Après la liquidation judiciaire de Fil Rouge en juillet dernier, la production textile n’a pas totalement disparu de la Capelette. Dans la même usine, l’association Insermode poursuit son activité et cherche désormais à consolider son propre modèle économique.

À la Capelette, les machines à coudre et les équipements de découpe continuent de tourner. Pourtant, l’un des principaux acteurs du site, Fil Rouge, a disparu cet été. Cette entreprise textile marseillaise, qui travaillait notamment pour de grandes marques et entreprises, a été placée en liquidation judiciaire en juillet 2026, laissant une quarantaine de salariés sans emploi.

Insermode – Fil Rouge : deux structures et un avenir à redéfinir

Mais dans ces mêmes locaux de 3 000 m² se trouve toujours une autre structure :  Insermode. Cette association, juridiquement indépendante de Fil Rouge, est un chantier d’insertion spécialisé dans la confection textile. Elle emploie aujourd’hui 140 personnes, dont 110 salariés en parcours d’insertion.

Concrètement, les deux structures partageaient un même site, une partie de leur activité et le même président, Jean-François Aufort. Mais pas le même statut ni la même mission. Là où Fil Rouge fonctionnait comme une entreprise textile classique, Insermode utilise la production comme support pour accompagner vers l’emploi des personnes qui en sont éloignées.

La liquidation de la première n’a donc pas entraîné la disparition de la seconde. Elle oblige néanmoins Insermode à réorganiser une partie de son fonctionnement et à rassurer les clients historiques qui travaillaient avec cet écosystème textile marseillais.

L’histoire industrielle du lieu ne date d’ailleurs pas d’hier. Dès 1900, la Capelette accueillait les Filatures et Tissages de Marseille, alors l’une des plus importantes fabriques textiles du territoire. Plus d’un siècle plus tard, la confection résiste encore dans le quartier.

Decathlon, Ricard… maintenir les clients historiques

Une semaine après la rentrée, les commandes de Decathlon, client historique, affluent déjà dans l’usine. Au rez-de-chaussée, une salariée pilote le Lectra Vector 50, une imposante machine de découpe automatisée utilisée dans l’industrie textile.

Après la liquidation de Fil Rouge, l’enjeu est d’abord de maintenir la confiance. « La seule inquiétude des clients, c’était de retrouver une structure et une équipe similaires. Insermode a la chance de pouvoir bénéficier de l’aura qu’avait Fil Rouge, mais il y a encore tout un travail à mener pour faire rayonner la marque et la faire connaître », explique Jean-François Aufort.

Insermode peut déjà compter sur un portefeuille conséquent. Outre Decathlon, la structure travaille notamment avec Ricard, la Société des Eaux de Marseille, les offices de tourisme de Marseille et de Nice ou encore le Parc Astérix. Polaires, sweats, tee-shirts : l’usine produit notamment des vêtements destinés aux salariés ou à leurs activités.

La région Provence-Alpes-Côte d’Azur pèse à elle seule entre 30 et 40% de son activité. Pour 2027, aucun contrat n’est encore officiellement signé, mais l’association estime qu’une large partie de ses clients devrait poursuivre la collaboration.

Il faut aussi en conquérir de nouveaux. Et Annie Carrai, directrice du développement d’Insermode, mène actuellement des discussions avec plusieurs entreprises locales et nationales.

Insermode, À la Capelette, Insermode continue de faire tourner l’usine textile après la liquidation de Fil Rouge, Made in Marseille

Une usine qui sert aussi de tremplin vers l’emploi

Car derrière les commandes et les lignes de production, Insermode poursuit avant tout une mission d’insertion professionnelle.

Depuis 2014, son activité de confection est réalisée en grande partie par des salariés recrutés en contrat à durée déterminée d’insertion (CDDI). Agent de conditionnement, aide-coupeur, repasseur industriel, chef d’équipe… Sur les 140 personnes employées par l’association, 110 sont actuellement en parcours d’insertion.

« Une douzaine de postes sont actuellement proposés sur des contrats de 6 à 24 mois maximum, avec un turn-over moyen d’environ 18 mois. Chaque mois, environ dix personnes entrent et sortent du dispositif », détaille Annie Carrai. L’objectif n’est donc pas de conserver durablement ces salariés dans l’usine, mais de leur permettre d’y acquérir une expérience avant de rejoindre une entreprise ou une formation.

Pour préparer cette transition, Insermode dispose d’une cellule dédiée à l’emploi directement sur le site. Des conseillères en insertion professionnelle accompagnent les salariés tout au long de leur contrat : définition du projet professionnel, recherche d’emploi ou de formation et préparation de la sortie du dispositif.

Selon l’association, qui bénéficie d’aides publiques liées à sa mission d’insertion, 62% des salariés concernés décrochent ensuite un emploi ou intègrent une formation.

Après Fil Rouge, Insermode doit renforcer son propre modèle

Si Insermode poursuit son activité, la disparition de Fil Rouge a tout de même fragilisé l’organisation qui s’était construite autour des deux structures. Certaines fonctions étaient jusqu’ici mutualisées ou assumées par l’entreprise.

« La liquidation de Fil Rouge a notamment entraîné la disparition du bureau d’études, avec des conséquences organisationnelles pour Insermode », reconnaît Jean-François Aufort.

L’association dispose déjà de son propre pôle commercial pour démarcher et fidéliser les entreprises. Elle doit désormais renforcer d’autres fonctions, notamment dans la communication et l’administratif. « Jusqu’à présent, nous n’avions pas besoin de faire ce travail-là », poursuit son président.

L’enjeu est désormais de gagner en autonomie tout en développant de nouvelles sources de revenus. D’ici la fin de l’année 2026, Insermode souhaite par exemple renforcer son offre de coupe à façon et de marquage à destination des entreprises et entrepreneurs locaux.

Avec cette nouvelle organisation, l’association vise désormais un chiffre d’affaires de 2 millions d’euros à l’horizon 2027. Un objectif économique qui doit permettre de maintenir la production textile à la Capelette, mais surtout de continuer à faire de l’usine un passage vers l’emploi.

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