Six nouveaux hôtels à insectes installés en 2017 dans les parcs de Marseille

Six nouveaux hôtels à insectes installés en 2017 dans les parcs de Marseille

Difficile de les apercevoir si l’on ne les cherche pas. Pourtant, plus de 110 « hôtels à insectes » se trouvent dans une dizaine de parcs de Marseille ! Six nouveaux vont d’ailleurs équiper cette année certains espaces verts qui en étaient jusqu’alors dépourvus.

Ces petites boîtes, composées de bois et de bambous, ont pour but de développer la biodiversité de la ville et de protéger un insecte bien particulier.

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C’est en avril 2016 que le premier hôtel à insectes a été installé à Marseille, dans le parc Borély. Avec ses différents étages composés de bois, de tuiles, de paille ou encore de glaise, il a pour vocation d’être le refuge de divers insectes tels les mouches, les guêpes ou les abeilles. Pour autant, les 112 autres hôtels à insectes présents les autres parcs de Marseille ne ressemblent pas au « grand hôtel de Borély ».

Plus petits et installés dans les arbres, les autres hôtels à insectes sont constitués uniquement de bois et de bambous pour la simple et bonne raison qu’il s’agit des substrats où les abeilles sauvages aiment faire leur nid. Car ce sont ces insectes hyménoptères qui intéressent les scientifiques du LPED (Laboratoire environnement populations développement) et de l’IMBE (Institut méditerranéen de la biodiversité et d’écologie marine et continentale).

« Quand on parle de pollinisation, on pense tout de suite aux abeilles domestiques qui vivent dans des ruches. Or il ne s’agit que d’une espèce d’abeille sur les près de 1 000 autres qui vivent en France ! Pour favoriser le retour de la biodiversité, nous mettons donc en œuvre des actions sur la faune d’abeilles sauvages plutôt que domestiques », explique Benoît Geslin, maître de conférences à l’IMBE.

Un deuxième grand hôtel à insectes dans le parc Athéna

Après le parc Borély, c’est le parc Athéna (13e), de 14,5 hectares, qui s’est vu doté d’un grand hôtel à insectes. Pour la première fois, des enfants y ont été associés : des élèves de deux classes de 6e du collège André Malraux situé juste à côte ont ainsi planché sur l’élaboration d’un hôtel à insectes et sont eux-mêmes allés récolter les matériaux qui le composent, avec l’aide de trois jeunes en service civique.

Une démarche rendue possible par l’initiative d’un des professeurs de Sciences de la Vie et de la Terre (SVT) de l’établissement. « Même des professeurs de mathématiques, de technologie ou encore d’anglais ont intégré le thème de la biodiversité dans certains de leur cours. C’est un sujet qui nous tient à cœur car c’est un puissant levier de réussite pour les élèves et nous avons remarqué qu’en convaincant un enfant de l’importance de la préservation de l’environnement, c’est toute une famille que l’on arrive à convaincre », met en avant le corps dirigeant du collège.

Cinq autres hôtels seront installés dans autant de parcs au cours de l’année 2017. Contrairement à ceux mis en place en 2016 qui font partie d’une étude (voir paragraphe suivant), ces nouveaux hôtels sont installés à la demande d’établissements. « Le Lycée Daumier a notamment fait part de sa volonté d’installer un hôtel dans le parc central de Bonneveine l’année prochaine, et c’est acté ! », souligne Monique Cordier, adjointe au maire déléguée aux espaces naturels et à la biodiversité.

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Le grand hôtel à insectes du parc Athéna © AP

Tenter de palier à la disparition des abeilles sauvages

Les 113 hôtels à insectes installés en 2016 font l’objet d’études par des scientifiques pour connaître l’impact de ces habitats, l’évolution de la faune et de la biodiversité autour des hôtels ou encore le type d’insectes qui sont apparus ou qui ont disparus depuis leur installation. Pour cela, les lieux d’implantation des hôtels ont été choisis de manière bien précise. « 24 parcs de la ville aux caractéristiques différentes font partie de l’étude. Il y a des parcs urbains, des parcs en milieu naturel et des parcs en périphérie. Pour chacun de ces types de ces types de parc, certains disposent d’hôtels et d’autres non afin de pouvoir faire des comparaisons », explique Monique Cordier. Les premiers résultats des études sont attendus pour cet été.

Le petit hôtel situé sur le campus de la faculté Saint-Charles © AP

En France aujourd’hui, on dénombre environ 970 espèces d’abeilles sauvages et même plus de 2 000 en Europe. Le pourtour méditerranéen s’avère être la zone regroupant le plus grand nombre d’espèces différentes et particulièrement Marseille où entre 600 et 700 espèces seraient recensées sur notre territoire !

Ces centaines d’espèces permettent de maintenir une biodiversité de plantes sauvages très riche à Marseille. Malheureusement 10% des abeilles sauvages sont menacées d’extinction et leur perte auraient des incidences également sur notre flore. La raison est simple : chaque espèce d’abeille butine une ou plusieurs espèces de plantes. Quand l’une des espèces d’abeille disparaît, les espèces de plantes qu’elle est la seule à polliniser s’éteignent aussi.

Parmi les principales menaces de disparition des abeilles sauvages : l’utilisation de pesticides, surtout dans les campagnes, et l’urbanisation grandissante dans les villes qui détruit les habitats des abeilles. Les hôtels à insectes marseillais ont justement pour but de palier à ce problème en offrant aux abeilles sauvages des refuges où s’installer à n’importe quel moment de l’année.

Découvrez où sont installés les hôtels à insectes à Marseille

Les abeilles sauvages pour développer la biodiversité

Depuis quelques années, de plus en plus de ruches ont été installées dans les villes. Marseille n’a pas dérogé à la mode et de grands hôtels ont depuis accueilli ces installations. À l’intérieur d’une ruche, quelques 50 000 individus la plupart de temps de l’espèce « Apis mellifera », des abeilles à miel domestiques.

Contrairement aux abeilles sauvages qui sont solitaires, les abeilles domestiques se déplacent en colonie. Chaque individu de la ruche butine des espèces différentes, parfois identiques à celles des abeilles sauvages. Leur supériorité numérique leur permet de s’imposer et de récolter tout le nectar et le pollen des plantes. Résultat : lorsqu’il y a trop de ruches dans un même périmètre, le nombre d’abeilles domestiques est tel que les abeilles sauvages n’y trouvent plus leur place.

« À partir de 3,5 ruches par km² dans un milieu naturel, il y a une diminution des abeilles sauvages. La présence de ruches a des effets bénéfiques mais pas tellement en ce qui concerne la protection de la biodiversité. Elle est même contre-productive », souligne Benoît Geslin.

Pour protéger la biodiversité, des mesures pour favoriser la venue d’autres insectes sont nécessaires. Outre les hôtels à insectes, définir des zones réservées aux abeilles sauvages peut être une solution. L’IMBE étudie justement la question pour en mettre en place éventuellement dans le parc national des Calanques où se trouve actuellement une espèce d’abeille menacée.

Des « hôtels » aussi pour les papillons et les oiseaux

Si les hôtels à insectes des parcs urbains ont beaucoup fait parler d’eux, ils ne sont toutefois pas les seuls à Marseille. D’autres installations de ce type existent, parfois même depuis plusieurs années, pour protéger des insectes mais pas seulement.

C’est ainsi que depuis 2010, Marseille dispose d’un « PUP », un Parc Urbain des Papillons. C’est sur un hectare du domaine de Montgolfier où se trouve la Ferme pédagogique de la Tour des Pins qu’il s’est installé et qu’il est même ouvert quelques fois par an au public.

« Après deux ans d’études des papillons, nous avons constaté que les aménagements des parcs urbains de Marseille n’étaient pas forcément adaptés à la biodiversité de la Provence et que l’on perdait des espèces de la région ! Nous avons alors installé des plantes locales et des végétaux horticoles pour enrichir les espèces de papillons dans le PUP », livre Magali Deschamps-Cottin, Maître de conférences au LPED et conceptrice du PUP.

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© Estelle Pierson

Avec le PUP, Magali Deschamps-Cottin espère montrer qu’en gérant les parcs d’une autre façon que ce qu’il se fait actuellement, il est possible d’attirer différentes espèces de papillons. Des insectes qui, avec les abeilles domestiques et sauvages, sont les principaux agents pollinisateurs des plantes cultivées et sauvages et donc du développement de la biodiversité.

Des recherches sont encore à mener mais les résultats montrent que de 20 espèces de papillons en 2010, on est aujourd’hui à plus de 30 espèces différentes dans le PUP. Pour autant, puisque le parc est ouvert et que les papillons ne sont pas en cages, toutes les espèces ne sont pas forcément présentes en même temps. Mais comme pour les hôtels à insectes, elles disposent d’un habitat où venir se réfugier à n’importe quel moment de l’année.

En parallèle des papillons, le LPED a aussi installé des nichoirs dans neuf parcs de la ville dont sept publics (voir carte interactive ci-dessus). Chaque espace vert en contient 18, perchés en haut des arbres et destinés à abrités mésanges, étourneaux ou moineaux. Avec pour but là encore de servir d’abris mais d’étudier aussi comment ces oiseaux vivent en ville.


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Publié le 15 juin 2016, mis à jour le 6 avril 2017

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