Alors que les élections européennes approchent à grands pas, à Marseille, la gauche se cherche des alliés pour gagner la mairie en 2020. Plusieurs partis, collectifs citoyens et associations sont favorables à une liste de large rassemblement, mais devront s’accorder sur le projet et le candidat(e). Etat des lieux.

« Je ne crois pas aux gauches irréconciliables ». Ces mots sont ceux de la marseillaise Sarah Soilihi. Invitée de notre Clap politique ! le 23 avril dernier, la colistière de Benoît Hamon (Génération-s) pour les européennes évoquait les élections municipales de 2020 à Marseille en ces termes. « La gauche a une chance unique de pouvoir reprendre la main sur notre ville, qui en a vraiment besoin ».

Depuis le drame de la rue d’Aubagne en novembre dernier, la polémique sur le partenariat public-privé (PPP) des écoles marseillaises, la gestion municipale souvent décriée, un vent de contestation et de renouveau s’est élevé dans la cité phocéenne. Les citoyens ont décidé de faire entendre leurs voix, bien avant le rendez-vous des urnes. Socialistes et communistes ont également porté les revendications des habitants dans l’hémicycle municipal, plus forts encore que par le passé. Des semaines agitées et consensuelles qui ont ouvert une nouvelle voie. « Pour la première fois en 25 ans, une véritable alternative est possible », souligne Jérémy Bacchi, secrétaire départemental du PCF 13.

« L’enjeu est d’avoir une liste à l’image de Marseille »

Il y a quelques jours, le parti a lancé un appel à l’ensemble des forces de gauche et de progrès à se rassembler et à « mobiliser largement pour changer l’avenir de Marseille ». Une invitation à se mettre en ordre de marche pour 2020 dès ce mois de juin, après les élections européennes, qui auraient pu constituer un obstacle à cette (future) union. « Nous avons la conviction que les forces de gauche, syndicales, associatives et citoyennes réunies peuvent gagner pour conduire Marseille vers le progrès social et partagé », affirme le secrétaire départemental. « Je pense que toutes les forces de gauche ont la possibilité de s’entendre. Soyons intelligents et regardons ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous divise : les écoles, le logement, les transports, l’emploi… sur ces sujets déjà nous avons la capacité de trouver un large consensus », ajoute Jérémy Bacchi. « L’enjeu est d’avoir une liste à l’image de Marseille ».

Place Publique ouvert aux discussions

Depuis le 25 avril, date de cet appel, le PCF13 a reçu de nombreux retours positifs. Place Publique (PP), le mouvement fondé entre autres par Raphaël Gluksmann, tête de liste du Parti socialiste aux européennes, se dit favorable au rassemblement des gauches et des écologistes pour l’échéance de 2020. « Il est indispensable d’être en mesure d’agir collectivement, de provoquer le débat avec les citoyens, les collectifs et associations, ainsi que toutes les composantes politiques de la gauche marseillaise ». Place Publique est ainsi ouvert aux discussions « sans préalable et sans exclusive avec tous ceux qui veulent construire une alternance populaire, socialiste, écologiste et citoyenne en 2020 ».

Marseille en commun : « le véritable enjeu sera le projet »

Cette construction d’une alternance citoyenne forte, Marseille en commun y travaille activement. En accord sur le diagnostic dressé par le PCF13, « sur la situation marseillaise », Sébastien Barles, président du collectif, ne se dit pas « hostile à une démarche unitaire. Il faut redonner de l’espoir mais le véritable enjeu sera le projet. Quel projet métropolitain veut-on porter ? ».

, Municipales 2020 : l’union fera-t-elle la force… à gauche ?, Made in Marseille
Quelques membres du collectif Marseille en commun, dont Sébastien Barles, le président en haut à droite. © N.K.

Pour le collectif, l’urgence est de répondre aux enjeux écologiques et climatiques, et sur certains dossiers les avis divergent avec le PCF : les boues rouges, l’avenir de la centrale de Gardanne … « ce sont des points à éclaircir », estime le président de Marseille en commun, « mais pour Marseille la priorité est d’avoir une liste éco-citoyenne la plus large possible ». Il milite pour une démarche commune rassemblant différents collectifs, comme le sien, le collectif contre les PPP, Mad Mars, des associations, une large représentation de la société civile… avec in fine le soutien des partis politiques de gauche, pour espérer peser dans la bataille des municipales.

Dans cette optique, Marseille en commun lance d’ailleurs les Etats généraux de la démocratie locale, au mois de juin, animés par les collectifs locaux. Le but est de « donner un temps de respiration et de voir ce qui marche dans d’autres villes comme Grenoble, Paris, ou en Italie, en Espagne… ». Une grande parade aura également lieu avec le syndicat des Poussettes enragées marseillais, Greenpeace, Extension Rebellion, Vélos en ville… « avec toutes les forces qui veulent changer la donne ».

Mélenchon : « une fédération populaire de collectifs et de citoyens »

Sébastien Barles est d’ailleurs « en lien » avec Générations-s et des discussions devraient être prochainement engagées avec La France insoumise, qui semble être sur la même ligne. Jean-Luc Mélenchon prône, en effet, une « fédération populaire de collectifs et de citoyens notoirement engagés dans les mouvements sociaux urbains », et non une « liste des partis ou du personnage providentiel qui est tête de liste », écrit-il sur son blog. Pour lui, « les partis sont présents à travers leurs militants de terrain agissant dans les collectifs et non au “nom du parti” . Ils se fédèrent sous un label commun pour appuyer la liste et soutenir la campagne. » C’est d’ailleurs de cette méthode que la France insoumise a usée pour les européennes : un mix de personnalités engagées syndicalistes, associatifs et militants politiques.

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Jean-Luc Mélenchon à l’occasion de la manifestation contre Macron, aux cotés de syndicats et du PCF13, entre autres. © N.K.

« On ne prendra jamais le logo LREM » mais…

Il est aussi question d’une ouverture la plus large possible du côté de La République en marche. Sébastien Barles avoue qu’avec le parti de la majorité présidentielle, des rapprochements ne seraient pas excluent. « On ne prendra jamais le logo LREM, précise-t-il, mais chez les militants, on sent qu’il y a une aspiration à changer Marseille et sur des projets, on pourrait s’entendre », déclare-t-il.

Pour l’instant, le mouvement d’Emmanuel Macron opte plutôt pour une liste autonome, ou si alliance il y a, ce serait plutôt avec la droite. Mais cette question « d’un rassemblement assez large fait partie des échanges quotidiens pour structurer une équipe qui pourra porter un projet », confie Claire Pitollat, députée de la 2ecirconscription des Bouches-du-Rhône. « L’enjeu centriste pour Marseille est fort avec une ouverture basée sur les valeurs du parti. Nous sommes conscients qu’il faut faire une liste pragmatique, avec un renouveau, des compétences… LREM porte ces valeurs qui conviennent aujourd’hui à Marseille, mais il est prématuré de dire quelle stratégie nous allons adopter », explique-t-elle.

Le mouvement en est au stade des concertations de terrain et des échanges pour faire remonter les meilleures options à Paris. C’est à la commission nationale que reviendra la décision finale. Dans tous les cas, pour Claire Pitollat comme pour beaucoup de marcheurs, ce large rassemblement exclue toutes discussions avec LFI. « C’est notre opposition la plus frontale à l’Assemblée nationale, je ne vois pas en quoi on est sur les mêmes valeurs qu’En marche », lâche la parlementaire.

Samia Ghali : « Si c’est une addition d’étiquettes politiques, ça ne m’intéresse pas »

A gauche, il y a aussi l’hypothèse Samia Ghali, dont les détracteurs, de gauche comme de droite, lui impute une incapacité à rassembler largement. La sénatrice qui a toujours affirmé sa volonté de « rester libre » a décidé de créer son micro-parti « Marseille avant tout », il y a quelques semaines, pour garder son indépendance d’action et d’expression. Elle affirme avoir « toujours été dans l’union. L’union des personnes et des Marseillais avant tout… »

« Contente » de voir que l’on parle d’un grand mariage des gauches, plus encore au regard des résultats des dernières élections municipales et régionales, la sénatrice estime que l’enjeu est ailleurs : « si on dit déjà aux Marseillais que l’on est dans l’union, on va retomber dans les mêmes travers politiques, et certains collectifs pourraient même être déçus de la forme que cela pourrait prendre. Je discute d’abord avec les Marseillais, femmes et hommes de différents horizons, pas forcément issus de partis, et qui ont envie de participer à changer la ville… Si c’est une addition d’étiquettes politiques, ça ne m’intéresse pas et ça n’intéressera pas les Marseillais », déclare la sénatrice, qui n’a pas encore déclaré officiellement sa candidature.

Dans l’optique où les forces de gauche et citoyennes trouvent un terrain d’entente, qui pour mener cette liste ? La question reste entière, et le scrutin des européennes devrait rebattre encore les cartes localement.

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