Prix du péage ou dividendes aux actionnaires, l’exploitation du tunnel Prado Carénage à Marseille a fait couler beaucoup d’encre ces dernières années. Remunicipalisation, renégociation du contrat, occupation… Les candidats à la mairie se positionnent.

Mis en service en 1993 à Marseille sur 2,5 kilomètres, le Prado Carénage, premier tunnel urbain payant de France, permet de relier l’autoroute Est et les quartiers Sud jusqu’au centre-ville. Il se prolonge avec le tunnel du Vieux-Port jusqu’à l’autoroute A55 au Nord.

S’il permet de traverser le centre de Marseille en évitant la circulation compliquée en surface, il est considéré comme l’une des chaussées les plus chères de l’Hexagone, autour de 1,31 euro le kilomètre. Les trois dernières années, le tarif est passé de 2,90 € (2022) à 3,20 € (2025). De quoi soulever questionnements et irritations des automobilistes.

D’autant que la Chambre régionale des comptes (CRC) a pointé en 2025 la « forte rentabilité » de l’ouvrage pour la Société marseillaise du tunnel Prado-Carénage (SMTPC) et ses actionnaires principaux, Eiffage et Vinci. Elle aurait reversé 184 millions de dividendes à ses actionnaires jusqu’en 2023. Et aujourd’hui près de 11 millions d’euros par an.

Dans son rapport, la CRC relève également que la société privée ne reverse aucune redevance d’occupation du domaine public à la Métropole Aix-Marseille-Provence, qui a renouvelé la concession jusqu’en 2033. À ce titre, le rapport note également les documents « incomplets » transmis à l’intercommunalité, et l’absence de pénalités sur ce sujet.

Alors que Made in Marseille a réalisé une grande interview de chacun des candidats aux municipales 2026, ils se sont positionnés sur le sujet.

Pour Martine Vassal, « on verra à la fin de la concession »

« Le privé, ce n’est pas un gros mot », nous répète à plusieurs reprises la candidate de la droite et du centre, Martine Vassal, au sujet des plages, de la piscine de Luminy, du centre Bourse ou de différentes délégations de service public. Car, selon elle, le public « ne peut pas tout financer. Tout a un coût » et « le privé va beaucoup plus vite ».

Pour elle, le retour en gestion publique de ces différents services et équipements « sont des radadas », notamment de la gauche. Martine Vassal ne ferme toutefois pas totalement la porte pour le Prado Carénage. « Mais on verra, en 2032 ou en 2033, à la fin de la concession. À ce moment-là, quand ça retombe dans l’escarcelle métropolitaine. Mais dire que le lendemain matin de l’élection, on va arrêter la concession et rendre gratuit, c’est un mensonge ».

De Payan à Delogu, renégocier ou municipaliser le tunnel

La vision tranche avec celle du candidat LFI Sébastien Delogu. D’abord concernant la délégation au privé de services et équipements publics. « Ces gens-là font du fric sur le dos de la population », estime-t-il. Concernant la concession du tunnel marseillais, il souhaite au plus vite « casser le contrat, c’est dans mon programme ».

Comment ? « On part au tribunal administratif ». Il faudra toutefois trouver de bons arguments pour convaincre la justice de rompre un tel contrat. Et si ce n’est pas le cas, le député insoumis mise sur « des rapports de force : peut-être, parfois, j’appellerai la population à venir se mobiliser, par exemple pour investir le tunnel Carénage. Je vais enclencher tous les leviers possibles ».

Le maire sortant Benoît Payan (DVG), candidat à sa succession, souhaite également réétudier la concession du Prado Carénage « avant 2032 […] Il n’y aura plus de cadeau pour ceux qui profitent des Marseillais » pose-t-il. Mais la tête de liste du Printemps marseillais est moins radicale que son concurrent. Il n’envisage pas directement de casser le contrat. « On peut négocier un contrat avant qu’il se termine. Ils préféreront ça, de toute façon, que perdre la concession ».

Passage obligé par la case « Métropole »

À l’extrême droite de l’échiquier, Franck Allisio (RN) semble sur la même ligne pour ce sujet. « Il y a une vraie négociation à faire. Je sais que ce n’est pas facile, mais il faudra revoir le contrat ». Toutefois, il écarte l’idée d’une remunicipalisation du tunnel qui, pour lui, « est plus facile à dire qu’à faire ».

De son côté, Erwan Davoux souhaite remunicipaliser le Prado-Carénage « en 2033, à la fin de la concession. Mais en attendant, on fait jouer les pénalités quand les documents ne sont pas complets et on essaie de revoir les clauses financières ».

Enfin, Rémy Bazzali, tête de liste pour Lutte ouvrière, n’a pas souhaité s’attarder sur des mesures précises, entendant défendre avant tout la cause des travailleurs contre le système capitaliste. Nul doute qu’il considère donc, a minima, que l’exploitation du Prado Carénage ne doit pas bénéficier à des actionnaires.

Quoiqu’il en soit, le tunnel Prado Carénage est un équipement métropolitain. Quelles que soient leurs positions, les candidats à la mairie de Marseille devront réussir à peser dans l’hémicycle métropolitain pour faire valoir leur voix sur ce dossier.

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