Le grand chantier de dépollution du littoral Sud de Marseille marque une pause pour la saison estivale. La première phase du chantier n’a pas totalement abouti, mais les sept sites traités sont sécurisés et accessibles au public.
Un chantier très sensible, et sous haute surveillance des riverains et associations. Lancée en septembre 2025, la dépollution complexe du littoral Sud de Marseille vise à extraire ou confiner les « scories » héritées de siècles d’industries chimiques dans ce secteur (voir plus bas). Il s’agit notamment de réduire le risque d’exposition des personnes aux polluants dans cette zone côtière prisée des baigneurs et promeneurs, à l’entrée du Parc national des calanques.
L’Agence de la transition écologique (Ademe) dirige ce chantier, financé par l’État et les collectivités locales à hauteur de 14 millions d’euros pour traiter 20 sites en deux phases d’ici 2027. La première phase compte sept dépôts autour des calanques de Samena, de l’Escalette, du Mauvais Pas et de la calanque Blanche.
La « sécurisation » de ces scories est terminée assurent les services de l’État. « Nous avons évacué 3 500 tonnes de matières polluées, alors qu’on évaluait à 2 500 tonnes », détaille Mélody Gros, cheffe du projet pour l’Ademe. Pour le reste, les dépôts toxiques ont été confinés avec diverses techniques, comme des chapes de béton. Sur ces sites, « il n’y a plus de sujet d’exposition de la population ».
La première phase aboutira finalement l’hiver prochain
Mais cette première phase, qui avait déjà pris un mois de retard, n’est pas totalement achevée. « Trois dépôts sont encore à finir. Il s’agit principalement des travaux d’habillage paysager », détaille Mélody Gros, cheffe du projet pour l’Ademe.
Comme à Saména, à l’aplomb de la plage, où la création de restanques permet de masquer les dépôts confinés. Mais il reste encore à les couvrir d’éboulis calcaires et de végétaux. Ou encore à l’Escalette, où il faut finir d’ « habiller » les murs de confinement avec des pierres.
Les entreprises ont rencontré « des difficultés techniques et organisationnelles », retrace Mélody Gros. Ces difficultés ne leur ont pas permis de « remplir correctement leurs obligations », formulait pour sa part la Préfecture il y a quelques semaines.
Ces contretemps ont empêché de faire aboutir les chantiers avant l’échéance du 1er mai, qui oblige de cesser les travaux pour éviter de perturber « des espèces protégées » en cette saison. C’est ce que précise Louise Walther, directrice de la légalité et de l’environnement auprès du préfet des Bouches-du-Rhône. Il s’agit aussi de débloquer la route et l’accès à ces sites pour les visiteurs durant la période estivale.
La première phase aboutira donc finalement l’hiver prochain. Les travaux se dérouleront en même temps que la seconde phase, qui s’occupera de 13 nouveaux dépôts, de l’Escalette aux Goudes jusqu’au principal, celui du Belvédère de Callelongue.
Les oursins et moules contaminées encore pour des décennies ?
Hormis ces interventions paysagères à terminer, Mélody Gros affirme que le public peut dès à présent revenir fréquenter les zones traitées. L’Agence régionale de santé (ARS) rassure également sur les risques écartés : « l’ingestion [des terres polluées] reste le principal facteur de contamination », selon la responsable du service santé et environnement, Cécile Morciano.
Elle rappelle toutefois le maintien de l’interdiction de prélever « des oursins et des moules » dans ces zones. Sous l’eau, les sédiments regorgent encore de métaux lourds, dont l’arsenic. Des analyses démontrent la contamination des mollusques. À l’heure actuelle, les pouvoirs publics n’envisagent aucune opération de traitement de ces sédiments aquatiques. On est donc encore loin de pouvoir déguster des fruits de mer issus de ce secteur.
Quand les usines chimiques poussaient dans les calanques
Il s’agit d’une pollution héritée de plus de 200 ans d’industries chimiques, avec des usines de plomb, soufre, acide chlorhydrique, sur le littoral sud de Marseille, de la calanque de Saména à celle de Callelongue.
Les vallons, plages, bâtiments pittoresques et espaces naturels masquent mal les « scories », « crassiers » et autres dépôts pollués aux métaux lourds (plomb, arsenic, mercure, cadmium, antimoine…).
Après des décennies d’alertes et de combats juridiques, la justice a condamné l’État à enfin prendre en charge cette dépollution. Ce grand chantier de dépollution, complexe et sensible, a débuté sous haute surveillance en septembre dernier.
