Jean-Claude Gaudin a présenté un dispositif conséquent pour assurer une rentrée scolaire dans « les meilleures conditions de sécurité sanitaire ». Mais il n’a pas rassuré les parents d’élèves, enseignants et personnels. Du côté des élus locaux, l’union politique face à la crise s’arrête ici.

Plusieurs municipalités françaises s’opposent à l’ouverture des écoles préconisée par le gouvernement à partir du 11 mai. Dans la région, des communes comme Aix, Arles, Le Rove, ou Martigues ont fait part de leur réticences, voire même d’un refus d’une reprise scolaire précipitée.

Le maire de Marseille a quant à lui annoncé qu’il suivra le calendrier prévu, estimant que « la  rentrée scolaire constitue une étape majeure tant elle conditionne d’enjeux essentiels pour la relance de l’activité et pour une reprise confiante de notre vie collective ». L’ensemble des crèches et écoles de la ville devraient ainsi ouvrir ce lundi. Pour ne pas dépasser 15 élèves par classe, ils auront cours en roulement 2 jours sur 4, avec une possible proposition d’accueil les autres jours.

Jean-Claude Gaudin assure que les services préparent « soigneusement et rigoureusement », cette nouvelle phase. « Depuis plusieurs semaines, j’ai en effet mobilisé l’ensemble des services de la Ville de Marseille et le Bataillon des marins-pompiers afin de garantir les meilleures conditions de sécurité sanitaire possibles pour les enfants, les personnels municipaux et les enseignants ».

Il détaille dans un document les moyens déployés pour assurer la reprise scolaire dans de bonnes conditions sanitaires. Désinfection des classes, approvisionnement en produits d’hygiène, élargissement des plages d’accueil le matin et des temps de cantine, marquages au sol de distanciation physique, dépistage systématique des personnels et enseignants, masques, thermomètres et autres équipements de protection… « Tout est prêt » assure le maire.

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Angoisses et doutes chez les parents, enseignants et personnels

Les parents d’élèves semblent largement défavorables à cette reprise scolaire, si on en juge une enquête de l’association de parents d’élèves MPE 13, réalisée auprès de 4 000 familles des Bouches-du-Rhône. Entre 60 et 65 % d’entre-eux y sont opposés.

Même son de cloche à la Fédération des conseils de parents d’élèves départementale (FCPE 13). Après des réunions avec parents et enseignants, le président Christophe Merlino conclut sèchement : « Pour nous, la rentrée le 12, c’est non ! » Avant de justifier : « C’est prématuré, les conditions sanitaires, pédagogiques, humaines et d’organisation ne peuvent pas être réunies. C’est une garderie géante improvisée pour remettre les parents au travail. Avec en plus des pressions du gouvernement sur les aides financières pour les salariés qui refusent ».

Le représentant des parents d’élèves dénonce notamment l’argument des inégalités sociales, présenté par le président de la République pour justifier le retour à l’école. « Mais ce sont les plus aisés qui vont renvoyer leurs enfants à l’école, souvent parce que les deux parents travaillent ». Ce que semble confirmer l’enquête du MPE 13, dans laquelle la part des parents défavorables à l’ouverture des écoles s’élève à 75 % pour les établissements en REP et REP +.

Du côté des enseignants, plusieurs syndicats se sont prononcés contre la reprise scolaire, comme CGT Educ’action ou Snuipp-FSU 13. Les personnels municipaux semblent leur emboîter le pas. Par communiqué, les sections locales de la Ville CFTC et SNT CFE-CGC demandent que la rentrée soit reportée d’une semaine, et pourraient encourager à faire valoir le droit de retrait. Du côté de FO, « ça pourrait aussi chauffer », estime un élu de secteur au sortir d’une réunion avec des représentants du syndicat.

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Cette rentrée des classes marque la fin de l’union politique

Chez les élus locaux, et alors que les municipales sont en suspens, l’unité politique « constructive » tenue jusqu’ici face à la crise semble s’échouer sur le sujet des écoles. Seuls la majorité municipale LR et les élus LREM soutiennent respectivement la décision du maire et du gouvernement.

Alexandra Louis, députée de la 3e circonscription des Bouches-du-Rhône

Le chef de l’opposition socialiste, et candidat de secteur (2-3 arr.) du Printemps marseillais, Benoît Payan, a claqué la porte de la cellule de crise municipale Covid-19. « Le maire prend une responsabilité et un risque terribles », dénonce-t-il lors d’une conférence de presse organisée par son mouvement. « Il n’a pas pu nous garantir que les moyens annoncés seront mis en place. Dans ces conditions, la rentrée ne peut pas se faire ». La prétendante à la mairie centrale du Printemps marseillais, Michèle Rubirola, considère que « les conditions sanitaires ne sont pas requises pour la reprise des écoles ».

Également candidat, l’écologiste Sébastien Barles (Debout Marseille !) estime que « l’accueil des enfants est prématuré : il a été décidé de façon unilatérale par le gouvernement qui en fait porter la responsabilité aujourd’hui aux collectivités et aux directeurs et directrices d’école. C’est une erreur. » 

Aucune de ces personnalités politiques ne manquent l’occasion de rappeler la situation des écoles avant la crise. Comme Samia Ghali, sénatrice des Bouches-du-Rhône, elle-même dans la course pour la mairie. « Le maire continue d’être dans le déni sur la situation catastrophique et préexistante de nos écoles […] et y ajoute sans aucune concertation les difficultés actuelles liées au #Covid19 ». Une décision qu’elle juge « isolée et irresponsable ».

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Le Conseil municipal de Marseille

Bruno Gilles, sénateur des Bouches-du-Rhône, et candidat (SE) opte quant à lui pour une « répétition générale sans les enfants à partir de lundi. Avec les personnels, enseignants, et quelques parents d’élèves. Il faut prendre le temps qu’il faut, une semaine ou plus, pour les rassurer avant d’envoyer les enfants en classe ».

Le Rassemblement national n’a pas non plus manqué de s’opposer au dispositif de réouverture des écoles proposé par Jean-Claude Gaudin. Le sénateur Stéphane Ravier et Sandrine d’Angio, maire des 13ème et 14ème arrondissements, le jugent « insuffisant pour que les parents soient libres d’aller au travail, mais suffisamment dangereux pour relancer l’épidémie de Covid-19 ».

Parents, enseignants, personnels et élus… La reprise scolaire est loin de faire l’unanimité à Marseille. La rentrée des classes pourrait sonner creux ce lundi.

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