À Aubagne, des exploitations agricoles sont en train de grandir grâce à Terre de Liens. L’association tente de préserver les terres face à la pression foncière et de faciliter l’installation de nouveaux agriculteurs bio. Le tout en s’appuyant sur l’épargne citoyenne. Reportage.
À un peu plus de 900 mètres de la zone commerciale d’Aubagne, Marcos Robalo, 33 ans (photo de Une), cherche à développer son exploitation agricole. Maraîcher et éleveur de poules pondeuses installé à Marseille, il loue des terres à l’association Terre de Liens depuis 2022.
Sur la ferme de Fauge, il partage le terrain avec deux autres agriculteurs, Charles et Hélène, spécialisés dans le maraîchage et l’élevage de brebis. Tous trois s’inscrivent dans un projet collectif soutenu par Terre de Liens, qui entend préserver les terres agricoles d’Aubagne alors que la pression foncière s’accentue et que l’enseigne Grand Frais doit s’installer fin novembre.
« Je veux continuer de pouvoir proposer des légumes de qualité aux habitants, mais ce travail, je ne peux pas le faire seul. Terre de Liens m’aide non seulement à trouver des terres sur lesquelles m’installer, mais surtout à un prix compatible avec mon activité », insiste Marcos Robalo, en jetant un œil aux radis sous les serres.
Une cinquième ferme bio à Aubagne
Acquise en 2025 par l’antenne régionale de Terre de Liens, la ferme de Fauge s’étend initialement sur deux hectares et demi. L’association souhaite désormais agrandir le site pour atteindre trois hectares.
Pour Charles Bonnefont, 52 ans, l’agrandissement de la ferme de Fauge représente une perspective importante. Ancien salarié de la maintenance industrielle, il s’est reconverti dans l’agriculture après une formation au lycée agricole de Gardanne en 2020. « D’ici 2027 ou 2028, j’espère me spécialiser dans la vigne de table et de figue. Ce projet relève presque du militantisme », confie-t-il.
Selon la Ville d’Aubagne, avec laquelle Terre de Liens travaille depuis 2008, le prix des terres agricoles se situe entre 8 et 10 euros le mètre carré, soit entre 80 000 et 100 000 euros l’hectare. Un niveau de prix nettement supérieur aux 15 000 à 20 000 euros l’hectare pour le département des Bouches-du-Rhône.
L’épargne citoyenne en soutien aux paysans
Pour acquérir des parcelles, Terre de Liens s’appuie notamment sur l’épargne citoyenne et les dons. « Chaque opération implique des procédures foncières et des échanges avec la Safer, chargée notamment de contribuer à la régulation du marché agricole. Le processus d’acquisition peut s’étendre sur plus d’un an », précise Éric Tocu, co-président de Terre de Liens.
En Paca, la structure compte 35 fermes, d’une superficie comprise entre deux et vingt hectares, consacrées notamment au maraîchage et à l’élevage. La première acquisition à Aubagne remonte à 2013. Depuis, l’association fait quatre acquisitions par an dans toute la région.
Transmettre les terres agricoles d’Aubagne
En Paca, Terre de Liens est sollicitée chaque semaine pour accompagner des départs d’agriculteurs à la retraite et les remplacer pour préserver l’activité paysanne sur leur exploitation. Un véritable enjeu en France. En moyenne, les agriculteurs en reconversion qui s’installent ont entre 30 et 40 ans. « Mais encore faut-il identifier toutes les parcelles disponibles… », reconnaît Éric Tocu.
Le site Open Friche Map permet déjà de répertorier des terrains en friche susceptibles de retrouver un usage agricole. Un nouvel outil en ligne, développé avec la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) et attendu d’ici à 2027. Il doit également permettre de signaler et de recenser ces terrains inexploités.
