Après une défaite historique, les élus de droite ne seront que quatre à siéger au conseil municipal de Marseille. Romain Simmarano imagine comment écrire une nouvelle page pour sa famille politique. Et garde un œil sur la Métropole.

« Une défaite historique », « une tôle monumentale », « Je suis élu d’une ultra-minorité qui a perdu les élections à Marseille ». L’analyse est brute, claire et précise. Elle sort de la bouche de Romain Simmarano, porte-parole de campagne de la candidate Martine Vassal.

On le rencontre dans un café du centre-ville, quatre jours après l’effondrement de la droite locale aux élections municipales, et la victoire sans appel (54,34%) de Benoît Payan et son union de gauche.

« Je le reconnais, après avoir été longtemps un contempteur déterminé de son statut », retrace Romain Simmarano. En effet, comme sa famille politique, il a qualifié Benoît Payan de « maire non élu » après le fameux « switch » avec Michèle Rubirola.

« Samedi, il deviendra maire de Marseille. Légitime et puissant. Avec la plus large majorité de l’histoire de l’hémicycle marseillais », analyse Romain Simmarano.

Vers une droite quasi-muette au conseil municipal ?

La droite, qui a régné 25 ans sur l’hôtel de ville sous l’ère Gaudin, n’existe presque plus dans l’hémicycle municipal. Avec 5,33% des suffrages, elle n’aura que quatre conseillers municipaux : Martine Vassal, Romain Simmarano, Fabienne Bendayan et Stéphane Pichon.

Un quatuor qui risque d’avoir du mal à se faire entendre à côté des 34 élus du RN, et face aux 73 élus de la majorité écrasante de Benoît Payan. Quatre : ce n’est pas assez pour constituer un groupe au conseil municipal. Les conséquences ? « Pour les non-inscrits, la capacité de prise de parole est modérée » dans l’hémicycle. Or, cet espace d’expression est précieux pour l’opposition afin d’exister politiquement. En témoigne le parcours de Benoît Payan, qui s’est d’abord fait un nom en tant que pourfendeur de Jean-Claude Gaudin.

« Ça dépendra aussi du bon vouloir du maire de Marseille », estime Romain Simmarano, qui espère peut-être une bienveillance démocratique du maire. Mais Benoît Payan pourra aussi bien s’en référer au verdict des urnes pour cantonner la droite à une place proche du mutisme.

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Terrain, CIQ, conseils d’arrondissements… Exister « hors les murs »

C’est pourquoi, loin d’être résigné, et bien décidé à faire exister sa famille politique durant les sept ans du mandat, Romain Simmarano évoque « la nécessité de réfléchir hors les murs. Que toutes ces équipes fantastiques qui ont été constituées dans le cadre de cette campagne difficile puissent continuer de s’exprimer, dans le cadre du conseil municipal ou non ».

Comment ? Avec « de la mobilisation, de la communication, puis des idées, des projets, des visions. Et les faire vivre ». Mais où ? « Sur le terrain. Moi, par exemple, je suis élu des 1-7. J’ai l’intention de ne rater aucun conseil d’arrondissements. D’aller dans les CIQ, dans les grands événements du secteur. De gagner les galons, légitimement, patiemment, autour d’une implantation locale ».

Par exemple, le directeur de cabinet du président de la Région Sud, Renaud Muselier, a déjà repéré les prochaines inaugurations de projets, portés par la droite, sur lesquelles il faudra capitaliser : « On va avoir à la fois l’inauguration d’un Samu entièrement neuf pour Marseille et du premier poste à quai d’électrification des navires de croisière ».

L’occasion d’ouvrir une nouvelle page pour la droite marseillaise ?

Et le porte-parole de la campagne de Martine Vassal appelle « tous [ses] collègues à se mettre au travail tout de suite, parce qu’il ne faut pas descendre du cheval ». On devine qu’il jouera désormais un rôle de premier plan, voire de leadership pour la droite marseillaise, même si lui préfère parler de « collectif ».

Celui qui endossera pour la première fois, ce samedi 28 mars, son nouveau rôle de conseiller municipal, exclut d’ailleurs le « re » de « reconstruction » quand il évoque le chantier qui attend la droite marseillaise.

Il défend sans ambiguïté l’équipe de campagne, une « candidate courageuse », « une femme politique d’expérience et de compétence ». Mais note aussi le « message que nous envoient les Marseillais. Maintenant, il y a effectivement une nouvelle page qui s’ouvre […] qui doit donner la possibilité à nos sensibilités de s’exprimer […] sans être tributaire de l’héritage des années Gaudin, sans être tributaire d’une façon de voir la vie politique ».

Romain Simmarano se projette déjà dans l’écriture d’une « page adaptée à la façon dont la ville a évolué […] ‘Marseille je t’aime’ : c’était le bon slogan » de la campagne de Martine Vassal. Et de préciser : « Aimons-là telle qu’elle est devenue, y compris avec ceux qui, de prime abord, ne sont pas d’accord avec nous ».

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Romain Simmarano entouré de gauche à droite par Fabienne Bendayan, Renaud Muselier, Valérie Boyer et Sylvain Souvestre, lors du meeting de campagne de Martine Vassal.

Métropole : un président capable de rassembler « de façon transpartisane »

Au-delà du travail de terrain que Romain Simmarano imagine, les élus de droite pourront aussi exister politiquement « grâce à la Métropole, grâce au Département, grâce à la Région, qui restent des institutions puissantes », encore tenues par sa famille politique.

Concernant la Métropole, sa présidence se décidera d’ici une dizaine de jours, alors que Martine Vassal a annoncé qu’elle ne briguerait pas un nouveau mandat. Dans l’hémicycle, les élections ne laissent pas émerger de majorité absolue, ni à droite, ni à gauche. Sauf à imposer une personnalité au troisième tour, il faudra s’accorder sur une candidature consensuelle. Mais certainement pas marseillaise, pour mettre fin aux conflits qui paralysent l’institution de « coopération intercommunale ».

Romain Simmarano estime que le nouveau chef de la Métropole devrait être issu de la droite ou du centre. Car, hors Marseille, « le résultat des élections métropolitaines, c’est une légitimité exceptionnelle pour beaucoup de candidats et de maires sortants de nos sensibilités politiques ». Mais, même cumulés, ils n’atteignent qu’une majorité relative. Il se projette donc sur un candidat de sa famille, mais capable de rassembler « de façon transpartisane ».

Et d’évoquer « Romain Pretot à Istres, Sophie Joissains à Aix, Alexandre Doriol à La Ciotat, Lionel De Cala à Allauch, Nicolas Isnard à Salon… ». Ce dernier semble aujourd’hui avoir la faveur des pronostics. Mais, en politique, les pronostics sont souvent déjoués, et dix jours sont une éternité. La fumée blanche s’élèvera le 7 avril à la Métropole, à l’issue d’un conclave qui peut s’avérer plein de surprises.

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