Une fois par mois, l’association Cantina installe sa cuisine mobile en centre-ville pour des ateliers gratuits ouverts aux familles. Autour de sa remorque jaune, les légumes récupérés deviennent des recettes à partager, dans un espace public parfois marqué par le trafic de drogue.

« Je sens quelque chose de très, très bon par ici, vous préparez quoi ? ». Attirée par les effluves, une fillette d’une dizaine d’années s’approche de la remorque jaune. Sur le plan de travail, carottes, courgettes, cébettes et choux attendent d’être épluchés, râpés puis cuits. Tous ont été récupérés au Marché d’intérêt national des Arnavaux (MIN).

Mercredi dernier, une dizaine d’enfants du voisinage ont préparé des crêpes de légumes avec Cantina, une association marseillaise de lutte contre le gaspillage alimentaire.

La scène tranche avec l’image habituellement associée à cette place du centre-ville de Marseille, à Belsunce. Réputé pour le deal et l’insécurité, le square Louise-Michel accueillait cet après-midi-là des associations venues proposer des activités gratuites. Un événement piloté par la Régie des quartiers Noailles-Belsunce, qui entend réinvestir l’endroit en y ramenant des activités et des habitants.

Cantina, Avec sa cuisine de rue, Cantina initie les enfants marseillais aux recettes anti-gaspi, Made in Marseille

Une cuisine anti-gaspi sur deux roues

Tractée par un vélo électrique, la cuisine de Cantina sillonne Marseille depuis environ deux ans, au gré des événements organisés dans l’espace public. Sur la remorque, chaque chose a sa place : une grande plaque de cuisson au gaz sur le côté, un robinet au centre et des rangements pour les ustensiles en-dessous.

Salomé Delmotte, responsable des animations de l’association, a choisi de préparer des yachaejeon, « une recette de crêpes coréennes assez simple, qui ne nécessite ni lait, ni œufs », explique-t-elle. Elle se prête bien à un atelier où les enfants vont et viennent : « Elle permet aussi de répartir les tâches facilement. Si un petit s’arrête, ça ne met pas en péril la préparation ».

Les parents peuvent eux aussi participer, montrer un geste ou accompagner les premiers essais. Pour certains, l’atelier donne des idées à emporter à la maison. « Certaines mamans prennent la recette en photo pour la refaire, parce qu’elles voient leurs enfants enthousiastes », raconte Salomé Delmotte.

La cuisine mobile a déjà participé à une vingtaine de manifestations publiques. Elle reviendra au square Louise-Michel le 4 novembre pour le prochain rendez-vous.

Un local à la Joliette

En parallèle de ces ateliers itinérants, Cantina prend ses marques dans un local rue de la Joliette. L’association y dispose depuis septembre d’une cuisine, d’une chambre froide et de bureaux. Un premier atelier s’y est tenu à la fin du mois.

Ce lieu ouvre une nouvelle étape pour la structure, qui envisageait dès 2021 de créer un tiers-lieu culinaire et zéro déchet, réunissant cantine végétarienne, café solidaire, épicerie et ateliers. Le projet devait être porté avec le Plan de A à Z, finalement installé sur la Canebière sans Cantina. Les deux structures ont depuis poursuivi leurs activités séparément.

Pour l’heure, l’association accueille rue de la Joliette des groupes orientés par ses partenaires. « Mais on cherche encore un peu notre modèle », reconnaît Salomé Delmotte, qui souhaite également faire connaître cette nouvelle adresse aux habitants du 2e arrondissement.

Six tonnes de fruits et légumes redistribuées chaque mois

Les locaux sont partagés avec plusieurs associations, dont les Coursiers Solidaires à Vélo, qui assurent la livraison des denrées récupérées par Cantina auprès, notamment, des grossistes du MIN et de producteurs.

Chaque mois, environ six tonnes de fruits et légumes sont ainsi redistribuées à des associations. Parmi elles, La Bonne Adresse, qui, comme les autres structures bénéficiaires, les cuisine ou les remet aux personnes qu’elle accompagne.

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