Active depuis dix ans maintenant, l’association Recyclop est l’une des pionnières à Marseille dans la lutte contre les déchets. Depuis 2020, elle les transforme même en énergie dans une usine spécialisée. Reportage.

« Je ne sais pas si le nombre de fumeurs diminue, mais le nombre de mégots qu’on trouve au sol chaque année, lui, augmente », constate Olivier Martina, responsable de l’activité évènementielle et associative chez Recyclop, interrogé sur l’évolution de la quantité de mégots retrouvés par terre à Marseille.

Pour cause, l’année dernière l’association a valorisé quatre tonnes de mégots récupérés via ses différents réseaux de collecte. Un volume conséquent mais toutefois modeste quand il est mis en perspective avec les « 250 tonnes de cigarettes qui seraient vendues à Marseille chaque année » selon le salarié de Recyclop. « On peut estimer que 30% sont jetées par terre ». 

Pour autant, l’association créée en 2015 par Abdès Bengorine s’est bien développée. Cette dernière a réussi à créer un grand réseau départemental de collecte, via son outil Proxi Mégo qui lui permet de récupérer plus de 30% de son gisement de mégots. Mais aussi via des outils comme MaTerrassePropre, en collaboration avec les bars et restaurants de Marseille, qui lui en rapporte 30% de plus. Mais c’est avec son axe de sensibilisation auprès du grand public qu’elle marque les esprits. 

mégots, Depuis dix ans, Recyclop traque les mégots marseillais pour les transformer en « énergie », Made in Marseille
© Recyclop

Des Marseillais plus sensibilisés

Après dix ans de travail sur le terrain, « on voit de plus en plus de gens, de tous les milieux et de tous les âges qui viennent ramasser », observe l’un des salariés. Une réussite pour la structure et le réseau d’associations de ramassage des déchets.

En effet, au-delà des opérations de nettoyage, rassemblant déjà les convaincus, c’est l’impact de ces évènements qui marquent. « Ce n’est pas une heure de ramassage qui va changer quelque chose, mais c’est l’impact. C’est pour ça qu’on fait ces opérations le week-end. Tout le monde n’y participe pas, mais ceux qui promènent leur chien, voient du coin de l’œil les ramasseurs et ça les fait réfléchir », souligne Olivier Martina.

Autre tour de force de l’association, la popularisation des cendriers de poche. Pourtant considérés comme des ovnis il y a dix ans, le grand public reconnaît désormais l’objet. Mais aussi les cendriers en forme de pile ou ceux qu’elle loue à ses partenaires et qu’elle installe ici et là, comme dans leur QG à la Friche la Belle-de-Mai.  

Mais malgré ces avancées, certains réflexes continuent de surprendre. « Certaines personnes disent qu’ils jettent parce qu’ils savent que d’autres ramassent », déplore le salarié de l’association qui observe les limites de la sensibilisation et souligne l’utopie d’une voie publique sans mégot.  

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Un salarié montrant le fonctionnement du cendrier pile Recyclop

Une autre vision de la valorisation des mégots 

En effet, pour l’association, le défi ne réside pas dans la disparition totale (et impossible) des mégots sur la voie publique, mais dans leur traitement approprié pour qu’ils polluent le moins possible.

« Quand un mégot est jeté à la poubelle, il est traité comme déchet lambda et sera brûlé avec les autres. Donc il y a toutes les émanations toxiques qui vont dans l’atmosphère », explique Olivier Martina. « Cette information, peu de gens la connaissent. Donc nous, on l’apprend, même parfois à des gens très instruits comme des chefs d’entreprise ».

C’est d’ailleurs cette volonté de faire disparaitre le plastique récupéré dans le mégot qui distingue le travail de l’association de celles qui recyclent le plastique en doudoune ou en isolant. « Cela ne fait que repousser le problème du déchet à plus tard. Et même transformé, le plastique continue à émettre des vapeurs toxiques », pointe Olivier Martina. 

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Olivier Martina, responsable de l’activité événementiel et associative de Recyclop

Les ambitions d’accompagnement de Recyclop

Désormais, l’association veut mettre à profit ses dix années d’expertise au profit d’entreprises et collectivités. « Les gisements, on sait où ils sont, on sait comment les collecter, on sait comment les valoriser. Par exemple, pour aider des entreprises à définir une zone fumeur », explique un salarié de Recyclop.   

Alors, au-delà de la location de leur matériel, l’association met en place des processus de valorisation des déchets pour que leur méthode puisse être répliquée en France.

Mais ce défi n’est plus de leur ressort. Aujourd’hui, seulement dix usines sont capables de transformer les mégots en énergie dans le pays. À l’image de celle à laquelle l’association marseillaise vend les siens. Un processus de valorisation que nous vous présentions dès 2020 sur Made in Marseille.

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