Un outil scientifique unique en Europe se cache à Marseille. Sur le site de Luminy, une soufflerie vent-vagues de 40 mètres reproduit les phénomènes océaniques. Un instrument précieux pour comprendre les tempêtes, le réchauffement climatique, ou développer des technologies de pointe.
Un outil scientifique hors-norme de 40 mètres de long. C’est la taille de ce bassin unique et sa soufflerie géante qui génère des vents jusqu’à 50 km/h. Inaugurée en 1972 sur le site scientifique de Luminy à Marseille, la soufflerie vent-vagues « était déjà un outil de pointe à l’époque, et ça l’est encore aujourd’hui », insiste l’enseignant-chercheur Baptiste Neel, de l’Institut méditerranéen d’océanologie (MIO).
« Russie, États-Unis, Nasa… Des chercheurs du monde entier l’ont utilisé pour des recherches. Et ça continue. Car on est les seuls en Europe sur ces dimensions-là et ces caractéristiques techniques ». En effet, cet outil unique permet d’analyser et d’expérimenter un vaste panel de sujets de recherches.
Sa première vocation : « Il reproduit en milieu contrôlé et avec des capteurs de grande précision les interactions entre l’océan et l’atmosphère ». Ou plus simplement : l’effet du vent sur la mer, et donc la création des vagues. « Comme les vagues scélérates, ces phénomènes extrêmes, difficilement prédictibles, que l’on essaie d’analyser pour définir des routes maritimes plus sûres ».
De l’analyse du réchauffement climatique aux expérimentations technologiques
La soufflerie vent-vagues permet aux chercheurs d’étudier de très nombreux phénomènes à l’interaction de l’atmosphère et des océans. C’est là, par exemple, que se jouent les principaux enjeux du réchauffement climatique.
« On étudie l’évaporation de l’eau. Car la vapeur est le premier gaz à effet de serre », rappelle Baptiste Neel. Ou encore « l’absorption de CO2 par l’océan. C’est la mer qui stocke la majorité de ce gaz. Mais elle pourrait le relâcher en se réchauffant ».
Mais l’outil de Luminy ouvre bien d’autres champs de recherche. Ce jour-là, le doctorant-chercheur Matthieu Buisset lance des centaines de balles de ping-pong dans le bassin et étudie leurs trajectoires. « Il travaille sur la dérive des objets », explique Baptiste Neel. « Ce sont des données importantes. Autant pour la pollution des océans avec les particules de plastiques que sur la dérive d’humains pour les retrouver plus vite dans des opérations de sauvetage en mer ».
Enfin, la soufflerie marseillaise sert également de site d’expérimentation pour de nombreuses innovations techniques. « Ça va des satellites de surveillance des océans qui viennent tester leurs radars, aux startups qui développent des éoliennes flottantes ou des systèmes de stabilisation de navires… ».
Un instrument en évolution constante
Un terrain de jeu unique et très sollicité par le monde de la recherche comme de l’innovation. D’ailleurs, le site coûteux a failli fermer ses portes il y a quelques années. « Mais il y a eu une mobilisation internationale pour le préserver », raconte Baptiste Neel.
Depuis, des améliorations ont été faites, comme l’ajout de plaques pour générer des vagues. Aujourd’hui, l’ingénieur à la tête de l’outil, Christopher Luneau, est en train de créer « une boîte à lumière. C’est un système de leds multicolores que l’on place au fond de l’eau. Il permet d’analyser très précisément la déformation de l’eau par les vagues ». Du haut de ses 54 ans, la soufflerie vent-vagues n’a pas fini de dévoiler des secrets sur la planète bleue.