Un mandat éclair de 5 mois. Michèle Rubirola, première femme maire de Marseille, quitte ses fonctions, principalement en raison de problèmes de santé. Elle souhaite passer la main à Benoît Payan, son premier adjoint. Les conseillers municipaux voteront pour un nouveau maire lors du conseil municipal extraordinaire lundi 21 décembre.

16h06. Mardi 15 décembre. Les derniers réglages viennent de se terminer. Les caméras sont en place, les micros et dictaphones tendus. Puis le silence. Quelques minutes plus tard, Michèle Rubirola ouvre la porte donnant sur l’ancienne salle des délibérations de l’Hôtel de Ville, surplombée de cette inscription en caractère gras et en capitale « Monsieur le maire », par où jadis Jean-Claude Gaudin avait l’habitude d’apparaître et de disparaître.

C’est derrière cette porte, dans son bureau, que dimanche soir, la maire écologiste de Marseille a confié à quelques-uns de ses élus parmi les plus proches sa décision d’abandonner ses fonctions de maire de Marseille. « La première chose qu’on lui a demandé c’est comment elle allait. Ce genre de décision est difficile, je ne sais pas s’il y a une décision plus difficile à prendre », confie Olivia Fortin, adjointe en charge de la modernisation des services de la ville. « Elle était sûre d’elle, émue et sereine », poursuit la fondatrice du collectif Mad Mars.

C’est d’un pas assuré, en effet, que Michèle Rubirola s’est présentée devant les journalistes ce mardi 15 décembre. Elle qui n’affectionne pas particulièrement cet exercice a tenté de délivrer son message avec conviction, malgré quelques hésitations. Il lui fallait revenir sur sa victoire à la tête du Printemps marseillais le 4 juillet dernier, « une force politique nouvelle », qui dans cette élection municipale tumultueuse, a permis de « tourner une page de l’histoire de Marseille ».

Il lui fallait aussi évoquer sa majorité « diverse » et « engagée ». « Elle n’est pas classique. Elle ressemble à Marseille, elle est chaleureuse et plurielle, elle est frondeuse et fraternelle » et gouverne depuis cet été « avec énergie et ferveur. Elle dérange, parfois elle déstabilise ». Un préambule avant d’évoquer les trois raisons principales qui l’ont poussée à quitter ses fonctions de Maire de Marseille.

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Un urgentiste au chevet de Marseille

La crise sanitaire « violente » en premier chef, une crise économique « brutale » qui ont eu un impact direct sur l’action municipale. Son état de santé ensuite. Michèle Rubirola a observé plusieurs semaines de convalescence des suites d’une intervention chirurgicale en septembre dernier. Troisième point : « une situation financière plus calamiteuse [de la ville] encore que nous ne pouvions l’imaginer (…) Depuis 1945, Marseille n’a jamais été aussi près de sombrer. Nous n’avons pas de temps à perdre », déclare l’élue, qui estime ne pas pouvoir « donner 300% de son temps », comme sa fonction l’exige.

« Pour être à proximité et vivre de près ce que peut être la fonction de maire de la deuxième ville de France, il faut être un vrai capitaine de tempête » justifie Olivia Fortin, touchée, insistant sur le fait qu’il « ne s’agit pas d’un problème de compétences, mais de circonstances ».

« Même si on veut faire du collectif, il y a aussi la solitude du pouvoir qui est très importante, ça reste un poste individuel, et ce n’est pas sa conception de la politique », poursuit Jean-Marc Coppola, adjoint à la Culture.

Au regard de cet ensemble de « circonstances », Michèle Rubirola, médecin de profession « spécialiste du quotidien et du temps long », juge qu’il faut à la barre un médecin urgentiste, pour éviter que le vaisseau-amiral marseillais ne parte à la dérive. « C’est pour ces raisons, que j’ai pris la décision de quitter ma fonction de maire de Marseille ».

C’est désormais vers son premier adjoint, Benoît Payan, que tous les regards se tournent pour prendre la barre. Expérimenté, rompu à l’exercice politique, c’est lui qu’elle a choisi pour lui succéder (si ce n’est l’inverse).

Longtemps pressenti pour incarner la tête de liste du Printemps marseillais, le socialiste avait renoncé au profit de l’écologiste Michèle Rubirola, une figure féminine plus consensuelle, incarnant un renouveau, après 25 ans de règne de Jean-Claude Gaudin.

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Les doutes, le carpe diem et le switch 

Cette démission presque pressentie soulève une question : fallait-il placer Michèle Rubirola comme tête de proue du Printemps marseillais en juillet dernier ? Elle qui n’aime pas le pouvoir, et ne s’en cache pas, n’était pas véritablement entrée dans son costume de maire, suscitant des doutes sur ses capacités à diriger la ville. Fragilisée, en effet, par des problèmes de santé, l’élue avait choisi de signer son retour sur la scène politique, après sa convalescence, au Centre Ressources de Marseille à l’occasion « d’Octobre Rose ».

Retour marqué par la publication d’un article du Monde, intitulé « Tu es au courant que je ne reste que trois mois : les débuts déroutants de Michèle Rubirola ». L’article revient sur le rôle de la maire écologiste et sa capacité à diriger la deuxième ville de France, laissant souvent la main à son premier adjoint. C’est lui qui a d’ailleurs assuré l’intérim en son absence, et même présidé le conseil municipal de rentrée.

Interrogée sur cet article, la maire avait déclaré  : « À moins que je ne meure demain… Moi je dis ici et maintenant. Carpe diem ». La riposte s’est ensuite organisée dans un long entretien accordé à Libération, dans laquelle l’élue aux côtés de Benoît Payan, persiste et signe : « Mais oui, je reste, la preuve, je suis là !, insiste-t-elle ce jour-là. Quand je dis carpe diem, c’est ma manière de parler », évoquant au passage le binôme qu’elle forme avec le Benoît Payan, tout désigné désormais pour devenir le futur maire de Marseille. « Je souhaite que notre binôme continue, mais s’inverse. Et que Benoît devienne maire. C’est de son énergie et de son expérience dont Marseille a besoin », lâche Michèle Rubirola, lors de sa déclaration.

« Elle décide de passer la main au nom de l’intérêt général, elle ne s’accroche pas aux ors du pouvoir. Elle démissionne de son rôle de maire, mais reste dans l’équipe », exprime Olivia Fortin. Un switch de fauteuil, Michèle Rubirola prenant le poste de premier adjoint, et conservant sa délégation à la santé et son siège de présidente au Conseil de surveillance de l’AP-HM. En pleine crise sanitaire, cette double-fonction ne devrait pas être de tout repos.

Benoît Payan, d’intérimaire à futur maire ?

La candidature de Benoît Payan a été soumis à l’ensemble des élus du groupe du Printemps marseillais et semble faire « l’unanimité », confient Jean-Marc Coppola et Olivia Fortin. « Nous soutenons unanimement sa volonté de voir Benoît Payan dès demain continuer de porter notre projet et notre collectif à la tête de la Mairie », ont d’ailleurs assuré les élus dans un communiqué de presse.

Quant aux électeurs qui ont voté pour le Printemps marseillais, et non pour un ancien proche de Jean-Noël Guérini « bien sûr qu’il peut y avoir de la déception pour les électeurs, mais il y a aussi une envie que cette équipe puisse réussir. Je pense qu’il y aura beaucoup de soutien », assure l’adjoint à la Culture.

Et Olivia Fortin d’ajouter : « C’est le Printemps marseillais qui a gagné en juin dernier. C’est un collectif qui a été mis en responsabilité, les joueurs ne changent pas, ils sont engagés et combatifs, c’est un changement de méthode qui a été choisi. Notre ligne et le programme ne changent pas », assure l’adjointe qui a repoussé d’un revers de main une éventuelle candidature.

Même discours pour Mathilde Chaboche, adjointe à l’urbanisme : « Je pense que nos électeurs nous ont portés aux pouvoirs parce qu’on porte une vision et des valeurs que l’on continue d’incarner. Ce qui est important ce sont les idées pour lesquelles on se bat ».

Quatrième tour lundi 21 décembre

Pour continuer à porter leur projet, il faudra que Benoît Payan soit élu maire de Marseille, à l’occasion du conseil municipal extraordinaire prévu lundi 21 décembre. Le préfet a été informé, l’équipe municipale souhaitant « aller vite ». Rappelons que le 4 juillet dernier, plus de trois heures de tractations ont eu lieu entre le Printemps marseillais et les élus de Samia Ghali, du groupe Marseille avant tout, qui ont au bout du compte offert la victoire à l’union des gauches.

L’adjointe en charge de l’égalité des territoires, les relations euroméditerranéennes, l’attractivité, les grands événements marseillais ne s’est pas encore exprimée sur la démission de Michèle Rubirola, « mais elle est pleinement engagée à nos côtés dans le projet », note Olivia Fortin.

La deuxième adjointe devrait une fois encore peser dans la nouvelle élection, à l’occasion de laquelle il faudra aussi réélire les adjoints. Ce qui entraînera également « quelques légers ajustements sur les délégations », précise un élu.

Le groupe écologiste, qui avait rallié Michèle Rubirola dans l’entre-deux-tours, semble plus partagé. S’il devrait soutenir Benoît Payan au poste de maire, la question de la création d’un groupe indépendant dans l’hémicycle municipal est sur la table.

L’élection de Benoît Payan au poste de maire pourrait apaiser quelques dissensions existantes au sein de la majorité, résultantes entre autres de ce fonctionnement en duo. Reste à savoir si dans une configuration, Benoît Payan, maire, et Michèle Rubirola, première adjointe, ils continueront à fonctionner en binôme à la tête de l’exécutif.

À droite, du côté d’Une volonté pour Marseille, le temps est à la réflexion pour savoir si lundi, le groupe d’opposition présentera un candidat ou non. Les élus oscillent entre soupçons et incompréhension : « Moins de 6 mois après son élection et à moins de 5 jours d’un conseil municipal initialement prévu le 14 décembre… La ficelle est un peu grosse et nous espérons collectivement que ces raisons de santé ne masquent pas un accord conclu avant même l’élection municipale, auquel cas ce serait un véritable hold-up démocratique dont les Marseillaises et les Marseillais seraient les principales victimes ».

Le conseiller municipal d’extrême droite Stéphane Ravier, lui, demande un nouveau scrutin des Marseillais. Lors du troisième tour en juillet, qui a duré près de 10 heures, les élus du Front national avaient décidé de ne pas prendre part au vote.

Dans l’hémicycle municipal marseillais, c’est désormais un quatrième tour qui va se jouer dans quelques jours. Hémicycle qui n’aura pas vu apposer le nom de Michèle Rubirola à la suite de celui de Jean-Claude Gaudin et de ses prédécesseurs.

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Marseille a connu une élection en cours de mandat à la mort de Gaston Defferre en 1986. Le médecin Robert Vigouroux avait été préféré à Michel Pezet par les socialistes, devenant ainsi maire de Marseille.

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De gauche à droite, les réactions après la démission de Michèle Rubirola © N.K.
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