Face aux consommations de drogue dans l’espace public, douze maires, dont Benoît Payan, demandent au gouvernement de faciliter l’ouverture de haltes soins addictions (HSA). À Marseille, le projet reste en attente, malgré le soutien exprimé en avril dernier par la ministre de la Santé.
Dans un courrier adressé le 30 septembre au Premier ministre Sébastien Lecornu, les maires de Marseille, Paris, Lyon, Strasbourg, Lille, Nantes, Montpellier, Rennes, Villeurbanne, Grenoble, Tours et Nancy réclament un cadre légal durable pour ces structures et davantage de moyens pour accompagner les usagers de drogues.
Ce que demandent les douze maires
Aujourd’hui, seules deux HSA fonctionnent en France, à Paris et à Strasbourg. Ouvertes en 2016, elles restent sous un régime expérimental, prolongé jusqu’à fin 2027. Les élus veulent sortir de ce fonctionnement provisoire et permettre à d’autres villes de s’équiper. Le cadre actuel limite en effet l’expérimentation à l’Île-de-France et au Grand Est.
Dans ces lieux, les usagers majeurs viennent avec leurs propres produits et consomment sous la surveillance de professionnels. Les équipes peuvent intervenir en cas de malaise, prévenir les pratiques à risque et proposer des soins ou un accompagnement social.
L’enjeu est aussi de réduire les consommations dans la rue et les nuisances pour le voisinage. Une évaluation des inspections générales des affaires sociales et de l’administration conclut à des bénéfices sanitaires et à une amélioration de la tranquillité publique, sans hausse constatée de la délinquance à proximité des salles étudiées.
À Marseille, un dossier toujours en attente
Pour Marseille, cet appel remet sur la table une promesse ancienne du Printemps marseillais. Une ouverture envisagée dans le centre-ville (boulevard Libération dans le 4e arr.) en 2024 n’a pas abouti, après une mobilisation d’ampleur des riverains soutenue par les élus d’opposition, défendant la nécessité d’installer la HSA en milieu hospitalier. En septembre 2025, le préfet avait à nouveau bloqué le projet dans ce secteur.
En avril dernier, un déplacement de Stéphanie Rist à Marseille et Aix-en-Provence avait toutefois relancé les débats sur le sujet. La ministre de la Santé s’était déclarée favorable à une expérimentation près d’un établissement de santé, sous réserve d’un accord local.
« Je suis favorable à ces HSA quand tous les élus locaux sont d’accord sur un endroit et plutôt à côté d’un établissement de santé », avait-elle indiqué. Évoquant les expériences parisienne et strasbourgeoise, elle avait mis en avant une diminution des overdoses et des seringues ramassées dans la rue, tout en précisant ne pas disposer de données sur l’impact en matière d’ordre public.
Les associations alertent sur la progression du crack
Sur le terrain, les besoins s’accumulent ces derniers mois. Dans un communiqué publié le 1er octobre, le collectif marseillais TEMPO, qui regroupe notamment Médecins du Monde, AIDES, Asud Mars Say Yeah, Bus 31/32, Nouvelle Aube et Autres Regards, alerte sur la progression de la consommation du crack à Marseille.
« À Marseille, la situation n’est plus tenable à moyens constants », écrivent ces acteurs de la santé et du social. « Progression rapide de la cocaïne basée (« crack »), grande précarité, troubles psychiques, polyconsommations, problèmes de santé, absence ou instabilité de logement : les situations rencontrées dans l’espace public se sont profondément aggravées et diversifiées. Les femmes et les jeunes sont durement touchées » soulignent-ils.
Et la fermeture depuis cet été pour insalubrité du Sleep In, le centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues, a encore réduit les possibilités de prises en charge.
Pour les associations, une halte soins addictions doit s’inscrire dans une réponse plus large. Sur sa page internet, TEMPO propose 41 actions, parmi lesquelles des maraudes sept jours sur sept, des espaces de repos, des places d’hébergement et un meilleur accès aux soins. Le collectif chiffre les besoins à environ 20,5 millions d’euros dès la première année et demande à l’État comme aux collectivités de se mobiliser.