Dans le quartier Bompard à Marseille, l’architecte Matthieu Poitevin lance l’opération « Rue Gachet ». Cette reconversion d’usine en projet d’habitations composé de nombreux espaces communs prévoit de réutiliser au maximum l’existant.

Matthieu Poitevin est un architecte doté d’un « Caractère Spécial », comme il a baptisé son agence. C’est aussi un amoureux des friches. Il a conçu la reconversion de la plus célèbre de Marseille, la Belle de Mai, en grand complexe culturel. Cette fois, c’est pour des habitations qu’il jette son dévolu sur une ancienne usine de meubles de cuisine du quartier Bompard (7e), rue Michel Gachet. Il y créera 50 logements bioclimatiques haut de gamme d’ici 2026.

« J’ai grandi juste à côté. Je suis passé devant, gamin, de nombreuses fois », raconte le natif de Marseille. « C’était un gros pavé jeté au milieu d’une mare de maisons de ville ». En effet, le quartier collinaire séduit plutôt pour son caractère villageois. Sans tromper le promeneur qui, derrière des façades presque pittoresques, devine l’opulence des résidences.

Parmi elles, l’usine désaffectée fait figure d’exception, symbole d’une décrépitude industrielle urbaine. Frappée d’un arrêté de péril, des filets protègent les passants des lambeaux qui tombent de l’enceinte.

« Un bâti incongru dans un tissu de maisons bourgeoises ». Le tableau avait tout pour séduire l’architecte militant, promoteur de la « ville sauvage », concept qu’il avoue lui-même vague, mais auquel il dédie un festival international ce mois de septembre, espérant faire de « Marseille, la capitale mondiale de la ville de demain ».

habitations, Une ancienne usine recyclée en projet d’habitations dans le quartier Bompard, Made in Marseille
Au centre, le projet de Matthieu Poitevin s’élève et propose des habitations sur toiture, « un belvédère sur la rade ». Crédit : Caractère Spécial

Transformer ce qui existe déjà

Il y a d’abord eu la « rencontre » entre Matthieu Poitevin, le bâtiment et son propriétaire. « Il a continué à habiter l’usine après sa fermeture, avec sa femme. Il fallait slalomer entre les vestiges industriels abandonnés pour rejoindre son logement. En discutant, nous avons découvert qu’il était à l’école avec mon père ».

Mais au-delà des affects ou de sa philosophie urbanistique, l’architecte a surtout trouvé un site de choix pour mettre en application un pilier plus concret de son travail : la reconversion de l’existant. « Alors qu’on ravage la planète, il faut que les villes arrêtent de s’étaler et réduire les extractions et pollutions. Pour cela, il faut transformer ce qui existe déjà ».

Une solution qui « se cogne aujourd’hui aux réalités financières des promoteurs. C’est paradoxal, mais la réhabilitation coûte plus cher que du neuf, et fait peur, car elle semble plus compliquée. Il faut faire de la pédagogie. Prouver que ce n’est pas si technique. Et que ce principe va devenir une réalité grandissante ».

Pour convaincre Quartus, groupe immobilier à la manœuvre sur le projet, il a également pu s’appuyer sur une « relation plus humaine que pro avec le président » pour faire adopter sa vision.

« Je veux livrer un bâtiment qui n’est pas fini »

Car il a imaginé des habitations plutôt que le « parking en silo ou la maison médicalisée pour seniors » qui auraient pu voir le jour ici. Il a fallu convaincre que c’était possible sur ce site « iconoclaste, où tout est trop. Trop grand, trop large, trop haut. Il faut donc sortir des standards du logement ».

La structure du bâtiment offre tout de même des possibilités techniques intéressantes pour intégrer des logements généreux (en moyenne 74 m²) proposant chacun des espaces extérieurs de 25 m² minimum. Elle est « intacte malgré les belles traces du temps », et sera quasi-intégralement conservée.

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D’usine à habitation. Crédit : Caractère Spécial

L’architecte entend tout de même déconstruire un tiers du bâtiment ainsi que sa couverture pour « le faire respirer » et l’ouvrir au soleil. Des ruelles piétonnes desserviront ainsi les habitations créées dans le squelette de l’édifice préservé. L’une d’elles, traversante, permettra de relier la rue Gachet au chemin du Vallon de l’Oriol. « J’imagine ça comme une petite médina », décrit-il, alors que le projet fait la part belle aux espaces de rencontre.

Depuis le sol, avec des placettes et ruelles, jusqu’aux toit-terrasses, avec jardins partagés, piscine, solarium, jeux pour enfants… Ces espaces communs sont un axe primordial, « mais je ne veux pas trop les définir à l’avance. Je veux livrer un bâtiment qui n’est pas fini. Je pense un cadre, qui doit être évolutif. Pour que les gens qui y vivent puissent se l’approprier et définir eux-mêmes les usages ».

Rien ne se perd, rien ne se crée…

Reste l’approche éco-responsable du projet, que Matthieu Poitevin se targue souvent de mettre au cœur de son travail. « Ici, on a essayé de conserver tout ce qui peut l’être. Comme la structure du bâtiment, qui porte les stigmates de son histoire ».

Mais au-delà du squelette préservé, une importante partie du bâtiment sera détruite. « On utilisera ce qui est cassé pour faire du béton sur site. Les gravats seront concassés et transformés en granulat pour en faire un nouveau béton hydrogommé. C’est une matière vivante. Elle laisse voir les traces du passé ».

L’opération entend également utiliser ou réemployer un maximum de matériaux bruts et naturels. Un ensemble d’éléments qui permet au projet de viser les labels Norme française Haute qualité environnementale (NF HQE) et Bâtiment Durable Méditerranéen. Il a notamment reçu le prix de la catégorie « restructuration » du classement des promoteurs 2022 Innovapresse.

La commercialisation du projet doit débuter à l’automne, pour de premières démolitions « en novembre, si tout se passe bien », avant un chantier estimé à 24 mois.

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