Installée au pied de la montagne Sainte-Victoire, la céramiste aixoise Sylvie Gélis a fait de l’art de la table sa spécialité. Les maisons les plus prestigieuses ont succombé au charme épuré de sa vaisselle, pensée pour accompagner le travail des chefs dans une démarche respectueuse de la planète.
C’est loin de toute agitation, dans son atelier niché au pied de la Sainte-Victoire, que Sylvie Gélis façonne les services de quelques-unes des plus prestigieuses tables de la région et au-delà. Ses créations aériennes, modelées à la main, ont séduit des chefs de renom, d’Hélène Darroze à Ludovic Turac. Mais au-delà de leur élégance, elles témoignent d’une approche engagée et respectueuse de l’environnement.
Si la céramique est souvent perçue comme un artisanat « propre », « il y a encore beaucoup de méconnaissance autour de son impact sur la nature et sur la toxicité des composants, tant pour les fabricants que pour ceux qui les manipulent », explique la créatrice.
De l’extraction des terres à la cuisson, le processus est gourmand en ressources naturelles et énergétiques, et peut générer des déchets de métaux. Dès ses débuts en 2019, Sylvie Gélis fait ainsi le choix d’une traçabilité rigoureuse de ses matières premières, auxquelles elle insuffle un aspect à la fois brut et raffiné au travers de procédés maîtrisés.
Un mélange entre rigueur et poésie
Ses pièces en grès ou en porcelaine, fabriquées uniquement à la commande, ne contiennent aucun oxyde colorant et sont cuites dans un four à combustion, selon des courbes minutieuses, avec une montée en température surveillée toutes les trente minutes.
« Je suis un mélange entre rigueur et poésie. J’ai besoin d’obtenir des résultats fiables pour ce monde exigeant de la gastronomie », confie-t-elle. Zones de dressage, équilibre des volumes, prise en main… Sylvie Gélis ne laisse que peu de place au hasard ou à la « magie » du résultat imprévisible à laquelle certains céramistes s’attachent. Une formation de cinq ans auprès de Patrick Buté lui a permis de maîtriser les formules chimiques de chaque composant afin d’obtenir les réactions recherchées.
Sa première commande d’envergure, passée par Thomas Pezeril, alors chef de la Villa La Coste, marque le début de cette aventure dans l’art de la table. Aujourd’hui, l’artisane met sa créativité au service des plus grandes maisons, des Pêcheurs au Beach Hotel du Cap d’Antibes, à La Palmeraie du Château de Valmer, en passant par Une Table au Sud à Marseille ou encore la Bastide de Bonnieux.
Parmi ses fidèles, Hélène Darroze, pour qui elle a conçu une partie de la vaisselle de Marsan à Paris, ainsi que celle du triplement étoilé The Connaught, palace londonien au cœur du très chic quartier de Mayfair. Une relation de confiance construite sur mesure, au fil de ses immersions. Avant de proposer ses prototypes, Sylvie Gélis se déplace, observe, échange avec les chefs comme avec les équipes de salle, s’imprègne du lieu et du rythme du service.
Contribuer à la magie des grandes tables
« L’inspiration, c’est l’univers du chef. Je veille à accompagner ses créations sans écraser son style », explique celle qui se définit comme « le dernier maillon vertueux de la chaîne gastronomique », dans le respect des produits et du travail des autres.
« Bien souvent, ma créativité part de contraintes. » Empilabilité des assiettes, résistance aux couverts, équilibre en main… la céramiste veille à participer à cette danse précise et millimétrée du service en salle, en trouvant un point d’équilibre subtil entre élégance et usage.
Une discipline qui contraste avec la liberté apparente de ses créations : des teintes brutes, du céladon aux nuances de blancs satinés ou brillants, parfois traversées de reflets métalliques, et des formes organiques, d’inspiration végétale. Une simple salade de fruits peut ainsi donner naissance à une série d’assiettes aux bords ondulants, évoquant des pétales de marguerite ou des dunes de sable.
Sur cette ligne de crête, à la croisée de l’exigence technique et de la liberté, Sylvie Gélis compose une œuvre qui contribue discrètement à la magie des grandes tables. « J’adore en faire partie et répondre à leurs attentes. J’ai beaucoup de chance de travailler avec ces gens passionnés », estime-t-elle.