Hamza Bensatem incarne aujourd’hui la figure de la protection de l’enfance à Marseille. Placé en foyer toute sa jeunesse, il a transformé son parcours chaotique en combat pour les autres. Une trajectoire exemplaire récompensée hier dans le palmarès national des 35 jeunes leaders positifs de moins de 30 ans. Portrait.
Tel un père de famille, Hamza Bensatem, 27 ans, nous accueille dans le salon de l’Adepape 13 avec des petits gâteaux ramenés de Tunis. On se croirait presque à la maison, assis dans un canapé confortable, entre la bibliothèque et la télévision.
Hamza a repris cette association qui accompagne les enfants placés à l’aide sociale à l’enfance (ASE) il y a cinq ans. À seulement 22 ans, il l’a structuré et obtenu des fonds pour mener des projets et recruter des salariés.
La semaine prochaine, une dizaine de jeunes monteront à Paris, en première classe, pour visiter l’Élysée. « Il faut leur montrer qu’ils ont de l’importance et qu’ils font partie de cette société », pose le président.
Dans son quotidien, Hamza ne lésine pas sur les câlins et les encouragements. « Il faut revenir à la base, affirme-t-il. Un enfant a besoin de lien, d’amour et de sécurité ». Son téléphone vibre en permanence dans sa poche. « Je leur réponds toujours peu importe l’heure », raconte le jeune en déroulant une longue liste de messages.
Une enfance sacrifiée
Pourtant, lui, n’a pas eu cette chance. Né dans le quartier de Saint-Louis (15e), avant-dernier d’une fratrie de six enfants, Hamza a grandi dans une famille franco algérienne « sans amour » et livré à lui-même. Son père a quitté le domicile familial lorsqu’il avait quatre ans, laissant sa mère seule et débordée.
Le cadre scolaire lui a vite semblé étouffant et inadapté. Si bien qu’il arrête l’école en CE1 et se fait placer. S’en suit des années de ballotage dans plusieurs maisons d’enfants entre Embrun et Besançon. « Ils (L’aide sociale à l’enfance, Ndlr) voulaient m’éloigner de Marseille à tout prix », confie Hamza qui avait conscience d’être « très violent » pour son âge.
Jamais d’histoire, ni de bisous pour s’endormir. « Les éducateurs mettaient un poste de radio au milieu du couloir pour 40 gosses ». De cette période difficile, il n’a gardé aucun copain. « Ça volait entre nous, il y avait beaucoup de méfiance », se souvient-il.
À 11 ans, l’adolescent fait même une tentative de suicide avant d’être hospitalisé en urgence. « C’est la première fois qu’on prenait soin de moi. L’infirmière m’a fait des papouilles et m’a écouté », confie-t-il les yeux embués. Cette soignante lui a même donné envie d’en faire son métier après le bac.
La remontada
Car Hamza s’est accroché. Une association lui a permis de retrouver le chemin de l’école à 15 ans au lycée privé Pastré Grande Bastide, malgré ses lacunes. « Y’avait que des bons élèves qui bronchaient pas. J’ai pris sur moi et j’ai réussi à avoir le bac avec mention », retrace-t-il, sans une once de vantardise.
Pourtant, Hamza pourrait fanfaronner d’avoir eu une telle niaque après des années « d’errance ». D’autant qu’il a vécu en foyer de ses 12 à 21 ans, sans sécurité affective. C’est après avoir trouvé un petit logement à lui, qu’il a repris l’Adepape 13, fermement animé par l’envie d’aider.
Puis, il réussit à intégrer un master en management des structures innovantes dans la santé et le social de l’école de commerce Kedge. « Beaucoup de jeunes ne le savent pas, mais quand on est placé à l’ASE, on peut avoir un tas d’aides pour faire des études », affirme Hamza.
C’est en ce sens qu’il veut pousser les jeunes, en les faisant travailler et en les sortant de leur quotidien. Il va les chercher dans leur foyer, organise des ateliers calligraphie ou des cours de conduite. Cet été, l’Adepape 13 a même récolté 40 000 euros pour emmener des fans de mangas jusqu’au Japon.
Créer sa propre maison d’enfants
Hamza leur apprend surtout à rêver grand, en leur racontant son parcours. « Souvent, ils ne connaissent pas mon passé », sourit le jeune, devenu un modèle par l’exemple. Il est aujourd’hui un porte-voix des enfants placés, membre du Conseil national de la protection de l’enfance et invité pour tenir des conférences à l’international.
Après son master, en juin prochain, Hamza rêve de monter sa propre maison d’enfants de « la taille d’une famille » avec peu de minots. « Quand tu as 10 ou 15 enfants à t’occuper, tu ne peux pas faire du bon boulot, et tu deviens maltraitant », ajoute celui qui se souvient, dans sa chair, du manque d’intérêt des adultes.
Ce 2 février, il montera à Paris pour récupérer son prix du TOP35 des jeunes leaders positifs de moins de 30 ans de POSITIV x Ouest-France. Seul Marseillais avec Alexandre Pastor, fondateur de l’association Meting Pot, il rentrera dès le lendemain pour assurer son oral de mémoire et s’occuper de sa grande famille de l’Adepape 13. Son histoire, aussi dure soit-elle, lui aura permis de trouver sa vocation.

