Des Marseillais dans l’exécutif, le maintien des attributions de compensation, une Métropole qui redonne du pouvoir aux maires… En pleine campagne pour devenir président de la Métropole, Nicolas Isnard répond à nos questions.
La soirée avait des airs de pré-élection, ce lundi à Saint-Victoret. La centaine de « Maires de Provence » s’est réunie à une semaine de l’élection du futur président de la Métropole Aix-Marseille-Provence, prévue le mardi 7 avril.
L’association réunit ces élus dits « apolitiques », majoritairement associés au centre et à la droite, mais compte également quelques élus de gauche. « 82 maires présents apportent un soutien unanime à ma candidature pour la présidence de la Métropole », nous indique Nicolas Isnard.
Le maire LR de Salon-de-Provence, largement réélu au premier tour à 74,71%, s’est en effet lancé dans une autre campagne : la présidence d’Aix-Marseille-Provence, après le désistement de Martine Vassal et son échec aux municipales marseillaises.
Le soutien du groupe des maires de Provence ne suffit pas à atteindre la majorité absolue de 120 élus (sur 238) dans l’hémicycle métropolitain. Mais le maire salonais devrait pouvoir compter sur les 67 conseillers de la majorité de gauche marseillaise. Nicolas Isnard a en effet rencontré Benoît Payan, ce lundi. Les deux ont indiqué partager la même vision d’une gouvernance apaisée au service de toutes les communes.
« La Métropole doit redevenir un outil à notre service, pas qui nous asservisse »
C’est en effet sur cette critique de la Métropole que la candidature de Nicolas Isnard semble trouver un consensus qui dépasse les étiquettes politiques. « Je fais partie de ces élus frustrés et mécontents de l’évolution de la Métropole, mal née, imposée, qui a forcé des territoires qui ne le voulaient pas à se marier », nous confie-t-il.
Sans oublier les nombreuses compétences de proximité (propreté, voirie…) tombées dans le giron métropolitain. Le candidat peint le tableau d’une institution déconnectée des territoires. « Des exemples, j’en ai des dizaines. Quand elle décide d’interdire aux professionnels l’accès aux déchetteries, et qu’ils doivent parcourir 50 bornes et payer cher. Ils hurlent sur nous, les maires. Comme celui de Grans, dont les citoyens se plaignent de ne plus pouvoir se garer sur des voies récupérées par la Métropole. Jusqu’au maire de Marseille qui, à côté de l’hôtel de ville, ne peut pas gérer les terrasses des bars et restaurants ».
L’édile de Salon fait ainsi le récit de communes qui ont peiné à se faire entendre. D’autant plus dans un contexte de conflit politique « entre Aix et Marseille, puis entre la droite et la gauche marseillaises. Nous, on se demandait ce qu’on faisait là, dans cette arène politique, avec des maires méprisés ».
Et de résumer par un slogan de campagne bien senti à l’attention de ses confrères : « La Métropole doit redevenir un outil à notre service, pas qui nous asservisse ».
Retour des compétences de proximité aux communes
Nicolas Isnard cherche un consensus derrière son unique candidature, avec des messages clairs aux autres élus du territoire. « Je souhaite remettre la Métropole au service des communes. Faire la métropole des maires », répète-t-il.
Comment ? D’abord « en rendant les compétences de proximité à ceux qui le souhaitent. Les cantonniers par exemple ». Pour lui, la Métropole doit seulement conserver « les compétences régaliennes : les réseaux de transports entre les communes, le stratégique, le développement économique. Mais on doit décider de ça tous ensemble ».
Pas touche aux attributions de compensation
Un autre argument devrait faire mouche à l’oreille des maires : « Je ne toucherai pas aux attributions de compensation ». Il s’agit de centaines de millions d’euros que la Métropole distribue aux communes, sous l’œil parfois critique de la Chambre régionale des comptes. « Elles sont indispensables à l’équilibre de leur budget, qu’on ne peut pas fragiliser. Les attributions de compensations sont intouchables », tranche Nicolas Isnard.
Quitte à amputer les capacités d’investissement de la Métropole ? « Il y a d’autres pistes pour les finances », argue le maire de Salon : « baisser les charges de fonctionnement, délester les charges de proximité. Et chercher des aides et des financements ailleurs ». À l’Europe, par exemple, mais surtout du côté de « l’État, déterminé à nous aider ».
Emmanuel Macron avait conditionné les milliards du plan Marseille en grand à la fin des « chicayas » entre la Métropole et la ville-centre. Nicolas Isnard s’en fait le garant, espérant des enveloppes supplémentaires. « On va dire à l’État : voilà, il n’y a plus de chicayas : récompensez-nous ».
Logement, transports, RTM… les élus marseillais invités dans l’exécutif
Pour marquer cette réconciliation entre la Métropole et sa ville-centre, le candidat salonais envisage donc de confier des fauteuils de vice-présidents aux élus de la majorité marseillaise, qui en étaient dépourvus lors de la précédente mandature. « Marseille est la ville-centre, avec la moitié des habitants. Encore heureux qu’elle sera dans l’exécutif et gérera des compétences », pose Nicolas Isnard, comme une évidence.
Quelles compétences ? « Par exemple, sur la question du logement. Avec l’habitat indigne et le logement insalubre concentrés à Marseille, c’est logique qu’un élu marseillais s’en empare, et pas un élu salonais (David Ytier, Ndlr). Même s’il a très bien fait son travail ».
La présidence d’établissements publics ou institutions dépendantes de la Métropole pourrait également s’ouvrir aux Marseillais. Comme le bailleur social Provence Métropole Logement (ex Habitat Marseille Provence), l’aménageur public Soleam, l’agence d’urbanisme Agam…
« Ce n’est pas tranché. Il faut chercher un consensus en évitant les rapports de force et les négociations de sièges », estime Nicolas Isnard, sans dévoiler le contenu de ses discussions avec Benoît Payan. « Mais les outils doivent être pilotés par ceux qui les utilisent. Ça vaut pour Marseille et pour les autres communes ».
Or, beaucoup de ces outils concernent principalement la ville-centre, mais également les autres communes. Comme la Régie des transports métropolitains (RTM). « Elle pourrait revenir à un Marseillais », estime le candidat à la présidence métropolitaine. En répétant que « ce n’est pas tranché ».
« De la place pour tous », sauf les élus du Rassemblement national
« C’est ça, la métropole des maires. Il y a 20 vice-présidents et une centaine d’institutions à présider. Donc de la place pour tous ». Exceptés peut-être pour les conseillers métropolitains du Rassemblement national et ses alliés (UDR, Reconquête !…).
« C’est un cas à part », estime Nicolas Isnard, qui n’entend pas gouverner avec l’extrême droite. Son argument tient de la stratégie du RN aux municipales. « Je le dis avec respect, ils ont choisi une stratégie qui les a mis en marge. Ils ont souhaité être présents partout en opposition aux maires en place. On ne peut pas participer à un exécutif qu’on a combattu », conclut-il.
Quoi qu’il en soit : « le RN ne m’a pas fait de demande ». Et d’insister, dans une « logique œcuménique : les élus du Rassemblement national seront considérés et leur population aussi. On ne va pas arrêter les bus et les déchets de Rognac ».
À voir si le groupe d’extrême droite présentera tout de même un candidat pour la présidence de la Métropole. Alors que tous les feux semblent au vert pour Nicolas Isnard, il reste une semaine avant l’élection. Une éternité en politique.
