Avec plus de 500 commerces impactés, Marseille paie un lourd tribut suite aux violences du 17 octobre. Alors que les fêtes de fin d’année approchent, les acteurs économiques appellent à la solidarité pour éviter que la situation ne soit fatale à beaucoup d’établissements.

« 40% du chiffre d’affaires annuel des commerces de proximité est réalisé en novembre et décembre, c’est une période stratégique à l’approche des fêtes ». Au cours du point presse organisé ce mardi aux côtés des présidents des chambres de commerce de Paris, Lyon et Marseille, Alain Di Crescenzo, président de CCI France, s’est montré particulièrement inquiet du contexte actuel, marqué par les manifestations et les violences.

« Il reste seulement huit week-ends avant la fin d’année. Chaque week-end où nos commerçants ne pourront pas travailler, on estime que ça représentera environ 1,5 milliard de pertes. On avait déjà subi les Gilets Jaunes, le Covid, la crise ukrainienne, les émeutes de l’été 2023 et la canicule cet été mais là, si les choses ne s’améliorent pas, ce sera le coup de grâce », prévient-il.

Un premier bilan national des commerces impactés par les actes de vandalismes et de pillages fait état de 2488 commerces et entreprises touchés à la suite des manifestations du 17 octobre, auxquels s’ajoutent 50 commerces supplémentaires également visés le 24 octobre.

Parmi les établissements victimes des violences lors du premier week-end, 1 161 ont subi de fortes dégradations et 993 des dégradations plus légères. 643 commerces étaient encore fermés à la date du bilan. Selon une estimation de l’IFRAP, le coût des dégâts pour les commerçants dépasserait un milliard d’euros.

Marseille, la ville la plus impactée

Marseille n’a pas été épargnée. Elle est même « la ville la plus impactée, comme durant les émeutes de 2023 », selon Jean-Luc Chauvin, président de la CCI Aix-Marseille-Provence. Alors que 480 commerces vandalisés ont été recensés en Île-de-France, dans la cité phocéenne, ce sont plus de 500 commerces qui ont été touchés, dont 225 fortement dégradés et 70 encore fermés.

« On a mis en place une cellule avec une trentaine de collaborateurs sur le terrain », poursuit l’élu marseillais qui salue l’élan de solidarité qui a suivi les émeutes. Un fonds d’urgence de 12 millions d’euros s’est constitué pour permettre aux commerçants, artisans et restaurateurs sinistrés de solliciter une aide forfaitaire de 10 000 euros pour couvrir les premières dépenses indispensables à une reprise d’activité.

Le fonds est abondé par la Région (5 millions), le Département (5 millions), la Métropole (1 million) et la CMA CGM (1 million). L’armateur s’est aussi engagé à mettre gracieusement ses solutions logistiques à la disposition des commerçants, afin de les aider à reconstituer leurs stocks avant Noël.

Jean-Luc Chauvin a néanmoins souligné la difficulté que les commerçants risquent de rencontrer pour se faire indemniser : « Les assureurs vont baser leur remboursement sur la moyenne des stocks lissée sur l’année. Or beaucoup d’entre eux avaient déjà fait rentrer leur stock pour les fêtes et étaient au maximum ! ».

commerces, 500 commerces vandalisés à Marseille : l’appel à la solidarité pour éviter « le coup de grâce », Made in Marseille
Les commerces fermés de la rue Saint-Ferréol à Marseille

La CCI France espère « une pause dans les manifestations »

D’autres mesures sont annoncées pour soutenir les commerçants. La CCI France a par exemple obtenu auprès du gouvernement la possibilité de recourir au chômage partiel pour les établissements sinistrés, ainsi que la mise en place d’un moratoire sur les charges sociales et fiscales. Des prêts de 50 000 euros sans intérêts sont également proposés par la BPI.

Un moratoire sur le paiement de la TVA fait également partie des mesures demandées « mais on n’a pas de garantie », indique Alain Di Crescenzo. Le président de CCI France se dit « assez stressé pour le week-end prochain qui s’annonce très dangereux ». Il recommande « la plus grande prudence aux commerçants ».

S’il appelle à ce que les mouvements sociaux ne passent plus par les centre commerçants « car il y a un risque », il espère surtout « une pause dans les manifestations, car même si on les détourne, ça décourage les gens de venir consommer ». Il note au passage que la baisse de fréquentation actuelle, estimée à 80% dans certains centres-villes, impacte aussi les établissements qui ne sont pas sinistrés.

Il appelle les Français à être solidaire de leurs commerces locaux cette fin d’année en faisant « une pause sur le commerce en ligne ». De son côté, Jean-Luc Chauvin insiste sur la nécessité de rembourser les commerçants marseillais dans leur intégralité. « Sinon, ça risque d’être fatal pour beaucoup d’entre eux », prévient-il.

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