Un nouveau parc au massif de l’Étoile, petits déjeuners gratuits pour 15 000 écoliers, explications sur le Plan écoles… Benoît Payan, candidat à sa succession à la mairie de Marseille pour le Printemps marseillais, revient sur son mandat et détaille ses ambitions dans notre grande interview.

Pour notre quatrième interview des candidats aux municipales 2026 à Marseille, Benoît Payan nous accueille dans son local de campagne sur la Canebière, ce jeudi 5 février. Élu maire en décembre 2020 à la suite de la démission de Michèle Rubirola, il répond de son bilan depuis six ans concernant de nombreux sujets.

Des écoles au logement en passant par le littoral et l’urbanisme, il revient sur les accomplissements, les échecs, et ses projets pour la suite, s’il remporte l’élection. Interview.

En tant que maire sortant et candidat, quelle est la plus grande fierté de votre mandat ?

La réussite sur les écoles, que tout le monde pensait infaisable. On voit bien d’ailleurs que c’est attaqué et qu’il y a eu autant de critiques parce que ça a réussi. Quand on arrive en 2020, les écoles, c’est « la honte de la République » comme le titre un grand quotidien national (Libération, Ndlr), alors que c’est la politique qui doit être la plus importante pour un maire.

Quand on avait annoncé, avant l’élection municipale, qu’on ferait un plan à un milliard d’euros, tout le monde nous disait « mais ça ne se fera pas, ça n’est pas possible ». Il se trouve que non seulement on a trouvé l’argent, non seulement on l’a dépensé, mais en plus on l’a fait et on l’a fait de telle manière que nos opposants ne savent pas répondre à cette réussite.


PLAN ÉCOLES

Pourtant, sur les 27 écoles livrées que vous revendiquez issues de ce plan, une partie était soit lancée avant, soit portée par d’autres que la société publique des écoles ou la Ville*.

Depuis 2020, 27 écoles ont été inaugurées. 15 écoles sont du plan Marseille en grand. D’autres sont hors des financements de l’État mais ont été ouvertes durant ce mandat avec des financements de la Ville.

Sans compter celles qui sont lancées et celles qui ont été rénovées pour des dizaines de millions d’euros et qui sont quasiment neuves

* : Par exemple : les écoles des Fabriques et Ruffi, actées sous le mandat précédent et portées par Euroméditerranée, la cité scolaire internationale Jacques Chirac portée par la Région, ou l’école de La Capelette (Manouchian), portée par la Soleam… La société publique des écoles de Marseille en revendique 12 (six groupes scolaires de deux écoles.

Vous tablez sur combien d’ici la fin du prochain mandat ?

Le plan école, c’est 15 ans. C’est 2021-2036. Donc, à la fin de ce plan école, il y aura 188 écoles qui auront été réalisées.

En 15 ans, 188 écoles neuves, c’est réaliste ?

On voit bien que ça a mis du temps à sortir. Vous imaginez ce que c’est de créer une société des écoles ? Quand on a lancé le plan, il n’y avait pas d’inauguration. L’année d’après non plus, ni la suivante. Et puis ensuite, vous avez vu l’accélération, fin 2024, en 2025, et vous verrez 2026, 2027… En fait, ça monte en puissance. Ça accélère de plus en plus. Le rythme n’a pas cessé d’accélérer, en fait.

Nous apprenons cette semaine sur Blast l’ouverture d’une enquête sur le Plan écoles. Elle concerne notamment l’acquisition potentiellement illégale de l’école provisoire de Vayssière, pour la déplacer à celle de La Castellane et accueillir les élèves durant son chantier. Elle fait suite à un signalement de l’ancien préfet Leclerc, aujourd’hui directeur de cabinet d’Emmanuel Macron.

Le préfet aurait reçu des éléments lui permettant de faire un signalement au procureur de la République sur un soupçon de favoritisme. Je crois que c’est ça. Quand c’est comme ça, normalement, l’attitude d’un préfet républicain, normal et apolitique, c’est de dire « J’ai des éléments ». Il y a trois solutions.

Soit c’est du n’importe quoi et vous jetez (les accusations).

Soit, il y a des éléments qui paraissent très sérieux, qu’il faut regarder. Si le préfet a reçu des éléments qui sont très troublants, on réunit les administrateurs, et on demande une enquête interne ou un audit externe. En fonction, si ça révèle un dysfonctionnement, il sera signalé. Si ça ne révèle pas de dysfonctionnement, on passe.

Je rappelle quand même que je suis président du conseil d’administration. C’est-à-dire que je ne dirige pas la société et je n’ai légalement pas le droit de mettre les mains et d’intervenir dans la société. C’est l’État qui choisit le directeur général de la société. On comprend mieux après pourquoi « le parapluie », mais c’est autre chose…

Enfin, troisième solution, c’est plutôt celle-là qui semble être apparue pour le préfet : les faits sont suffisamment graves pour être directement dénoncés. Donc lui, je pense qu’à ce moment-là, il a un signalement suffisamment sérieux pour faire un article 40. Il le fait le 15 septembre… Six mois après, tout le conseil d’administration, toute la société, l’apprend dans un article sur BLAST. Alors là, il y a un problème. Et ce problème, ce n’est pas un petit problème.

Normalement, quand c’est très grave, tu fais ton article 40 mais surtout tu convoques les administrateurs et tu leur expliques ce qu’il s’est passé. Et surtout, on demande des mesures conservatoires. Ça veut dire qu’en fait, il nous a dissimulé – c’est le terme que j’emploie – à la société, à ses actionnaires, à l’État, le fait qu’il puisse y avoir des problèmes dans cette société dont il avait la charge et le contrôle de légalité.

Qu’est-ce que ça nous aurait permis de faire au 15 septembre ? Ça nous aurait permis de dire « bon, c’est très grave, on diligente une enquête, on fait un article 40, on prend des mesures conservatoires ». Donc ça, c’est un problème. À mon sens, il n’a pas protégé la société. Il a manqué à tous ses devoirs.

Il nous a dissimulé à la société, à ses actionnaires, à l’État, le fait qu’il puisse y avoir des problèmes dans cette société dont il avait la charge et le contrôle de légalité.

Et sur le fond du sujet ?

Nous étions devant une situation qui était très simple : soit on agissait vite, soit on avait des petits à la rue. Ce que j’ai voulu faire très vite, c’était de dire : « pour aller plus vite, la Ville se substitue, on achète » (l’école provisoire de Vayssière, pour le mettre à La Castellane, Ndlr).

Mon service juridique dit « non, c’est impossible légalement. Le marché a été transféré à la société des écoles, tu ne peux pas le faire ». Bon. Mais qu’est-ce qu’on fait ? On peut demander à la société des écoles. Je réunis le conseil d’administration […] et à l’unanimité, il est d’accord.

Là, il semblerait que le directeur juridique (de la société des écoles) – je n’ai pas les documents moi – dise : « attention, c’est pas possible ». Il envoie ça au secrétaire général qui lui-même écrit à son directeur général pour dire « moi je ne suis pas si sûr que ça, je ne pense pas que ce soit illégal. En tout cas, je suis beaucoup plus mesuré ».

Le directeur général quand il voit ça, il demande un avis d’avocat en disant « j’ai deux avis […] est-ce que j’ai le droit oui ou non de faire ? » Et donc il a le papier qui lui dit que oui, il a le droit de faire comme ça. Il nous prépare une délibération, il la pose devant le conseil d’administration et on la vote tous. Leclerc comme moi, comme tout le monde.

Donc à ce jour, je peux dormir tranquille. Après, évidemment que je suis outré de la manière dont mes adversaires politiques se comportent avec moi.


CANTINES

Pour rester sur le scolaire, alors que la remunicipalisation et la sortie du monopole Sodexo était au programme de 2020, il y a eu des avancées mais aussi des difficultés.

Ça a été très difficile de sortir de la délégation de service public avec Sodexo, mais on y est arrivé en passant en marché public. On a maintenant plusieurs lots (qui ont mis fin au monopole tout en gardant la majorité de la production par Sodexo, Ndlr).

Ce qui m’intéresse, c’est ce qu’il y a dans l’assiette. On voit bien que ça avance. Bio, circuit-court…. Le fait qu’il n’y ait plus de congelé, qu’il n’y ait plus que de la viande fraîche, une légumerie, on a fait un bond qualitatif absolument extraordinaire.

Aujourd’hui, on a réduit de 90% les déchets et les 10% restants, on les redistribue à des associations.

Les petits mangent de mieux en mieux, et il y en a de plus en plus qui mangent à la cantine. Notamment car 10 000 petits mangent gratuitement à la cantine désormais, contre 800 avant. C’est une première étape du chemin.

Qui doit aboutir à la remunicipalisation des cantines ?

On va aller plus loin, avec de plus en plus de proximité. Ça passe par la construction de cuisines qui vont être décentralisées au fur et à mesure du prochain mandat.

Mais surtout, ce à quoi je me suis engagé, c’est commencer à tester en régie municipale. Mais, je ne veux pas me manquer ! Un retour en régie, ça peut plus ou moins bien se passer. Est-ce qu’on va choisir un petit arrondissement, la moitié d’un gros, trois quartiers ? Moi je ne veux plus de froid (que l’on réchauffe dans les cantines, Ndlr), je ne veux que du circuit chaud. C’est extrêmement compliqué en termes de logistique, et ça coûte énormément d’argent. C’est pour ça que je ne veux pas raconter ou faire n’importe quoi et y aller petit à petit, en expérimentant par allotissements.

Quand se concrétisera le premier test ?

Ce sera aux trois quarts du prochain mandat pour les premiers tests. Mais en attendant, on va obliger nos prestataires à monter en qualité d’année en année.

15 000 petits Marseillais vont pouvoir bénéficier d’un petit déjeuner gratuit

Et les petits-déjeuners gratuits qui ont été expérimentés, ça doit se généraliser ?

Ça, c’est une annonce que je vous fais. On s’est rendu compte que pour les parents et pour les enfants, c’est extraordinaire. Ils sont contents de venir à l’école le matin parce que le petit-déj est équilibré et bon. Ils découvrent pour certains aussi des trucs qu’il n’y a pas forcément à la maison.

On s’est aussi rendu compte que sur l’attitude de l’enfant, sur la fatigue, sur l’attention, sur sa capacité à apprendre…. Il a une matinée de grande qualité. Et que le niveau scolaire avait augmenté.

Donc, on s’est dit que dans le prochain mandat, il y aurait 15 000 petits Marseillais et petites Marseillaises qui vont pouvoir bénéficier d’un petit déjeuner gratuit.

Sur quels critères ?

Ce sera par école, en fonction des écoles. Ce sera d’ici le milieu du mandat.

Et ça coûtera combien ?

Pour les 15 000 enfants, 1,8 million d’euros par an.


LOGEMENT

Concernant le logement, malgré le chemin parcouru, les associations et militants considèrent que des engagements ne sont pas tenus : charte du relogement, gestion du futur lieu ressources rue d’Aubagne, production de logements sociaux, transparence…

Je préfère retenir que les associations et les usagers considèrent qu’il y a eu du chemin, parce qu’il n’y avait rien avant. Il suffit de faire 90% du chemin pour qu’on nous impute les 10% qu’on n’a pas fait. Ceux qui ne font rien, ils ne sont jamais en retard. Et après, ça finit comme à la rue d’Aubagne.

Donc, je préfère être critiqué pour les 10% que je n’ai pas fait et me réjouir des 90% que j’ai fait et pouvoir dormir sur mes deux oreilles et me regarder dans une glace.

La transparence, je l’ai mise dans l’attribution des places en crèche, dans l’attribution des marchés publics, dans la question des recrutements. On a créé la transparence sur les arrêtés de périls par exemple. Tout est consultable. Mais pas les noms, c’est illégal.

Et l’encadrement des loyers ?

Il faut mettre en place l’encadrement des loyers et le permis de louer plus strict avec un contrôle tous les trois ans sur l’état des logements. Il faut que la Métropole et que l’État nous donnent la possibilité complète de le faire. Ce qu’ils ne veulent pas faire.

Une question revient souvent aussi concernant la réquisition de logements vides, estimés à des dizaines de milliers à Marseille, pour loger des personnes dans le besoin.

J’étais favorable à la réquisition, mais quand on est devant la réalité… Je pourrais soumettre un arrêté de réquisition, il serait immédiatement cassé par le préfet. Donc, je veux bien promettre. Il y a un candidat qui a dit « si j’ai pas le droit, je prendrais le gauche » Certains sont accoutumés à l’illégalité. Moi, j’essaie de ne pas m’y mettre.

Mais surtout, quand je regarde l’état de la plupart des immeubles vacants, si quelqu’un me dit demain qu’il a « la figure » comme on dit chez nous, d’y mettre une famille avec des enfants… Il y a une proportion inimaginable de logements qui sont insalubres, ou des hangars et des bureaux.

Donc, il faut continuer à faire ce que l’on a fait, c’est-à-dire, de l’accueil de jour, de l’accueil de nuit, des places d’hébergement d’urgence. Quand je vois que les institutions qui sont censées le faire ne le font pas, je prends mes responsabilités. J’en ai fait quasiment 600 dans ce mandat. J’en ai fait aussi pour les femmes qui sont seules, pour les femmes battues, pour ne pas les laisser à la rue.

Mais dans la réalité, ce n’est pas vrai de dire qu’il y a des immeubles entiers, prêts, avec les cuisines, les chambres, les lits, les matelas. Ce n’est pas une opposition, c’est juste mon expérience, celle de quelqu’un qui rêvait de pouvoir réquisitionner des logements dont les propriétaires ne se servaient pas et ne voulaient pas les louer.

Concernant les Catalans, le projet initial va se faire durant le mandat. Corbières et le Mucem aussi. Mais pour ceux-là, je n’étais pas assez ambitieux.

PLAGES ET LITTORAL

Concernant le littoral, en 2022, vous nous avez annoncé des projets que vous comptiez réaliser dans le mandat : une piscine au Mucem, rénovation de la plage des Catalans, de Corbières, le littoral Sud… Pourquoi rien n’a été fait ?

Je vous ai dit des choses auxquelles je crois toujours. On a commencé à y travailler, on a fait des améliorations. Mais j’ai essayé de me projeter à 20 ans et à 30 ans en me disant : « ce que j’annonce, est-ce que ça va fonctionner sur 30 ans, 40 ou 50 ans ? »

La réalité, c’est que non. Et qu’il faut être encore beaucoup plus ambitieux que ce que j’étais. Il faut penser à quelque chose de beaucoup plus grand. […] Notamment avec l’accélération du changement climatique. On voit les cinq dernières années, le nombre d’incendies, le nombre de pluies diluviennes, le nombre d’épisodes cévenols n’ont fait qu’augmenter.

Or, le littoral reste un impensé total. En fait, je me suis posé pour travailler avec des gens qui sont spécialistes de ces questions-là pour globaliser la question du littoral. […] Donc ça va être une question plus large, pour repenser la ville en partant du littoral, sur des années. Je présenterai ça dans quelques semaines.

Benoît Payan, Municipales 2026 | La grande interview de Benoît Payan et ses nouveaux projets pour Marseille, Made in Marseille
Les Libres-nageurs en mai 2023 au pied du Mucem. Le projet de la Ville de créer un bassin de nage a capoté.

Mais les gens qui attendaient une piscine au Mucem et la rénovation des Catalans avant 2026 ?

Ils vont voir des projets mieux. Concernant les Catalans, le projet initial va se faire durant le mandat. Corbières et le Mucem aussi. Mais pour ceux-là, je n’étais pas assez ambitieux. J’en dirai plus prochainement.

Et concernant la rénovation ou reconstruction des piscines Nord et Luminy, là aussi les projets ne sont pas sortis. Elles seront réalisées sur le prochain mandat ?

Et un peu plus. Comme les écoles, c’est parti doucement mais ensuite c’est allé plus vite. Faire une piscine, ce n’est pas faire une véranda. Et parce que vous avez vu qu’on est confrontés à une entreprise qui ferme, un appel d’offres infructueux. Parce que gérer, c’est plus dur que parler. Ce sera fait sur ce mandat.

On va créer un très grand parc de plusieurs milliers d’hectares dans le massif du Pic de l’Étoile.

URBANISME ET TRANSPORTS

Concernant les parcs et jardins, il y a eu beaucoup de chantiers lancés sur les parcs existants. Avez-vous des projets de nouveaux parcs ?

Je vais vous faire une deuxième annonce. On va créer un très grand parc de plusieurs milliers d’hectares dans le massif du Pic de l’Étoile. Un parc public avec des parcours nature, des parcours pédagogiques pour les petits, pour apprendre les essences qui existent à Marseille, pour observer la faune avec des éco-guides qui vont encadrer les scolaires. Ce parc sera le plus grand parc du nord de la ville.

Mais le massif de l’Étoile, c’est presque déjà un parc, c’est ouvert au public, les gens peuvent se promener, donc qu’est-ce qui va changer ?

Oui, on va déjà au Massif, moi je m’y promène mais sans en comprendre l’histoire. Ce n’est pas organisé. Et puis il y a des sentiers où l’on peut marcher là où on ne devrait pas… Donc il faut le baliser, le rendre didactique, pédagogique, et en prendre soin. Il faut organiser son entrée. On veut vraiment faire un écoparc, un relais-nature où tout est expliqué. Aménager avec des points d’eau, avec des poubelles pour rappeler qu’on ne jette pas. Il y aura une maison du parc à l’entrée. On va aussi proposer des aires de repos, des espaces où les gens peuvent manger avec des food trucks de qualité.

Et puis, nous sommes aussi en contact avec des gens qui sont à fond pour faire une ferme pédagogique.

Il faudra créer des zones de stationnement en amont, plus bas dans la ville, pour rejoindre le parc avec des petites navettes électriques. Mais ça sera dans un deuxième temps.

Benoît Payan, Municipales 2026 | La grande interview de Benoît Payan et ses nouveaux projets pour Marseille, Made in Marseille
© Mathieu Grapeloup

Vous avez chiffré ce projet ?

Si je vous dis que ça coûte 3 millions d’euros sur un budget d’un milliard et quelques par an, si vous voulez, ce n’est rien. Mais c’est beaucoup de travail humain, et en fait ça va demander de l’argent en fonctionnement, parce qu’il faut y faire attention.

Concernant les transports maintenant (compétence métropolitaine, Ndlr), quels sont les projets que vous avez en tête ?

La compétence va rester à la Régie des Transports Métropolitains (RTM). C’est la gouvernance qui va changer, évidemment. Et probablement aussi l’argent qui va avec. C’est-à-dire que, aujourd’hui, la RTM ne fonctionne pas de manière optimale. Elle ne reçoit pas les dotations qu’elle devrait recevoir de la part de la Métropole et elle ne reçoit pas la solidarité métropolitaine qu’elle devrait recevoir. Il n’y a pas que des Marseillais dans les transports en commun marseillais, comme pour le stade, et donc la Métropole doit être solidaire.

Donc, il va falloir qu’ils (les habitants de la métropole, Ndlr) payent un peu plus maintenant aussi pour les transports parce qu’ils sont utilisateurs.

Mais concrètement, quels sont vos projets ?

Toute la carte des bus est à revoir, c’est un travail de titan, et si je vous dis que je fais ça en six mois, un an ou deux ans, je vous mens. Vous avez des chauffeurs de bus qui sont au bord du burn-out, qui se font insulter avec des bus qui sont soit bondés, soit des lignes qui ne servent à rien et qui sont vides. Tout est fait en dépit du bon sens et sans les habitants.

Ensuite, pour le transport le plus lourd, aujourd’hui, le Nord et l’Est de la ville sont les deux grands oubliés. On voit bien que ce qui a été inauguré (extension de la ligne T3 du tramway en janvier 2026, Ndlr), ça a d’abord été dans le sud, et que le président de la République a été pris pour un imbécile. Il est quand même venu à Marseille en disant qu’il n’y aurait pas d’argent si on ne désenclave pas les quartiers Nord.

Mais c’est comme pour le tramway pour aller aux Catalans. C’est n’importe quoi. Et en attendant, qui va attendre ? Toujours les mêmes. Et en fait, oui, je suis énervé. Parce que je vais, moi, me retrouver en situation de devoir prendre les coups, parce que les chantiers auront pris un retard fou, parce que depuis dix ans, ils (la Métropole, Ndlr) se moquent de nous.

Et vous voulez que je vous parle des pistes cyclables ? En plus, elle (Martine Vassal, Ndlr) a cramé les caisses.

Mais pour les projets que vous évoquez au Nord et à l’Est, vous avez des précisions ? En tramway, en métro ?

Je vais faire comme avec la Ville, je vais regarder avec celle ou celui qui sera président de la Métropole ce qu’il nous reste dans les caisses, ce qu’on peut faire, comment est-ce qu’on avance et qui paie quoi.

La gratuité des transports ? Moi, je ne suis pas contre.

La gratuité totale pourrait-elle s’appliquer ?

Moi, je ne suis pas contre. Je le saurai le jour où j’aurai les chiffres exacts. Mais je crois que ça coûte plus d’argent d’avoir des contrôleurs, de faire payer, de mettre des machines, que de faire gratuit. Et surtout, ça va inciter les gens à prendre le métro, le tramway et le bus.

Dans l’immédiat, vous avez annoncé vouloir arrêter les trottinettes en libre-service, mais vous faites le constat de transports en commun qui ne sont pas au niveau. Est-ce que les trottinettes ne sont pas une solution pour compenser ?

Si les opérateurs avaient fait ce que je leur avais demandé, c’est-à-dire être strict sur la vitesse limitée, sur le rangement des trottinettes, sur les zones où on peut les garer, sur le fait que n’importe qui ne puisse pas prendre des trottinettes avec des fausses cartes bleues, on n’en serait pas là.

Mais aujourd’hui, on voit aussi que ce service est utilisé par beaucoup de monde, qu’il a donc un intérêt…

On voit surtout qu’il est accidentogène, que c’est l’anarchie. En effet, normalement, dans une ville sous-dotée en transports publics comme la ville de Marseille, la trottinette fait partie des solutions. Mais quand on voit les utilisations qui en sont faites… Et on peut aussi parler de pollution, parce que les gens jettent les trottinettes dans l’eau. Il y a des poissons et des espèces sous-marines qui n’existent plus, qui crèvent parce qu’il y a des batteries qui sont dans l’eau.

Il ne faut pas penser à des alternatives tout de même ? Comme déployer plus de vélos en libre-service ?

Oui, ça c’est très bien.


PROPRETÉ

Vous avez fait, cette semaine, des annonces sur la propreté. Doubler le nombre de tournées, doubler le nombre de poubelles, des brigades de police dédiées… Pour bien comprendre, vous ne voulez plus récupérer cette compétence au niveau municipal ?

Non, on laisse la compétence à la Métropole. Avec la réforme de la loi PLM, mathématiquement personne ne pourra être élu sans la Ville de Marseille. Même si je le redis, je ne suis pas candidat à la présidence de la Métropole.

Si demain, il y a une majorité de ma sensibilité politique qui se dégage, à la Métropole, elle sera majoritaire. S’il n’y en a pas, quoi qu’il arrive, la Métropole ne peut plus être l’objet d’une personne, d’un camp ou d’un clan. Ça doit être un EPCI (établissement public de coopération intercommunale).

Moi, je suis là pour défendre les intérêts de ma ville et construire un objectif métropolitain. Les objectifs de ma ville, ce sont la propreté, les transports, la voirie, l’éclairage et le logement, qui sont des compétences métropolitaines.

Sur tous ces sujets, j’ai été empêché pendant six ans parce qu’il se trouve que la présidente de la RTM est la présidente du groupe d’opposition de la Ville. La présidente de la Métropole, c’est la candidate qui a perdu son propre secteur en 2020. Le président de la Soleam, c’est un opposant à la Ville de Marseille.


ÉCONOMIE ET CENTRE-VILLE

Sur la question du centre-ville, on a l’impression que c’est un peu un serpent de mer. Quel est votre bilan et quelles seraient les pistes pour le redynamiser ?

Il y a une étude commandée par la Chambre de commerce et de d’industrie, qui nous montre que le centre-ville n’est pas dans l’état que ceux qui n’aiment pas Marseille veulent bien raconter. Ceux qui nous racontent toute la journée que c’est un coupe-gorge, qu’on peut mourir dans tous les coins de rue, que tout est fermé, ils sont contredits par les études de leurs propres amis.

Ceux-là même, qui ont construit pendant des années des centres commerciaux qui ont assassiné le commerce au centre-ville. Les dégâts qu’ils ont causés, je vais mettre beaucoup de temps à les réparer.

Une philharmonie dans le Centre Bourse, une cité de la mer et des sciences pour les enfants. Il faut que les gens reviennent dans le centre-ville.

Ça passe par quoi concrètement selon vous ?

Par exemple, avec une philharmonie dans le Centre Bourse, une cité de la mer et des sciences pour les enfants. Il faut que les gens reviennent dans le centre-ville pour y trouver une offre commerciale, ludique et culturelle de qualité.

Sur la question économique, depuis que Laurent Lhardit est parti (élu député depuis 2022, Ndlr), il n’y a plus un vrai adjoint qui est dédié à l’économie, ce que pointent certains de vos adversaires.

Je me fous de mes adversaires. Ce qui m’intéresse, c’est les Marseillais. Vous savez, moi j’ai été opposant, et je n’ai pas ménagé mes critiques. Mais à chaque fois que j’avais une critique, j’avais une proposition. Je n’ai jamais attaqué Jean-Claude Gaudin sur sa personne.

Est-ce que la création d’une Zone franche urbaine (ZFU) encourageant l’implantation d’entreprises par la fiscalité serait une piste intéressante pour redynamiser le centre-ville ?

Oui, pourquoi pas. Encore une fois, il faut essayer de réfléchir. Il y a plein de choses à imaginer.

Et les grands événements ? Marseille a accueilli ces dernières années la Coupe du monde de rugby, les JO 2024, le Pape… Est-ce qu’on pourrait voir sous le prochain mandat un grand événement ?

Oui, un Pape par exemple… Je ne suis pas encore décidé. Mais sur ces grands événements, il n’y a jamais eu autant de gens qui sont venus à Marseille.


ÉQUIPEMENTS PUBLICS

Revenons sur une proposition concrète que vous avez annoncée : c’est la remunicipalisation de l’eau, de la SEM (Société des Eaux de Marseille) ?

Oui. En fait, ce n’est pas la remunicipalisation qui m’intéresse, mais ce que les gens boivent et à quel coût.

Ce serait moins cher si c’était municipal ?

Non, ce n’est pas forcément moins cher parce que c’est municipal. L’eau, c’est un bien commun, ce n’est pas un bien de consommation comme les autres. Ce qui m’intéresse, c’est qu’on garde la qualité de l’eau de Marseille. Or ça, il y a un savoir-faire. Je ne veux pas qu’on le perde du jour au lendemain parce qu’on se serait amusé à remunicipaliser.

Par contre, je veux travailler dans un premier temps, et ça je m’y engage, à ce qu’on ait des mètres cubes beaucoup moins chers, voire gratuits, pour les Marseillaises et les Marseillais. Et ensuite, on verra.

La disparition de la SEM n’est pas prévue dans les jours à venir donc ?

Dans les jours à venir, c’est sûr que non. À 30 ans, je n’en sais rien. Mais en tout cas, quand je parle de municipalisation, c’est que je veux d’abord discuter, puisqu’il va y avoir le renouvellement avec la Métropole, des conditions dans lesquelles les Marseillais vont pouvoir bénéficier d’une eau de qualité. Gratuite sur les premiers mètres cubes pour certains Marseillais. Et moins cher, sur les premiers mètres cubes, pour tous les Marseillais. Ça, c’est un engagement que la SEM devra tenir, parce que sinon, en effet, les choses ne se passeront pas très bien.

Sur la question de l’eau, il y a d’autres sujets comme l’assainissement. Vous pourriez aussi aller vers une revisite des contrats ?

En fait, il faut regarder tous les contrats qui sont en cours. Quand on voit le nombre d’avenants, par exemple, sur les contrats de la propreté, j’ai hâte de regarder ce qui s’est passé. Donc oui, on regardera tous les contrats, oui.

Et pour le Prado Carénage, ça a été pas mal évoqué par d’autres candidats. La concession prend fin en 2032, vous seriez pour tout revoir ou pour arrêter là ?

Moi, je ne suis pas pour attendre 2032. On peut négocier un contrat avant qu’il se termine. Ils préféreront ça, de toute façon, que perdre la concession. Il n’y aura plus de cadeau pour ceux qui profitent des Marseillais.


SÉCURITÉ

Concernant la sécurité, vous avez fait des propositions…

Alors, je vous en ai déjà parlé. Mes propositions, c’est de faire un commissariat de police municipale dans tous les arrondissements. De doubler, encore une fois, ma police municipale.

À Marseille, la police municipale date de 1971. Donc, entre 1971 et 2020, c’est-à-dire en 49 ans, ils ont embauché 397 policiers municipaux. Moi, en un mandat, j’en ai embauché 400. Donc, oui, on va continuer à avoir une police municipale qui soit dans la proximité, dans l’action, dans la prévention, mais aussi dans la répression. On le voit, d’ailleurs. Vous voyez les affaires que sort la police municipale.

Et puis, si vous vous promenez avec la police municipale, notamment à Noailles, vous verrez qu’ils établissent un contact humain incroyable. Si vous allez dans les commissariats de proximité, vous allez voir qu’avec les CIQ, les commerçants, pareil, il y a une habitude qui s’est créée qui est absolument formidable. Et ça, je veux que ça perdure.

Pour le reste, encore une fois, je pense qu’il n’y a que mes adversaires qui pensent qu’un maire est responsable du ministère de l’Intérieur.


POUR OU CONTRE ?

Quelques questions rapides maintenant : l’hippodrome Borély, avec la fin de concession en 2028, vous souhaitez que les courses restent ?

Vous verrez, quand je vais vous parler du grand projet (concernant le littoral, Ndlr).

Benoît Payan, Municipales 2026 | La grande interview de Benoît Payan et ses nouveaux projets pour Marseille, Made in Marseille

On verra encore des chevaux après 2028 à Borély ou ils iront à Calas (près de Cabriès) ?

C’est bien aussi, les courses à Marseille… Vous parlez à quelqu’un qui a toute sa famille dans les chevaux. Calas, c’est un très beau centre d’entraînement, de soins. Mais les courses, c’est autre chose.

Donc on les garde à Borély ou ailleurs à Marseille ? À Pont-de-Vivaux ?

Vous verrez bientôt dans mes annonces, tout est imaginable.

Je pense qu’il va y avoir un grand projet à Chanot et le Palais des sports doit être intégré dedans. On regardera la légalité, mais à mon sens, les deux projets doivent se répondre.

Le Palais des sports, il faut le refaire ? Quand ? En lien avec un projet de rénovation du parc Chanot ? 

Oui. Il est dans un état catastrophique. Je pense qu’il va y avoir un grand projet à Chanot et qu’il doit être intégré dedans. On regardera la légalité, mais à mon sens, les deux projets doivent se répondre. Est-ce qu’il sera fabriqué au même moment et par les mêmes personnes ? Je ne suis pas sûr. Est-ce que les deux projets se répondent ? J’en suis sûr.

La Villa Valmer, vous avez récupéré le parc mais pas la bâtisse. C’est un regret pour vous ?

Oui, mais c’était plus possible légalement. Alors, j’aurais pu faire illégalement… Ça existait, en fait. On avait la possibilité, mais je jouais à la roulette russe avec 60 millions d’euros.

La Voie est libre, on va en augmenter le nombre et on va aussi essayer de faire des nocturnes.

La Voie est libre, vous continuez le même format ? Est-ce qu’il y a peut-être une volonté de l’amener dans d’autres quartiers ?

On a essayé, mais ça ne marche pas bien (éditions organisées à l’Estaque ou aux Goudes, Ndlr).

En fait, les gens s’y sont habitués, c’est un vrai rendez-vous. D’ailleurs, ça commence à être un peu victime de son succès et on commence à avoir des conflits d’usage. Donc, on va regarder ça de près.

Mais oui, ça va continuer. Finalement, c’est le deuxième rendez-vous le plus important en termes de monde après les soirs de match qui remplissent 60 000 personnes. C’est un événement qui accueille entre 40 et 50 000 personnes par édition. C’est énorme. Donc, on va en augmenter le nombre et on va aussi essayer de faire des nocturnes.

Des nocturnes ?

Oui mais pas sur toute la Corniche, uniquement sur les parties les moins habitées. Et ça ne va pas durer jusqu’à 3 heures du matin. Ce ne sera pas des fêtes, mais plutôt des activités douces. Par exemple, observer les étoiles pour les petits dans des endroits sécurisés, pour montrer les reflets de la mer et de la lune, les bateaux qui passent la nuit, expliquer la navigation de nuit. Donc il y a plein de choses à imaginer encore sur la Voie est libre.


DYNAMIQUE DE CAMPAGNE

Pour finir, concernant la campagne, vous semblez décrire qu’il s’agit d’un match entre vous et le RN. Et en même temps, les sondages semblent montrer qu’on se dirige vers une quadrangulaire.

Non. Moi, je suis incapable de dire avant le premier tour, exactement ce à quoi ça va ressembler. Aujourd’hui, il y a des dynamiques. Et quand on regarde le brut du dernier sondage OpinionWay, on voit qu’on s’éloigne d’une quadrangulaire.

On est dans un moment qui est très particulier, en fait. Le Rassemblement national peut gagner cette ville. Et quand je le disais il y a six, huit ou neuf mois, les gens répondaient « tu exagères, ça n’est pas vrai ». Aujourd’hui, on peut dire qu’on ne croit pas aux sondages. D’ailleurs, moi, je ne commente pas les sondages, même s’ils nous donnent tous en tête. Je les regarde comme un outil.

Et qu’est-ce qu’ils me montrent ? Ils me montrent que, scientifiquement, sondage après sondage, il y a un match qui va se jouer entre le Rassemblement National et nous. Je regrette que certains aient fait le choix comme M. Delogu de la division. Mais maintenant, il va en assumer les conséquences.

Oui, mon adversaire, c’est le Rassemblement National. Mais mon combat, c’est d’abord de travailler pour les Marseillaises et les Marseillais.

S’il avait voulu venir avec vous dès le début, vous l’auriez accueilli ?

Je pense qu’avec des si, je peux refaire le monde. Moi, je ne regarde que la réalité. Il a décidé d’être candidat, et ensuite, il a fait de moi son seul adversaire. Je pense qu’il y a quelque chose qu’il ne saisit pas, en fait. C’est qu’à Marseille, on a le Rassemblement National. Et on a des gens qui ont gouverné cette ville et qui l’ont abîmée pendant longtemps. Je veux bien qu’il se dise « je dois tactiquement m’en prendre au maire de Marseille ». Moi, je ne vais pas faire une campagne contre le RN. Moi, je vais faire une campagne pour Marseille.

Vous en parlez pourtant comme votre adversaire principal, non ?

Oui. Est-ce que c’est contradictoire de faire une campagne pour Marseille ? Oui, mon adversaire, c’est le Rassemblement National. Mais mon combat, c’est d’abord de travailler pour les Marseillaises et les Marseillais. Et je crois que ce dont on a parlé tout au long de cette interview, ce n’était pas que du Rassemblement National, heureusement, c’était bien autre chose.

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