Avec Une affaire de famille, KIKÛ a une nouvelle fois affiché complet au cinéma Le Chambord jeudi dernier. Le jeune ciné-club japonais confirme l’engouement du public marseillais pour ses soirées autour du cinéma et de la culture japonaise.
Au Chambord, les fauteuils se remplissent bien avant le début de la séance. Après une première soirée inaugurale à guichet fermé en avril, KIKÛ a de nouveau fait salle comble ce mercredi pour la projection d’Une affaire de famille de Hirokazu Kore-eda, Palme d’or à Cannes en 2018. Dans le hall du cinéma du 8e arrondissement, les spectateurs dégustent des spécialités japonaises, discutent du film et échangent autour de la culture nippone.
Derrière KIKÛ, on retrouve Kiyomasa Kawakita, journaliste culturel japonais installé à Marseille, son fils Samuel Kawakita et Vincent Hedoin, directeur du cinéma Le Chambord. Tous les trois se sont rencontrés au fil de ce que Kiyomasa Kawakita décrit comme un « croisement entre évidence et hasard », autour d’une autre passion commune : la cuisine.
La culture au centre des échanges
Samuel Kawakita, chef franco-japonais derrière Kita Kitchen, travaillait régulièrement avec le restaurant marseillais Robato Ramen. C’est là que Vincent Hedoin, alors en contact avec l’équipe du restaurant pour de futurs événements autour du Japon, rencontre Kiyomasa Kawakita. Très vite, les discussions dépassent la gastronomie. « Le lien de tout ça, c’est la nourriture », raconte Samuel.
Car chez les Kawakita, le cinéma est une affaire de famille. Kiyomasa Kawakita rappelle venir d’une lignée connue dans l’histoire du cinéma japonais. Sa famille a largement participé à faire découvrir le cinéma nippon en France à travers la distribution et l’exportation de films japonais. Lui-même organise depuis des années des rétrospectives et événements autour du cinéma japonais, principalement à Paris.
Mais après plusieurs décennies dans la capitale, Kiyomasa Kawakita cherchait une autre ville. Ue ville tournée vers la Méditerranée et les échanges culturels. « Marseille, c’est central. Ce n’est pas seulement la France. C’est à côté de l’Algérie, de l’Italie, de la Tunisie. C’est une capitale méditerranéenne, c’est le berceau des cultures », raconte-t-il.
Le fondateur du ciné-club compare aussi volontiers le public marseillais au public parisien qu’il a longtemps connu. « À Paris, il y a beaucoup de snobisme. Ici, non. Si on aime, on aime. Si on n’aime pas, on n’aime pas », explique-t-il avec le sourire.
Une salle comble dès la première séance
L’idée d’un ciné-club japonais s’impose alors naturellement. Kiyomasa Kawakita constate qu’à Marseille des films japonais sortent ponctuellement au cinéma, mais qu’aucun rendez-vous régulier n’existe réellement autour de cette culture. « Il n’y a pas d’événement continu », regrette-t-il.
Samuel Kawakita partage le même constat pour la cuisine japonaise. Arrivé à Marseille il y a une dizaine d’années, il estime que l’offre restait limitée ou inaccessible. Son objectif devient alors de rendre cette culture plus populaire et plus vivante dans la ville.
L’équipe ne s’attendait pourtant pas à un tel engouement dès les premières séances. « C’est la première fois que j’ai l’expérience d’autant de monde dès le début », reconnaît le journaliste culturel, co-fondateur de Kinotayo, festival du cinéma japonais à Paris.
Même surprise du côté de Vincent Hedoin, le directeur du Chambord pensait accueillir seulement quelques dizaines de personnes lors des premières projections. « Je pensais qu’on ferait 30 ou 40 personnes », admet-il. Finalement, la plus grande salle du cinéma affichait complet dès la première soirée.
Pour lui, accueillir KIKÛ répond aussi à une volonté d’attirer un autre public au cinéma. « On est sur une clientèle très fidèle, mais très âgée. Et c’est bien. On aimerait quand même toucher d’autres publics », explique Vincent Hedoin. Le Chambord accueille déjà plusieurs ciné-clubs thématiques, mais le projet japonais apporte une ambiance différente et plus événementielle.
Des projections pensées comme des espaces d’échanges
KIKÛ veut transformer chaque projection en expérience culturelle. Après les films, le public reste discuter avec les organisateurs autour du cinéma japonais et de la culture du pays.
Après la projection, le débat avec le public s’est longuement attardé sur le regard porté par Une affaire de famille sur la société japonaise. Loin des images lisses souvent associées au pays, le film de Hirokazu Kore-eda montre un Japon plus précaire et marginal. Une vision qui a particulièrement ému les spectateurs présents au Chambord et nourri les échanges autour des fractures sociales, de la famille et des réalités que le Japon touristique laisse parfois de côté.
Le ciné-club veut également sortir des classiques les plus connus. Après Une affaire de famille, l’équipe prépare notamment une projection de Metropolis le 4 juin prochain, anime inspiré du manga d’Osamu Tezuka. « Le but, ce n’est pas de faire uniquement des Kurosawa ou des films très classiques, explique Samuel Kawakita. On veut aller chercher des publics différents et montrer aussi des films moins accessibles ».
Porté par cette dynamique, KIKÛ voit désormais plus loin. L’équipe travaille déjà sur un futur festival de cinéma japonais à Marseille à l’horizon 2027 avec l’ambition de faire rayonner la culture japonaise depuis le cinéma Le Chambord.