Réunies devant la caserne du Muy pour le premier jour du procès en appel de la rue d’Aubagne ce 2 novembre, les parties civiles attendent une révision à la hausse des peines des prévenus. Elles espèrent un procès modèle dans la lutte contre l’habitat indigne à Marseille.
Le procès en appel de la rue d’Aubagne a débuté ce 2 novembre à 14 heures jusqu’au 18 décembre, huit ans presque jour pour jour après l’effondrement à Noailles des immeubles n°63 et 65 qui a causé la mort de huit personnes : Marie-Emmanuelle, Simona, Ouloume, Taher, Julien, Fabien, Pape et Chérif.
Le collectif du 5 novembre, né de ce drame, a donné rendez-vous aux familles et citoyens devant les grilles de la caserne du Muy, où se déroule ce procès hors norme à Marseille. Regroupées sous un grand chêne, les parties civiles scandent les principaux enjeux du procès en appel, deux ans après celui en première instance.
Liliana Lalonde, la mère de Julien, attend « des peines exemplaires » concernant les prévenus dont la sanction est jugée « trop faible ». Emmanuel Patris, membre du collectif du 5 novembre et ex-cadre de la Soleam, bras aménageur de la Métropole Aix-Marseille-Provence, attend également que la justice établisse « les responsabilités de l’ensemble de la chaîne ». Ce dernier vise en partie le bailleur social Marseille Habitat, propriétaire du n°63 et relaxé dans cette affaire, malgré les réquisitions du parquet.
« On est enragées ! »
« Nous crierons semaine après semaine pour ne rien oublier », lance une crieuse publique par-dessus la foule. Cette peur de l’oubli terrifie Liliana. « Si rien ne change, tout cela (le drame de la rue d’Aubagne, les nombreuses commémorations, les procès, Ndlr) ne servira à rien », témoigne la Marseillaise, tête baissée.
Pour tenter de mieux convaincre la cour d’appel d’Aix-en-Provence (délocalisée à Marseille au regard du nombre important de parties civiles), Lynda et Saïda, les cousines de Chérif, vont changer de méthode. « On était dans l’émotion au premier procès, maintenant on est enragées ! », assurent-elles.
Maria et Domenico Carpignano, les parents de Simona, espèrent aussi faire pencher la balance en racontant « ce qui n’a pas été dit ». En revanche, ces derniers rappellent que « ce procès n’est pas seulement le nôtre, mais celui de Marseille ».
« Le logement tue encore en 2026 »
Amine Kessaci, président de Marseille Habitat et figure de proue du combat contre le narcobanditisme, était présent dans la salle d’audience pour réconforter les cousines de Chérif. Audrey Garino, adjointe (PC) au logement du maire de Marseille, l’a rejoint peu de temps après.
Une présence symbolique alors que la Ville de Marseille n’en a pas fini de lutter contre l’habitat indigne. Et ce, malgré les travaux entamés par la SPLA-IN. Le 18 juin dernier, un autre immeuble insalubre vide s’est effondré dans le quartier de Noailles, provoquant des blessés. Mohamed El Khalfioui, 77 ans, est quant à lui décédé après avoir inhalé des poussières à la suite de cet effondrement.
Sa fille, Nadia, était en tête de cortège de la manifestation du 1er novembre, la veille du procès. « Le logement tue encore en 2026 », lâche-t-elle la voix tremblante. « J’appelle toutes les autorités à prendre en considération toutes les victimes », ajoute Anissa, membre du collectif du 5 novembre qui ne lâche pas la rampe.