il ne m’a jamais rien proposé. Il ne m’a donné que 200 millions d’études, mais moi je ne finance pas les études. Je regrette que cette municipalité ait fait perdre six ans et que la situation se soit particulièrement dégradée sur la deuxième ville de France.
(*La candidate fait référence à un véritable psychodrame politique en 2024 autour d’une aide de 200 millions d’euros du Département pour la Ville. Chacun s’accusant mutuellement, documents à l’appui, de ne pas vouloir faire aboutir l’aide, Ndlr.)
Sur la question des transports, compétence métropolitaine, quel est le bilan aujourd’hui à Marseille ?
Vous ne comparez pas avec d’autres actions du plan marseillais, j’espère. Parce que moi, le milliard de l’État (Plan Marseille en grand, Ndlr), je l’ai bien dépensé. Sur les 16 projets, il y en a la moitié qui ont été inaugurés. L’autre moitié qui est en cours de réalisation ou en cours de finition. Il nous reste les rames de métro qui arrivent bientôt, le Valtram et le transport par câble pour aller à l’aéroport. Avec la Métropole, on est passé de 80 millions d’investissement par an à 300 millions. Avec l’appui de l’État en plus, et les 200 millions de l’Europe, ça nous a permis de réaliser des projets qui n’auraient pas pu être financés.
Mais sur Marseille, qu’est-ce qui a été inauguré sous votre présidence ?
On a récemment inauguré la ligne T3 du tramway de Gèze à la Gaye. Mais aussi les bus à haut niveau de service (BHNS) B4 et B5 et les pôles multimodaux. On a aussi mis en place la gratuité pour les moins de 11 ans et les plus de 65 ans. On a déployé l’open paiement, la 5G dans le métro. Il y a la décarbonation de la flotte des bus. Et la sécurisation aussi, avec 99 agents du Groupe d’assistance et de protection (GAP) qui sont formés pour avoir des armes non létales, tous équipés de caméras.
C’est quand même assez considérable en termes de bilan. On ne peut pas dire que rien n’a été fait, quand les quartiers sont reliés entre eux. Et ça aurait pu être encore mieux si on ne nous avait pas bloqués pour le développement du boulevard urbain sud et du boulevard urbain vert. On serait aujourd’hui capables de pouvoir partir jusqu’à Décathlon (du Roy d’Espagne, via le bus, Ndlr).
Et pour les pistes cyclables du plan vélo ? À Marseille, beaucoup pointent la lenteur de son avancée.
On le déroule au fil du temps. Mais quand on voit qu’on vous impose une piste cyclable là où c’est complètement irréalisable, comme dans la rue Breteuil où vous êtes en train de tuer tous les commerçants…
Il faut que le développement du vélo puisse se faire. Mais il faut aussi que celui qui a envie de prendre la voiture ou les transports puisse le faire.
Le plan vélo, il va avec la réhabilitation des voies. Mais comme ils (la municipalité, Ndlr) mettent un temps incroyable pour pouvoir donner des accords, les concertations, rien n’avance. Ils bloquent tout.
C’est principalement un problème de relation Ville-Métropole et de gouvernance politique ?
Ce n’est pas une question de gouvernance. Ce n’est pas une relation compliquée. Je lui ai tendu la main 52 000 fois. Mais c’est un coup oui, un coup non. Un coup je prends la voirie, un coup je ne la prends pas. Un coup je veux la propreté, un coup je ne la veux pas. Donc cette inconsistance dans la non-vision de stratégie politique fait que ça fait prendre du retard à tout le monde. C’est pour ça que je suis candidate à la ville de Marseille. C’est pour pouvoir faire les choses.
Donc c’est quand même une question de gouvernance compliquée quand la Métropole a une majorité différente que celle de sa ville-centre ?
Quand on a un maire qui a une vision, qui sait où il veut aller et qui a compris que la Métropole était au service des communes, comme le maire de Martigues (communiste, Ndlr), comme celui de Miramas (divers gauche)… ça se passe très bien avec les 91 autres maires. Demandez à Loïc Gachon, maire de Vitrolles (PS) qui m’a remercié du travail qui a été fait lors de ses vœux.
Vous savez ce que c’est mon défaut ? C’est d’avoir voulu faire bien malgré moi. Et d’avoir été trop bon élève. Avec Benoît Payan, on a travaillé pendant trois mois pour faire les transferts de compétences de la propreté pour qu’au final il me dise « ça fait quand même beaucoup de monde » (d’agents métropolitains à récupérer par la Ville, Ndlr). Mais en réalité, c’était simple.
Les dépôts sauvages, les commerçants qui ne respectent rien, les gens qui jettent tout par terre. À un moment, il faut aussi verbaliser !
Vous pensez que la propreté et la collecte des poubelles sont efficaces à Marseille aujourd’hui ?
Il y a des endroits où il peut y avoir des difficultés dans certaines tournées. On a mis en place « Adopter le réflexe » et ça marche bien. Mais il faut avoir le courage de le dire à ceux et celles qui ont des difficultés sur le fonctionnement, et ça peut arriver, même si ce n’est pas la majorité, loin de là.
Il faut aussi moins salir. Les dépôts sauvages, les commerçants qui ne respectent rien, les gens qui jettent tout par terre. À un moment, il faut aussi verbaliser ! Il faut se rendre compte que la municipalité a dressé 200 PV par an seulement, alors que la ville de Nice, elle en met 2000 par an.
Si vous êtes maire, vous voulez récupérer la compétence de la propreté ?
Oui, déjà en mairie centrale. Et après travailler main dans la main avec les mairies de secteur. Vous savez, ça marche très bien dans les autres communes qui ont la gestion de la propreté.
LE PROGRAMME : TRANSPORTS
Passons au programme. Pour les transports, vous avez annoncées de nouvelles lignes de tramway réalisées sur un mandat ?
Oui, l’idée c’est de faire 4 lignes supplémentaires. Une qui ira jusqu’à Saint-Marcel dans le prolongement de Sainte-Marguerite (ligne T3) en passant par Romain-Rolland et Saint-Loup. Une autre des Caillols jusqu’à la Valentine (dans la prolongement de la ligne T1).
Un tramway de Rabatau jusqu’à la Pointe-Rouge en passant par le Prado et David (en bifurcation du T3). En même temps, on profite pour aménager le Prado, pour faire une vraie piste cyclable et des trottoirs aménagés. Et puis enfin un tramway pour connecter le campus de Saint-Jérôme (il s’agit de la phase 2 ou 3 du futur tramway de la Belle de Mai inscrit dans le plan Marseille en grand).
Mais on a aussi les projets engagés comme le tramway des Catalans et l’extension au Nord vers La Castellane (projets du plan Marseille en grand) et jusqu’à Saint-Antoine pour pouvoir relier les pôles multimodaux.
On évacue donc la piste du tramway sur la Corniche ?
Mais j’aimerais bien… Elle existe cette option Corniche, c’est une ligne qui existait avant. Mais aujourd’hui, il faut voir ce qu’on est capable de faire dans un temps imparti. La difficulté de la Corniche, c’est qu’il y a des études très lourdes à mener.
J’aimerais tellement faire du métro partout. La difficulté, c’est qu’avec une ligne de métro, je fais 4 lignes de tramway
Et l’extension du métro, que vous évoquiez jusqu’à Saint-Loup ou Vallon Régny ?
Ce n’est pas que je ne veux pas faire le métro, j’aimerais tellement faire du métro partout. La difficulté, c’est qu’avec une ligne de métro, je fais 4 lignes de tramway. Comme on a quand même besoin de relier les quartiers les uns aux autres, il faut aller très vite. On a été très vite, on a été capable de faire une ligne de 6,2 km sur un mandat. L’avantage aussi du tramway c’est que ça permet de requalifier de façade à façade, et de faire des pistes cyclables à côté, donc de cocher plusieurs cases.
Vous annoncez aussi de la gratuité des transports pour les moins de 26 ans. Quand la mettrez-vous en place ?
Au lendemain de l’élection.
Pourquoi ne pas l’avoir fait il y a quelques mois en lançant la gratuité pour les moins de 11 ans et les seniors ?
Parce qu’on n’avait pas la capacité financière. Aujourd’hui, on l’a davantage. Ça coûte 18 millions d’euros.
Vous avez aussi annoncé l’élargissement des horaires du métro. Jusqu’à quelle heure ?
1h du matin (contre 0h30 actuellement, Ndlr).
Pourquoi pas plus ?
Parce qu’il faut chaque nuit du temps sans circulation pour l’entretien des rames et du réseau.
Quand débutera cette extension d’horaire ?
Au printemps, avec l’arrivée des nouvelles rames sur la ligne 2. (Les nouvelles rames de métro Neomma vont remplacer progressivement les anciennes. Avant l’automatisation du réseau dans les prochaines années, Ndlr)
ÉQUIPEMENTS SPORTIFS ET CULTURELS
Au-delà des transports, des équipements publics sont en souffrance à Marseille. Pour les piscines Nord et Luminy, vous ferez quoi ?
La situation s’est encore dégradée. Sur la piscine de Luminy, le projet qui avait été envisagé, je crois que c’est 50 ou 60 millions d’euros (80 millions évoqués pour les deux piscines, Nord et Luminy, Ndlr). C’est tout à fait inacceptable que pendant 6 ans rien n’ait été fait, surtout qu’on nous avait bassiné avec ça pendant des années.
Mais vous ferez quoi, vous ?
Je crois qu’il faut voir les choses de manière raisonnable. Et ce n’est pas un gros mot que de faire appel au privé surtout quand on a un tel retard. On le fera pour que ce pôle aquatique voit le jour à Luminy. Le privé va beaucoup plus vite que le public.
Et pour la piscine Nord ?
Il faut voir combien sa réhabilitation va coûter. Je pense qu’il faut aussi la réhabiliter. Les deux piscines, au Nord et au Sud, sont prioritaires. Comme les gymnases aussi, qui sont dans un état catastrophique.
Sur le parc Chanot, est-ce que vous avez un projet ?
Je pense qu’il faut un vrai Palais des congrès digne de ce nom, une salle de spectacle digne de ce nom. Il faut une réhabilitation complète de l’espace.
Et pour le Palais des sports ?
Il faut le refaire complètement, aujourd’hui il est obsolète. Il faut permettre aussi d’accueillir des grands événements. Il faut travailler sur un projet global de tout l’espace avec le parc Chanot.
CENTRE BOURSE
Sur le Centre Bourse, après le départ des Galeries Lafayette, vous avez lancé une consultation avec cinq projets. Où est-ce que ça en est ? Est-ce que vous avez affiné votre projet ?
Oui, tout à fait. Il y a eu 6000 participants. Ce qui est ressorti c’est l’idée de faire une formation pour les métiers de bouche et un parc. Mais là, il faudrait travailler aussi avec l’ensemble des acteurs économiques. Et le faire avec du privé.
Le parc, c’est l’agrandissement du jardin des Vestiges ? En enlevant du bâti donc ?
Oui, c’est l’extension du parc existant qui est minuscule. Est-ce qu’on peut arriver à faire un mix des deux, école et parc ? Pourquoi pas ? En conservant, bien sûr, le musée.
Ce serait un projet qui serait soumis au vote rapidement ?
Non, il faut tout re-imaginer. Cette consultation a été lancée car on s’est dit qu’il fallait vraiment une réponse rapide après le départ des Galeries Lafayette. Il faudra travailler sur le projet. Notamment avec le privé, parce que la ville seule, ne peut pas tout financer. Et pour moi, ce n’est pas un gros mot.
J’ai employé le mot de « station balnéaire » pour créer un choc chez les gens. Pourquoi à Marseille on n’a pas un bord de mer comme sur la Côte d’Azur ou en Espagne ?
LITTORAL, PLAGES ET FRIOUL
Concernant le littoral, vous voulez faire de Marseille une « station balnéaire » ?
J’ai employé le mot de « station balnéaire » pour créer un choc chez les gens. Pourquoi à Marseille on n’a pas un bord de mer comme sur la Côte d’Azur ou en Espagne ? Avec des arbres, des zones d’ombres et des endroits où l’on peut installer des jeux d’enfants ?
Ce n’est pas déjà un peu le cas au sud de la ville ?
Il y a les bosquets, oui, qui ont fait venir les SDF. Mais ce n’est pas assez pour les parcs. Je pense qu’il faut à la fois mêler des activités physiques, sportives, ludiques, et puis utiliser aussi le Frioul en gardant sa biodiversité.
Justement, vous avez aussi utilisé le terme « station balnéaire » et « attractivité » pour le Frioul, qui semble déjà surfréquenté, avec une biodiversité sensible, et fait partie du Parc national des Calanques.
Oui, il y a 4 000 visiteurs par jour en saison, mais il n’y a pas de cheminement particulier. Les visiteurs marchent sur des plantes qui sont protégées. Il faut aménager des cheminements et les plages. Il faut faire un port écologique. En faisant par exemple aussi une nurserie pour les oursins, comme pour les daurades et les loups. Là, on est en train de refaire toute la digue (le chantier devait initialement aboutir en 2025, et désormais en 2029, Ndlr).
Vous évoquez surtout un centre international de plongée du côté de Léo Lagrange ?
Oui, un véritable centre international de plongée. Parce qu’on a des fonds magnifiques autour du Frioul.
On peut faire des plages« privées municipales », avec des prix plus attractifs. Aujourd’hui les Marseillais vont aux Lecques et à Bandol. Donc il faut sécuriser les plages et permettre à ceux qui le souhaitent d’avoir une tranquillité et un espace qui leur soit réservé.
Vous souhaitez également créer des plages privées à Marseille ?
Ce n’est pas un gros mot d’avoir des plages privées. Il faut d’abord faire des extensions de ces plages. Il est dommage quand même qu’à Corbières on ait une micro-plage alors qu’il y a des espaces suffisants qui devraient être aménagés. On travaille avec le port autonome car des espaces lui appartiennent.
Si vous agrandissez Corbières, une partie sera privée ?
Bien sûr, si ça rentre à l’intérieur. Après, il y a des plages qui peuvent être « privées municipales », avec des prix plus attractifs. Aujourd’hui les Marseillais vont aux Lecques et à Bandol. Donc il faut sécuriser les plages et permettre à ceux qui le souhaitent d’avoir une tranquillité et un espace qui leur soit réservé.
On veut aussi créer un cheminement qui parte de l’Estaque et qui aille jusqu’aux Goudes, en passant derrière le port.
C’est la ligne 1 du plan vélo (prévue initialement pour 2024, Ndlr) ?
Oui voilà, en passant par le bord de mer. On a déjà bien avancé puisqu’on a fait la partie autour de la marina olympique. Et donc, derrière, ensuite, on continue.
Concernant le littoral, vous parlez également de rouvrir la digue du Large au public.
Oui, on avait fait des expérimentations avec les navettes. On va travailler avec le port. La difficulté, elle est là.
Un mot sur le projet de pont transbordeur sur le Vieux-Port évoqué par Renaud Muselier ?
C’est venu dans la campagne. C’est un rêve de pouvoir relier les deux rives. Mais je me dis qu’on n’aura pas les moyens de tout faire et il faut faire les choses dans l’ordre. Bien sûr que j’aimerais faire encore plus que ce qu’on peut faire mais c’est une vision à 10 ou 20 ans qu’il faut travailler.
Comme le casino, ce n’est pas forcément une priorité ?
Ce n’est pas une priorité mais les gens vont au casino ailleurs alors que ça pourrait être une source de revenus assez importante (pour la Ville, Ndlr).
Certains craignent qu’ils servent au blanchiment.
Je crois qu’il n’y a pas plus contrôlés que les casinos Partouche et Barrière.
Concernant la poursuite du boulevard Urbain Sud, pierre d’achoppement historique avec la majorité municipale, que faites-vous si vous êtes élue ?
Je le lance le lendemain matin de l’élection. Le deuxième tronçon et le troisième : le boulevard urbain vert.
LES ÉCOLES
Le Plan écoles fait l’objet d’une enquête, mais faut-il poursuivre ce plan ou le reprendre différemment ?
Il faut le poursuivre mais de manière plus efficace. La difficulté, c’est que j’apprends comme tout le monde ce qu’il se passe. Et je ne sais pas dans quelle situation on est, et où on sera au lendemain de l’élection. Nous, on crie depuis fin septembre qu’il n’y a que neuf écoles qui ont été faites (la mairie en revendique 15, Ndlr), et ça se prouve avec un scandale national. On va voir ce que ça va donner, parce que l’État a donné un milliard […] Et franchement, les grands donneurs de leçons qui voulaient faire des chartes de la transparence, ils devraient d’abord mieux se les appliquer à eux-mêmes.
Vous me posez une question aujourd’hui à laquelle je ne peux pas vous répondre dans la mesure où je ne sais pas quelles seront les conséquences. Qu’est-ce qu’il va se passer ? Je ne sais pas ce que je vais récupérer et je suis très inquiète sur la situation. Est-ce que l’Etat va retirer ses sous ?
L’État a aussi approuvé et signé les décisions en tant que membre du conseil d’administration.
Oui, je sais bien.
Et si on reste sur les écoles, les cantines, qui sont toujours alimentées par Sodexo, vous feriez quoi ?
Je voudrais qu’on puisse faire comme on fait pour les collèges, c’est-à-dire donner des produits locaux aux enfants. Pour moi, le bien manger est absolument indispensable. Je voudrais qu’on aille vers des cantines municipales par secteur, parce que je pense que c’est plus facile à contrôler.
LOGEMENT ET HABITAT
Concernant la crise du logement à Marseille, quelles sont vos propositions ?
Déjà on a mis en place le permis de louer. Au niveau du renouvellement urbain, avec l’ANRU, la lutte contre les propriétés dégradées, on a énormément mis d’argent sur ça, 450 millions d’euros, pour 7700 logements réhabilités. Dans le centre-ville, avec la Spla-In, on a 107 bâtiments qui ont été confiés pour 97 millions d’euros. On a aussi mis 25 millions sur le centre-ville pour accompagner les travaux des propriétaires.
Donc il y a eu une grosse politique concernant le logement. Mais aujourd’hui on s’aperçoit que l’arrêt des permis de construire est catastrophique. Je pense qu’il va falloir reconstruire en fonction de l’acceptabilité, des secteurs… On ne peut pas construire de la même façon. Avec la sécurité, le droit au logement est l’une des priorités républicaines que l’on doit assurer.
Je souhaite aussi mettre en place le bail réel et solidaire (BRS) qui permet d’acheter un appartement, sans être propriétaire du sol. Vous l’achetez 40% moins cher et vous payez un petit loyer sur l’occupation du sol. Et il n’y a pas de spéculation dessus à la revente.
C’est un dispositif que les bailleurs et promoteurs déploient déjà à Marseille, comme au Plan d’Aou. En quoi un maire intervient sur cette question ?
Le maire peut encourager les bailleurs à mettre le BRS dans leurs programmes immobiliers. On peut l’imposer sur les permis de construire, avec un minima. Ou, par exemple, pour faire le tramway à la Belle de Mai, on va récupérer un nombre incalculable d’immeubles qui sont aujourd’hui en péril pour faire du logement à l’intérieur.
Il faut penser le logement pour les habitants et pas pour la spéculation. C’est le leitmotiv que je souhaite développer. C’est pour ça que je vais pousser au BRS.
On veut aussi déployer au moins 3 000 caméras et utiliser des drones pour l’hyper centre-ville.
SÉCURITÉ
Vous parlez d’un « choc de sécurité » pour Marseille, notamment en termes d’effectifs policiers ?
Effectivement, il faut doubler par rapport à ce qui existe aujourd’hui.
Donc atteindre autour de 1 500 policiers municipaux ?
Oui. On aimerait bien faire plus, mais il y a une capacité de formation qui est ce qu’elle est, c’est 150 par an. On veut aussi déployer au moins 3 000 caméras et utiliser des drones pour l’hyper centre-ville.
Des drones qui survolent en permanence le centre-ville ou seulement lors de grands événements comme aux JO ?
Non, on veut essayer en permanence sur l’hyper centre-ville.
Mais la loi ne le permet pas ?
On peut faire évoluer les lois aussi, non ? Il faut aller se battre pour faire évoluer les lois. On a peur de quoi ? Moi, je dis qu’il faut faire un essai.
Si des drones survolent le centre-ville en permanence, ils surveillent aussi des espaces privés ?
Non, normalement ça a été étudié pour. Ça a été fait pendant les JO, donc il n’y a pas de raison.
Vous avez aussi avancé l’idée de créer une Brigade anti criminalité (BAC) municipale ?
Le terme de « BAC municipale », c’est pour provoquer. C’est l’efficacité de la BAC au niveau municipal. Pour qu’une police de proximité puisse aller très rapidement sur des faits où il y a des problématiques. Et surtout, qu’on puisse avoir de la police dans tous les quartiers.
Ce n’est pas pour le narcotrafic donc ? Il ne faut pas forcément marcher sur les plates-bandes de la BAC nationale ?
Non, il faut être en complément. On ne peut pas dire, ce n’est pas moi, c’est l’autre. Ce mot, il faut le bannir du vocabulaire politique. Et ce n’est pas marcher sur les plates-bandes, c’est marcher ensemble contre la délinquance. Que ce soit la délinquance du quotidien, des incivilités, ou alors que ce soit du narcotrafic, où là, il faut un plan d’envergure plus important, que l’on va présenter vendredi avec Bruno Retailleau.
Là aussi, il faudra faire bouger la loi…
Oui, il faut faire bouger la loi. Monsieur Retailleau a déjà fait bouger pas mal la loi sur cette thématique-là. L’idée, c’est d’aller encore plus loin.
Dans cette idée de mutualiser les forces de police, vous évoquez aussi le projet sur la caserne du Muy ?
On veut créer un Hôtel des polices pour que tout le monde soit ensemble, police municipale et nationale… En ce moment, il y a les grands procès qui s’y passent, mais la caserne est très grande, donc il y a la place de tout faire.
Pourquoi ne pas faire le concours international des crèches, par exemple ?
CULTURE, SOCIAL, ENVIRONNEMENT
Si on parle de culture et d’événements : les bibliothèques, les théâtres… Est-ce que Marseille est à la hauteur selon vous ?
Non, pas sur les six années. Il n’y a pas eu de politique culturelle. Quand on voit que le théâtre du Gymnase devait être refait depuis… Le permis, il date de 2022, de mémoire. Et pour l’instant, rien n’a été fait (le chantier a été lancé, Ndlr). Je trouve ça inacceptable. Il nous faut une offre muséale et culturelle qui soit à la hauteur de la 2e ville de France, ce qui est loin d’être le cas. Il va falloir travailler sur le réaménagement de l’Opéra.
Et puis, retravailler tous les types de culture, et que la culture provençale soit mise aussi en avant. Pourquoi ne pas faire le concours international des crèches, par exemple ? C’est l’idée de madame Boyer.
Il nous faut des événements qui structurent le territoire et qui permettent d’attirer du monde. C’est pour ça qu’on avait annoncé l’exposition universelle. On voudrait candidater pour 2035.
Il y a quand même eu cette année des chiffres qui montrent que la fréquentation des musées est en hausse.
Oui, c’est bien. Mais la Vieille Charité, par exemple… Qu’est-ce qu’il s’y passe à la Vieille Charité ? C’est un musée absolument magnifique. Il ne s’y passe rien. Le musée Grobet-Labadié qui est fermé, ce n’est pas acceptable. Une politique culturelle, ce n’est pas que faire de la gratuité dans les musées. Je pense qu’il faut aussi avoir des expositions d’un niveau international qui permettent d’attirer du monde.
Mon rêve, ça serait de revégétaliser la rue Saint-Ferréol.
Environnement, transition écologique, ces sujets ne semblent pas au centre de la campagne ?
Oui. Pour mieux respirer, les transports, ça aide beaucoup. Il faut continuer l’électrification des quais pour les bateaux de croisière. Travailler pour que les bus soient électriques. Tout ça va améliorer la qualité de l’air.
Et puis, il faut créer des îlots de fraîcheur. On sait très bien que les températures vont augmenter. Mon rêve, ça serait de revégétaliser la rue Saint-Ferréol par exemple. Planter des arbres, comme sur Lieutaud, qui sont aujourd’hui magnifiques.
Concernant SOS Méditerranée, si demain vous êtes élue, il n’y aura plus de subvention de soutien ?
SOS Méditerranée, je pense que, malgré eux, ils facilitent l’activité des passeurs et du trafic humain. Même s’ils ne le veulent pas. Parce que SOS Méditerranée récupère des bateaux au large qui ont été mis sur l’eau par des passeurs qui ont plumé des familles entières.
Donc SOS Méditerranée devrait prendre ces personnes et les ramener sur le rivage d’où ils sont venus. Ça, ce serait un travail qu’ils devraient faire. Mais chez nous, la difficulté, c’est que ces personnes qui arrivent ont un espoir de pouvoir avoir une vie meilleure que ce qu’ils avaient auparavant. En vérité, ils tombent dans des réseaux de prostitution. On n’est pas capable de les accueillir parce qu’on ne peut pas accueillir toute la misère du monde.
Ce n’est pas à une ville de gérer ça. C’est au niveau européen qu’il faut le gérer.
Et sur le fond, de sauver des vies humaines ?
Ce n’est pas sur le fond de sauver des vies humaines. Ce que je dis, c’est que malgré eux, ils accentuent la problématique du trafic humain et des passeurs. S’ils les ramenaient…
… vous leur donneriez une subvention ?
Regardez d’abord leur fonds de roulement. Ce qu’ils ont déjà en caisse. Je ne suis pas sûre qu’ils aient des problèmes d’argent.
POUR OU CONTRE ?
Dans cette campagne, certains proposent la remunicipalisation de l’eau et du Prado Carénage. Comment vous positionnez-vous ?
C’est des radadas ! Parce qu’on répète toujours la même chose. C’est vrai que la gauche, elle veut que l’eau soit gratuite, mais tout a un coût. Donc, il faut savoir qui la paye.
Et le Prado Carénage, est-ce qu’il faudrait arrêter à la fin de la concession ?
Mais on verra, en 2032 ou en 2033, à la fin de la concession. À ce moment-là, quand ça retombe dans l’escarcelle métropolitaine. Mais dire que le lendemain matin de l’élection, on va arrêter la concession et rendre gratuit, c’est un mensonge.
C’est comme dire, je vends le stade Vélodrome. C’est un fake. Il faudrait sortir des millions d’euros pour mettre fin au contrat de PPP, pour pouvoir récupérer la propriété du stade. Quand on a la prétention de pouvoir diriger la deuxième ville de France. On ne peut pas dire n’importe quoi.
Les trottinettes en libre-service, Benoît Payan propose d’y mettre fin, vous dites quoi ?
Comme il n’est pas capable de les réguler, il veut les interdire. C’est comme l’autre (Franck Allisio, Ndlr) qui veut faire le pass “Minot-Famille” sur les plages et sur les parcs. Mais, il faut verbaliser. Si vous avez une trottinette et que vous n’utilisez pas les couloirs dédiés, que vous roulez sur les trottoirs et que vous n’avez pas un casque sur la tête, il faut vous verbaliser. Et laisser les gens qui ont envie d’utiliser les trottinettes.
Pour les opérateurs, il existe l’intelligence artificielle. Aujourd’hui, vous savez qu’elle est la dernière personne qui a utilisé la trottinette. Si elle est mal stationnée, il faut voir avec les entreprises qui travaillent pour que les systèmes soient beaucoup plus efficaces. Mais comme ils (la municipalité, Ndlr) n’arrivent pas à contrôler, à réguler, ils interdisent.
La Voie est libre sur la Corniche un dimanche par mois, vous continuez ?
Vous vous rendez-compte que les gens qui habitent sur la Corniche doivent demander une autorisation pour sortir de chez eux. J’ai déjà fait une piste cyclable, une promenade, absolument magnifique. Peut-être qu’il y a d’autres endroits que l’on pourrait faire découvrir à Marseille de manière différente. Et ne pas empêcher les gens de rentrer chez eux une fois par mois.
Pour le second tour, moi, je me maintiendrai, c’est clair ?
DYNAMIQUE DE CAMPAGNE
Pour terminer cette interview, parlons politique et dynamique de campagne. Vous êtes positionnée en 3e position des derniers sondages, comment inverser cette tendance ?
La dernière fois (en 2020, Ndlr), j’étais annoncée gagnante et j’ai perdu. Je suis en deuxième ou troisième position, ça dépend des sondages. Je veux dire que le mode de scrutin a changé. Il y aura deux urnes et il y aura deux tours. Pour être sélectionnée au second tour, il faut faire plus de 10% des voix.
Aujourd’hui, il y a six candidats, et il y en aura quatre qui seront sélectionnés pour le second tour et moi, je me maintiendrai, c’est clair ? Je n’irai ni avec les uns, ni avec les autres et je continuerai d’être où je suis. C’est la raison pour laquelle, aujourd’hui, si les Marseillaises et les Marseillais veulent vraiment du changement et quelqu’un qui a le courage de faire bouger les choses, ils vont voter utile. Dès le premier tour, ils vont voter pour les listes Vassal.
Selon vous, le second tour sera un remake du premier. Ça va donc se jouer au troisième tour avec l’élection du maire par les conseillers municipaux ?
Non, parce qu’il y a la prime de 25% pour celui qui arrive en premier. Mais tout est permis dans une quadrangulaire. Et vu les tensions qu’il y a entre certains candidats, je pense que tout le monde va se maintenir. De toute façon, moi, je me maintiens.
Est-ce qu’il y a une hypothèse où l’on se retrouve dans une situation comparable à l’Assemblée nationale, avec un hémicycle municipal très divisé et quasiment ingouvernable ?
C’est possible. C’est la raison pour laquelle il faut me donner d’entrée une forte majorité. Comme ça, au moins, derrière, on avance, on déroule les projets, on a un vrai programme, on a une vraie équipe compétente, renouvelée et avec de l’expérience. La difficulté qu’on a, c’est qu’on n’arrive pas à être assez audibles parce qu’aujourd’hui, le National a décidé de s’occuper de cette campagne. Alors franchement, que les Parisiens restent où ils sont, nous, on est très bien entre Marseillais.

