Ici, on achète une Vespa et des casques. Mais à la tombée de la nuit, les motos laissent place aux artistes locaux. Dans le centre de Marseille, Planète Vintage se réinvente en commerce hybride.
Au bout du cours Lieutaud, royaume marseillais des deux-roues, une devanture attire le regard. Sous l’enseigne « Planète Vintage, casques et accessoires », une autre annonce pourrait surprendre. « L’Amuse Gueule Comedy Club ». Passée l’entrée, des vitrines remplies de casques nous emmènent jusqu’au fond de la boutique, où règne une ambiance rétro-américaine des années 80.
La lumière traverse la verrière et se réfléchit du balcon jusqu’au bar aménagé en-dessous. Des outils encore tâchés de cambouis décorent la petite scène. En face, une centaine de chaises rouges sont installées, prêtes à accueillir le public venu écouter, rire et danser. Car si la vente de scooters et ses accessoires anime le lieu la journée, humoristes, musiciens ou encore DJ ambiancent les jeudis soirs.
Une scène hybride
« Environ une vingtaine d’évènements » se sont succédé depuis un an ici. Plateaux de stand-up, concerts, soirée Flash Tatoo, DJ sets et performances acoustiques répondent à cette « idée de proposer un moment où les gens se rencontrent et passent une bonne soirée », résume Stéphan Riou, fondateur de Planète Vintage.
Ce jeudi 9 juillet, Manon Provansal s’empare du micro. Verre à la main, certains dansent sous des scooters perchés sur leur balcon, tandis que d’autres profitent de la musique, attablés sous la verrière reconvertie en salle de concert. Comme d’autres avant elle, c’est grâce à un lien de clientèle, son père étant habitué du lieu, que la chanteuse marseillaise se produit sur scène.
Âgée de près de trente ans, le visage de cette boutique se transforme régulièrement avec les évolutions du commerce. D’abord spécialisé dans les pièces pour scooters, il se tourne vers la vente de casques et de motos. Puis le Covid marque Sté’, comme il aime se faire appeler, qui crée alors un concept store. Point de convergence de véhicules italiens de seconde main, décorations nostalgiques du siècle dernier et espace culturel.
Réinventer le commerce de proximité
« Aujourd’hui, qu’est-ce que je peux proposer que les gens ne trouvent pas déjà sur Internet ? Une soirée, une ambiance, des rencontres qu’ils ne peuvent pas avoir depuis leur téléphone ». Selon lui, le commerce traditionnel est voué à s’ouvrir au-delà de la vente simple d’un produit. Stéphan initie la transformation de sa boutique par l’implantation d’un bar qui prolonge la visite de ses clients autour d’un café ou d’une bière.
L’obtention de sa licence III lui confère un statut de petite restauration en 2020, et en réponse à une forte demande, les soirées se font de plus en plus fréquentes. Leur nature se diversifie selon les propositions artistiques, qui viennent directement à lui. Elles débutent généralement vers 19 heures et s’achèvent autour de 22 heures. La jauge se limite volontairement à une centaine de personnes, privilégiant le confort à la rentabilité.
Parce qu’« avant d’être commerçant, je suis client », affirme le gérant. Une philosophie qu’il applique jusque dans sa carte. Les boissons affichent des tarifs accessibles et la rémunération des artistes, quelle que soit la fréquentation, est assurée. « Je ne viens pas de l’évènementiel et je ne suis pas à l’aise avec le système du chapeau. Un artiste travaille avant de monter sur les planches ».
Pour la rentrée de septembre, Sté’ souhaite régulariser le concept d’un évènement chaque jeudi. Une manière de faire vivre son commerce autrement. Dans cette enseigne historique du cours Lieutaud, les motards viennent désormais autant pour une Vespa que pour un show de stand-up ou un concert.

