Lors de sa venue à Marseille début septembre, Emmanuel Macron annonçait le lancement officiel d’Odysseo. Une nouvelle structure à dimension internationale dédiée à la Méditerranée. Elle regroupera sur un même lieu un musée interactif, un centre de recherches et un campus de formation aux métiers de la transition écologique. Lancement prévu pour 2026.

Odysseo. La première fois que ce nom a été prononcé publiquement, c’était le 1er septembre dernier, dans les jardins du Pharo par le Président de la République, à la veille de l’ouverture du Congrès mondial de la nature. Le chef de l’État saisissait l’occasion de ce temps fort international, pour lancer officiellement ce projet dont la vocation est d’accompagner « les populations à la transition écologique au travers de la création d’un réseau de lieux de sensibilisation, de recherche, de formation, d’innovation sur les pays bordant la Méditerranée ».

L’ambition est de créer d’ici à 2026, dans le centre-ville de la cité phocéenne, le premier lieu emblématique dédié à la protection de l’environnement méditerranéen, en partenariat avec les collectivités territoriales. « Je pense que pour Marseille, cela doit être une insigne fierté de pouvoir ici porter ce rêve fou ».

, Odysseo, une structure à dimension internationale dédiée à la Méditerranée, Made in Marseille
Emmanuel Macron dans les Jardins du Pharo, lors de la présentation de “Marseille en Grand”, le 1er septembre 2021. © N.K.

Au cœur de ce nouveau tiers lieu, un musée interactif et ludique qui permettra de déployer des outils de sensibilisation à destination des scolaires et du grand public, mieux faire connaître la Méditerranée, le regard que les scientifiques portent sur le bassin méditerranéen et son évolution face au réchauffement climatique et sa biodiversité. « Nous ne serons pas dans une approche moralisatrice. Le but est de déverrouiller ce qui empêche de passer à l’action, c’est pourquoi à la fin de la muséographie, nous présenterons les solutions d’engagements », explique Cyprien Fontvielle, fondateur Neede Méditerranée, association qui œuvre depuis deux ans à réalisation de ce projet.

Créer des synergies sur différents territoires

Autour du musée s’articuleront d’autres espaces dédiés à la recherche et la formation. La création d’un campus des métiers de la transition en Méditerranée est à l’étude avec les ministères de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, et la Région Sud. « Il permettra à terme de former des bac+3 ou bac +5 sur les métiers liés à la gestion de l’eau, des déchets et de l’énergie, car ça correspond à des demandes des entreprises du secteur ». Place aussi à un incubateur pour accompagner les start-up à concrétiser leur idée, « trouver leur modèle économique, trouver des partenaires… avec l’avantage de pouvoir s’appuyer sur un centre de recherches présent sur site ».

Si la prise de position d’Emmanuel Macron acte sa création à Marseille, et malgré les discussions très avancées avec l’État, l’emplacement n’a pas encore été déterminé. Stratégiquement, le Grand Port Maritime de Marseille apparaît comme le site idéal pour l’implantation de ce lieu-vitrine ; unique en son genre. Car « cette approche de créer des lieux qui recoupent à la fois sciences humaines et sociales, et sciences de l’environnement pour venir questionner la place de l’Homme dans le bassin méditerranéen et la façon dont il peut accompagner les mutations sociales et environnementales, n’existe pas », affirme Cyprien Fonvielle.

Après Marseille, l’objectif est de créer des écohubs dans les autres pays méditerranéens, « et c’est en ça que nous souhaitons un maximum travailler avec les acteurs qui agissent sur les différents territoires pour valoriser les actions concrètes qu’ils portent ».

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Cyprien Fonvielle, fondateur de l’association Neede Méditerranée, et porteur du projet Odysseo © N.K.

Naissance du projet

Odysseo repose sur le travail mené au sein de Neede, dont la mission est d’accompagner les habitants du bassin méditerranéen à la transition écologique, en impulsant un dialogue permanent entre les sciences et le grand public. Puis en lui donnant les clés « pour lui permettre d’agir à la fois pour limiter son impact personnel et collectif sur l’environnement méditerranéen et en même temps préparer son adaptation aux dérèglements climatiques qui ont déjà commencé et qui vont évoluer plus ou moins rapidement dans nos bassins de vie », explique l’ancien directeur de la Fondation du camp des Milles.

Il s’est justement appuyé sur l’expérience acquise sur le site-mémorial pour poser les bases de sa démarche. « Nous traitions déjà des crises économiques, sociales et morales. Avec l’équipe, il nous est apparu essentiel de s’engager sur la crise environnementale, que nous avions mesurée depuis un bon moment comme étant le défi le plus important que l’humanité allait devoir relever ».

La Méditerranée, un laboratoire pour le monde

L’association décide de localiser son approche sur le bassin méditerranéen au cœur de plusieurs enjeux majeurs. Environnementaux, car cet espace est le plus menacé par le dérèglement climatique. Selon les experts, il se réchauffe 20 % plus vite que le reste de la planète. Il est, par ailleurs, doté d’une réserve de biodiversité « assez extraordinaire, la plus importante du monde occidental ».

Enjeux sociétaux ensuite : « On parle de 500 millions d’habitants autour du bassin méditerranéen, un risque de 100 millions de migrants dans une période plus ou moins proche. Le territoire nous paraissait intéressant pour en faire un laboratoire pour l’humanité ». Sans oublier ce que représente la Méditerranée dans l’imaginaire collectif : « Quand on travaille sur les questions de médiation, d’éducation et de formation, on se rend compte que pour arriver à enclencher une dynamique suffisante chez les individus, on a besoin de toucher au sensible. Parler environnement, pour nous, correspond à ce que les gens peuvent toucher du doigt ».

Durant ces deux ans, l’équipe s’est ainsi employée à créer son conseil scientifique. Il est composé d’une vingtaine d’experts, à parité, représentant différents pays du bassin méditerranéen (Maroc, Tunisie, Algérie, Malte, Chypre, Espagne, Grèce, France). « Notre objectif est bien sûr d’ouvrir davantage » précise Cyprien Fonvielle. Pendant cette période se sont également tissés les premiers partenariats avec les universités et des acteurs de l’éducation, la rédaction des contenus de la muséographie, et des ateliers pédagogiques.

« La création d’un lieu symbolique est essentielle »

Il a également fallu convaincre acteurs publics et privés de la pertinence d’ouvrir « ces lieux de vie », selon l’expression d’Emmanuel Macron, à l’ère du numérique. « La création d’un lieu symbolique est essentielle, estime Cyprien Fonvielle, car si l’on considère que la transition écologique est un enjeu majeur pour nos sociétés, il faut aussi tenir compte de l’histoire de ces sociétés et de la manière dont fonctionne l’être humain. C’est pour cela que l’on fait entrer les sciences humaines et sociales. L’enjeu est de mobiliser et non pas simplement poser sur la table des contenus scientifiques, de présenter des graphiques inquiétants, sans solutions, mais mettre en action grâce à un certain nombre de leviers pour permettre à chacun de trouver sa place dans cette transition et d’agir à son niveau, martèle le fondateur.

C’était aussi important de rassembler dans un même lieu des acteurs qui s’engagent sur les questions environnementales, issus de la société civile, du secteur public ou privé et représentent la diversité des actions, pour construire une approche partagée. À chaque fois que nos sociétés occidentales ont dû prendre des virages importants, elles ont créé des lieux symboliques que ce soit des lieux religieux, culturels, même des enceintes sportives… Elles ont su créer des lieux qui permettaient de fédérer des populations et de partager avec elles un certain nombre de messages ».

Du projet “Marsa” de Ora Ïto au Domaine du Possible de Françoise Nyssen

L’initiative a été rebaptisée Odysseo car elle traduit l’engagement de la France à relever le défi de la transition, et qu’elle intègre désormais le projet « Marsa » proposé par Ora Ïto. Le célèbre designer a toujours considéré le Frioul comme le plus beau décor au monde pour discuter de l’écologie permettant ainsi de construire la Villa Médicis de l’écologie en Méditerranée. Un projet de longue date abandonné par manque de financement, remis en lumière, au travers de la création d’une fondation qui permettra « dès cette année d’engager des initiatives que l’urgence de la situation appelle », avait précisé le Président de la République.

Odysseo est également porté par François Nyssen, présente depuis le début de l’aventure, en sa qualité de vice-présidente de Neede. Elle a entre autres travaillé sur le cahier des charges et mis à profit ses relations avec les différents ministères.

L’ancienne ministre de la Culture d’Emmanuel Macron est très engagée sur les questions environnementales au travers de la Maison d’édition Actes Sud et du Domaine du Possible, « où sont menées, au-delà des actions éducatives, des actions d’expérimentation, de formation et de production, pour le monde agricole ». Sans oublier le lancement en 2020 du festival « Agir pour le vivant », en faveur de la biodiversité et du lien social.

Premières actions internationales d’ici la fin de l’année

En l’absence du site, le montant du projet n’est pas encore évalué, mais l’État accompagne la mise en place de la fondation et soutient les missions préalables à l’ouverture de ce premier lieu à Marseille. « Il participera, aux côtés des collectivités locales, de tous les partenaires publics et privés, à sa création, à son financement, à son déploiement », avait clairement précisé Emmanuel Macron.

En plus de deux salariés, du personnel mis à disposition par le ministère de l’Éducation nationale, le ministère de la Mer, et le ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, devrait arriver dans les prochaines semaines. « Aujourd’hui, le but est de finaliser les contenus pédagogiques et scientifiques qui vont permettre de commencer des actions de sensibilisation et de formation à destination des acteurs de la jeunesse et des adultes encadrants », souligne Cyprien Fonvielle.

Les premières actions internationales doivent être menées avec le soutien de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur d’ici à la fin de l’année, notamment à l’occasion de la prochaine édition de Méditerranée du Futur.

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