Jusqu’au 29 mars, le Cirque du Soleil investit le Palais des sports de Marseille avec OVO, un spectacle inspiré du monde des insectes. Dans les coulisses, artistes et techniciens répètent et ajustent leurs dernières prises.

Un corps s’élance, glisse le long d’un mât, se fige un instant avant de redescendre. À quelques mètres, un autre répète le même geste, puis recommence encore, sans un mot. Plus tard, les trampolines vibrent, les tapis amortissent les chutes, les consignes circulent à voix basse.

La troupe du Cirque du Soleil investit le Palais des sports du 25 au 29 mars dans le cadre d’une tournée internationale. À quelques heures de la première marseillaise d’OVO, les artistes s’échauffent dans un espace où, le décor à moitié monté, ils ne sont que des corps en travail.

« On s’entraîne deux, trois heures avant quand on peut », explique Esteban, 25 ans, artiste français de la troupe. Dans le spectacle, il incarne une puce et évolue sur un mât de six mètres, où il enchaîne figures de force et équilibres instables. Mais à mesure que la semaine avance et que les représentations s’enchaînent, le rythme change : « Quand on a deux ou trois spectacles dans la journée, c’est surtout de l’échauffement pour être prêt ».

Car OVO n’est pas un spectacle ponctuel, mais une machine en tournée. Créé en 2009, ce show du Cirque du Soleil, compagnie fondée en 1984 et reconnue pour son travail sur la seule performance humaine, sillonne aujourd’hui le monde avec plus de cent personnes. Sur scène, 53 artistes incarnent une microsociété d’insectes dont l’équilibre est bouleversé par l’arrivée d’un œuf, « ovo » en portugais, symbole du cycle de la vie.

« On a 53 artistes, plus de 100 personnes qui voyagent avec nous et 21 semi-remorques pour transporter tout le spectacle », raconte Janie Mallet, attachée de presse. Un convoi qui contient autant la scène que les coulisses : gymnase, loges, ateliers, restauration. « On recrée un mini-village chaque semaine », poursuit-elle.

Une organisation au millimètre

Ce village fonctionne selon un principe simple : tout est anticipé. Là où 25 nationalités composent la troupe, les langues se mêlent, les équipes se croisent, les rôles s’imbriquent.

Sur scène, les artistes ne répètent jamais un spectacle complet mais des séquences. « Toutes les 15 ou 30 minutes, un groupe différent vient valider un élément avec les équipes », indique Janie. Entre deux passages, les techniciens interviennent, ajustent, contrôlent puis cèdent la place. Une rotation continue, presque industrielle.

La sécurité est le maître mot à chaque étape. « On crée des scénarios de secours chaque semaine pour être prêts à toute éventualité ». Lumière d’alerte, communication constante entre régie et coulisses, protocoles répétés : rien n’est laissé à l’improvisation. « Avant que quelque chose arrive sur scène, ça a été répété, répété, répété… », raconte-telle.

Même les répétitions sont surveillées. Des caméras filment les performances, permettant aux artistes de revoir leurs mouvements et de les corriger immédiatement.

Du corps au costume

À quelques mètres, une autre mécanique est à l’œuvre. Les costumes, suspendus sur des portants, semblent déjà prêts. Pourtant, ils sont encore en renouvellement constant. « Tout est fait sur mesure pour chaque artiste », démontre Janie. Chaque pièce est identifiée, ajustée, réparée en continu. « Chaque costume a un nom, un numéro, un code-barres », détaille-t-elle.

Un peu plus loin, on trouve des meubles roulants aux tiroirs infinis. À l’intérieur, du maquillage plein à craquer. « On s’assure toujours qu’on puisse trouver des produits spécifiques dans le pays où on va faire la tournée ». Des marques d’esthétique sont même allées jusqu’à créer des produits de maquillage spécialement conçus à la demande du Cirque du Soleil.

Mais au moment des répétitions, pas de costume ni maquillage. Les artistes travaillent en tenue simple, loin des silhouettes d’insectes qu’ils incarneront.

cirque du soleil, Vidéo | Plongée dans les coulisses millimétrées du Cirque du Soleil en spectacle à Marseille, Made in Marseille
© Marie-Andrée Lemire

Une illusion construite

Sur le plateau, les éléments prennent place doucement. Les structures monumentales, mur d’escalade, plateformes et fleurs géantes, dessinent un paysage à l’échelle de l’insecte.

« On vous invite à plonger avec nous dans cet univers », incite Janie. Un monde où les corps traduisent les comportements du vivant : les criquets sautent, les papillons volent et les scarabées se hissent.

Mais derrière cette évidence, rien n’est instinctif. Tout est construit. Esteban le résume simplement : « C’est un travail très physique… on est fatigué à la fin de la semaine ». Une fatigue à laquelle s’ajoute la tournée, les déplacements, les changements de ville. « Mais on reçoit tellement d’énergie du public chaque soir que ça compense ».

D’ici quelques heures, tout ce travail disparaîtra derrière la scène, absorbé par le rythme et l’univers d’OVO. Les gestes répétés, les ajustements, les repères pris au fil de la journée ne se verront plus. Araignées, puces et papillons seront réunis sur scène : tout un écosystème.

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