Moins d’un mois après son élection à la présidence de la Région Sud, François de Canson nous reçoit dans son nouveau bureau. Colère des lycéens, commerces pillés à Marseille… Confronté aux récentes crises, le successeur de Renaud Muselier défend une méthode fondée sur la proximité et entend construire son propre bilan.

« Je veux comprendre. Je veux aller voir. Et je veux agir ». Dans son nouveau bureau de président de Région, François de Canson (DVD) dépeint ainsi sa méthode. Élu le 12 octobre à la tête de la collectivité, pour succéder à Renaud Muselier (Renaissance) parti au Sénat, il a consacré ses premières semaines aux urgences du territoire.

Des lycées aux commerces marseillais, l’élu revendique une présence régulière sur le terrain et des engagements dont il promet de rendre compte. Il veut aussi affirmer ses priorités : souveraineté économique, protection face aux risques climatiques et accès à la santé. Quant à son avenir politique, il se garde d’annoncer une candidature aux prochaines régionales, tout en répétant qu’il n’est « pas là pour assurer l’intérim ». Entretien.

Made in Marseille : Vous prenez la tête de la Région dans une succession de crises. Comment abordez-vous ce début de mandat ?

François de Canson : Quand on fait de la politique, il faut être prêt à toutes les situations. C’est un début de mandat agité, avec la révolte des lycéens, le chaos du 17 octobre et les inondations dans le pays d’Arles. Nous avons fait face.

Ma méthode est celle que j’applique depuis que je suis élu : je suis un élu de terrain, un maire. J’aime comprendre, aller voir et trouver des solutions. J’ai été élu le 12 octobre et, l’après-midi même, j’étais au lycée de l’Empéri, à Salon-de-Provence. Il aurait pu y avoir des morts dans cet incendie. J’ai pris des décisions et les travaux ont été réalisés pour la rentrée. Les agents et les entreprises ont fait un travail formidable. J’ai aussi trouvé des lycéens, des parents et des enseignants extrêmement attachés à cet établissement, qui a vu passer des générations de Salonais.

Je veux que chaque proviseur sache rapidement ce qui va être fait dans son établissement, pour pouvoir en discuter avec les représentants de la Région et les élèves.

Comprenez-vous la colère des lycéens ?

Bien sûr, je la comprends, je l’entends et je la respecte. Mais il y a des façons d’exprimer sa colère, et elle ne doit pas s’exprimer par la violence. Autant les revendications sont acceptables, autant les dégradations sont inacceptables.

J’ai réuni le Parlement des jeunes et échangé avec ses membres. Je reste dans l’écoute permanente. Au lycée Bonaparte, j’ai rencontré les élèves, mangé avec eux et passé deux heures dans l’établissement. J’ai annoncé 700 000 euros de réparations et leur ai donné rendez-vous à la rentrée prochaine, parce que tout devra être réalisé. Je veux que chaque proviseur sache rapidement ce qui va être fait dans son établissement, pour pouvoir en discuter avec les représentants de la Région et les élèves. Engagement pris, engagement tenu. On se revoit à la rentrée.

François de Canson, Grand entretien avec François de Canson : « Je ne suis pas là pour assurer l’intérim », Made in Marseille
Un incendie avait endommagé le lycée de l’Empéri début octobre à Salon-de-Provence

Concrètement, quelles mesures d’urgences avez-vous mis en place pour répondre à la crise ?

Nous avons lancé Allô Lycées, avec à ce jour 607 remontées dans 106 lycées. Ce qui ressort, c’est notamment la question du confort thermique. Le climat a changé. Si nous voulons que les élèves étudient dans de bonnes conditions, nous devons équiper les établissements. Nous prévoyons une salle climatisée par lycée et des brasseurs d’air. Les modalités seront discutées avec les établissements. Ils font leurs demandes, nous les écoutons et nous prenons les décisions ensemble.

J’ai débloqué 6 millions d’euros pour les travaux d’urgence lors de la première assemblée plénière. Pour le confort thermique, il y a 3 millions d’euros, auxquels doivent s’ajouter 7 millions soumis au vote en décembre, soit 10 millions pour 2027.

Il y a quelques jours, le journal la Gazette des communes a révélé une étude qui place la Région Sud en avant dernière position en terme d’investissement pour les lycées. Que répondez-vous ?

Il faut regarder ce que les chiffres prennent en compte et la période sur laquelle ils portent. Le classement évoqué repose sur des données d’après-Covid. Depuis, beaucoup de choses ont été faites. Nous avons consacré 2 milliards d’euros aux lycées ces dix dernières années et j’ai fait acter 2 milliards jusqu’en 2034. L’année prochaine, je prévois 300 millions d’euros, soit 50 millions de plus que prévu.

Tout n’est pas parfait, je peux l’entendre. Mais il faut aussi distinguer ce qui relève de l’Éducation nationale et ce qui relève de la Région, notamment l’entretien des bâtiments. Quand je parle aux lycéens, avant qu’ils me parlent de l’état du bâtiment, ils me parlent de l’éducation nationale et des manques de moyens. J’ai vu que tout d’un coup on a trouvé 3000 professeurs… permettez-moi de rester extrêmement surpris. Moi je prends mes engagements, à l’État de prendre les siens.

Dans une interview à Marsactu, votre vice-présidente Marie-Florence Bulteau-Rambaud pointe des choix budgétaires comme offrir des tablettes aux lycéens.

Oui, nous on fait en sorte que le pouvoir d’achat soit amélioré de 2500 euros par lycéen, et est-ce que ça s’est pris en compte dans les chiffres ? Moi ce que je retiens, c’est que lors de mon élection, j’ai pris en charge 174 lycées. Depuis, je fais un point précis, je donne une fiche d’engagement à chaque proviseur et aux représentants des lycéens, et on se revoit à la rentrée.

Au moment où nous parlons, 263 demandes ont été déposées. Nous allons engager les paiements dans les dix jours qui viennent. Cette aide doit permettre aux commerces de rouvrir.

Et au sujet des commerces pillés à Marseille, où en est-on avec le fonds d’aide d’urgence ?

Au moment où nous parlons, 263 demandes ont été déposées. Nous allons engager les paiements dans les dix jours qui viennent. Cette aide doit permettre aux commerces de rouvrir.

J’invite les collectivités qui n’ont pas rejoint le tour de table, notamment la Ville de Marseille, à abonder ce fonds. Et pourquoi le gouvernement ne l’abonde-t-il pas directement, plutôt que de demander des documents supplémentaires aux commerçants ? Il faut être pragmatique et efficace.

Je tiens à rappeler que nous avons immédiatement déclenché ce fonds au lendemain du 17 octobre, avec 5 millions d’euros de la Région. Martine Vassal nous a suivis à hauteur de 5 millions, la CMA CGM a apporté 1 million et la Métropole 1 million supplémentaire. Cela représente 12 millions d’euros.

Au-delà des commerces pillés, toute l’activité du centre-ville souffre. Comment faire revenir les clients ?

Je suis admiratif de la résilience des commerçants. Ils ont envie de faire revivre ce centre-ville. Mais la première condition, c’est la sécurité. J’ai eu l’occasion de le dire au président de la République : si nous ne sommes pas capables de l’assurer, le centre-ville de Marseille va mourir. Ce serait dramatique.

J’ai proposé que le Comité régional du tourisme participe à la relance du centre-ville. Nous allons être présents, car il faut rassurer aussi bien les habitants du territoire que les touristes. Sinon, les gens ne viendront plus à Marseille.

J’ai également demandé la création d’un délit spécifique de pillage pour sanctionner plus fermement ceux qui profitent du chaos pour voler et détruire. Nous continuerons à soutenir les forces de sécurité, comme la Région l’a fait avec le plan « Région Sud, Région sûre ». Mais il faut aussi sanctionner les casseurs.

François de Canson, Grand entretien avec François de Canson : « Je ne suis pas là pour assurer l’intérim », Made in Marseille
François de Canson en visite auprès des commerces du centre de Marseille aux côté de Martine Vassal (présidente du Département) et Jean-Luc Chauvin (président de la CCIAMP) le 29 octobre.

Vous avez également dû faire face aux inondations dans le pays d’Arles.

Je m’y suis rendu. Nous avons fait voter 5 millions d’euros pour les entreprises touchées et nous allons approvisionner les manadiers en foin pour nourrir leurs taureaux. Je connais ce genre de situation, ma ville a été dévastée deux fois en six mois en 2014. Je connais la détresse des gens. Je veux être à leur écoute et apporter des solutions.

Vous avez annoncé lors de votre discours d’investiture vouloir recentrer l’action régionale sur ses compétences. Quelles sont vos priorités et à quoi êtes-vous prêt à renoncer ?

Sur les renoncements, je ne peux pas encore vous répondre. Comme toutes les régions de France, nous sommes confrontés à un problème budgétaire. En deux ans, la Région a été pénalisée de 170 millions d’euros et l’on veut encore nous demander 50 millions. Il faudra donc une réflexion globale sur le budget.

J’ai fixé trois axes forts. D’abord, la souveraineté économique. Je veux que nous puissions produire, nourrir et innover sur ce territoire. La situation géopolitique est extrêmement complexe et nous devons nous appuyer sur nos forces. Ensuite, le bouclier climatique, pour lutter contre les incendies, les inondations, la sécheresse et la canicule. Je veux une écologie concrète qui protège la population. Enfin, la santé. L’accès aux soins ne doit pas dépendre du code postal.

Comment votre méthode va-t-elle se traduire dans les relations avec les maires ?

Je suis maire, je sais ce que représente l’effort financier demandé par l’État aux collectivités, grandes ou petites. Je veux simplifier les choses et leur apporter de l’oxygène. J’invite tous les maires de la région à Aix-en-Provence le 17 novembre pour leur présenter des propositions. J’ai longuement échangé avec Jean-Louis Borloo, qui est venu me voir dans ma mairie. Nous avons discuté pendant cinq heures. Je suis assez admiratif de ce qu’il propose.

Cela fait des années que nous fonctionnons de la même manière. Il faut prendre des engagements, simplifier et certainement renforcer le pouvoir des Régions, dont les compétences sont essentielles dans la vie quotidienne. Nous voulons aussi aller voir les candidats à l’élection présidentielle pour leur demander comment ils se positionnent sur cette méthode.

Vous souhaitez aussi rendre plus lisible l’utilisation de l’argent public. Comment ?

Quand on présente des tableaux sur le fonctionnement de l’argent public, il y a parfois 83 pages et personne n’y comprend rien. Je veux que nous fassions un point deux fois par an, ou tous les trimestres, pour expliquer où va l’argent, à quoi il sert et quels sont ses effets. Les citoyens veulent de la transparence. Je l’applique dans mes collectivités et je veux faire la même chose à la Région. Chaque euro investi a un sens et je veux le prouver.

Vous répétez ne pas être là pour assurer l’intérim. Comment comptez-vous vous imposer dans un mandat aussi court et les prochaines élections en 2028 ?

Ma stratégie a toujours été la même, quelle que soit la taille de la collectivité : le travail. Nous devons apporter des solutions concrètes aux habitants de Provence-Alpes-Côte d’Azur. Je refuse la fatalité. Il faut de l’engagement, du concret et du rassemblement. Je suis un élu de droite, avec une politique de droite, mais sans porosité. Je parle à tout le monde et je respecte la démocratie. Parler à tout le monde ne signifie pas partager ses idées.

Je vais montrer ce que nous sommes capables de faire avec cette majorité, qui m’a apporté la totalité de ses voix lors de mon élection. Ensuite, nous ferons le bilan. Ce n’est pas parce qu’on est médiatique qu’on gagne une élection. Les gens savent qui est là pour les protéger et faire le travail.

François de Canson, Grand entretien avec François de Canson : « Je ne suis pas là pour assurer l’intérim », Made in Marseille
Le 12 octobre dernier, François de Canson recevait l’écharge de président des mains de Renaud Muselier

Face à la progression du RN et de l’UDR, jusqu’où peut aller le rassemblement que vous appelez de vos vœux ?

Le RN et l’UDR progressent partout, c’est un constat. Mais que se passera-t-il à la présidentielle, puis aux législatives ? Quelle sera la situation au moment des régionales ? J’invite déjà les candidats de la droite et du centre à ne présenter qu’une seule candidature à la présidentielle, pour avoir une chance de gagner, puis de bâtir une majorité à l’Assemblée nationale.

Il faut procéder étape par étape. Ici, à la Région, le mot d’ordre, c’est le travail. Ensuite, nous préparerons la présidentielle, puis nous verrons.

Ce que je dis, c’est que je ne suis pas là pour assurer l’intérim. Je travaille, je me prépare avec les équipes et, ensuite, nous prendrons le meilleur pour gagner.

Souhaitez-vous conduire la liste aux prochaines élections régionales ?

C’est trop tôt pour en parler. Ce que je dis, c’est que je ne suis pas là pour assurer l’intérim. Je travaille, je me prépare avec les équipes et, ensuite, nous prendrons le meilleur pour gagner.

Nous ne sommes pas là pour participer, mais pour gagner. Pour cela, il faut être unis, avoir une méthode, une stratégie et, surtout, un bilan. Je suis là pour préparer ce bilan.

Geoffroy Roux de Bézieux vient d’être nommé à la tête du comité d’organisation des Jeux d’hiver 2030. Est-ce un bon choix ?

Oui, parce qu’il connaît le monde de l’entreprise. Je pense qu’il va stabiliser les équipes, sécuriser le partenariat privé et tenir les engagements opérationnels. Je veux aussi rappeler le rôle de Renaud Muselier dans l’obtention de ces Jeux. En revanche, je m’interroge sur le choix de Nice de ne pas adhérer à l’aventure olympique.

Vous y voyez une décision politique ?

Je pense que c’est un choix politique. C’est dramatique pour le monde économique de la région et pour le BTP dans les Alpes-Maritimes. La perte est considérable, dans une période déjà difficile. J’ai rencontré des acteurs économiques à Nice et à Marseille, ils sont marqués par cette décision. On ne peut pas laisser passer une telle opportunité pour le territoire et les entreprises. Nos amis lyonnais vont en bénéficier.

Les Jeux ont aussi permis de faire avancer un grand nombre de projets dans la région qui n’auraient pas pu être financés sans cette échéance.

Où en sont les grands projets de transport liés aux Jeux d’hiver ?

Sur la ligne nouvelle (LNCPA, Ndlr), des financements ont été sanctuarisés et les collectivités ont adhéré. Nous réfléchissons à la deuxième phase, avec la traversée souterraine de la gare Saint-Charles. Rien n’est arrêté sur ce point. Il faut revoir les études, car les coûts de cette traversée ont été mal estimés et seront largement supérieurs. Cela ne pourra pas se faire sans l’aide de l’État. Si l’État n’apporte pas les financements, les autres collectivités ne pourront pas le faire seules.

La ligne Marseille-Briançon et le fort des Têtes doivent être livrés dans les temps. J’ai fait le point avec le délégué interministériel aux Jeux olympiques, pour le moment, nous sommes dans le calendrier. Il faut travailler et ne plus perdre de temps.

Et puis, Renaud Muselier reste dans l’hémicycle et continuera de mettre son énergie dans ce dossier. Il aura marqué ce mandat par les Jeux olympiques, mais aussi par l’ouverture de la Région sur l’Europe et la Méditerranée. Ma méthode est davantage tournée vers le terrain. Dans les circonstances actuelles, nous avons besoin de nous recentrer, avec les maires, sur une action plus locale.

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