Le ministre de l’Intérieur se rend à Marseille ce lundi 19 octobre, après un week-end marqué par les violences et les pillages qui ont frappé le centre-ville. Il doit rencontrer les commerçants touchés, les représentants économiques, le maire et les forces de l’ordre, alors que les demandes d’aide et d’explications se multiplient.
Des vitrines brisées, des magasins pillés et des commerçants qui évaluent encore leurs pertes. Au coeur de Marseille, 80% d’entre eux auraient été dévalisés selon l’association des commerçants du centre-ville.
C’est dans une ville éprouvée par les violences de samedi que Laurent Nuñez est attendu ce lundi, en début d’après-midi.
Selon le programme annoncé, le ministre de l’Intérieur doit se rendre auprès des commerces sinistrés, participer à une réunion à la Chambre de commerce et d’industrie, puis rencontrer les responsables municipaux à l’Hôtel de Ville. Un échange avec les forces de sécurité intérieure mobilisées est également prévu.
Ce déplacement intervient alors que deux urgences occupent les élus et les acteurs économiques : accompagner les habitants et commerçants sinistrés et comprendre pourquoi le dispositif de maintien de l’ordre n’a pas permis d’empêcher les pillages.
Les commerçants attendent des aides
Dimanche, Benoît Payan s’est rendu auprès des commerçants du centre-ville. « Je n’ai pas les mots pour décrire ce que jamais je n’aurais imaginé vivre dans cette ville », a déclaré le maire de Marseille, dénonçant des casseurs et des pilleurs agissant « sans aucune revendication ».
Il réclame à l’État un plan d’urgence et la réunion de la Région, du Département et de la Métropole pour mettre en place un dispositif exceptionnel d’indemnisation, destiné aux commerçants comme aux habitants touchés.
Les représentants économiques ont eux aussi fait part de leur inquiétude pour l’avenir des établissements dévastés. Jean-Luc Chauvin, président de la CCI Aix-Marseille-Provence, redoute que certains ne puissent pas rouvrir. La réunion avec le ministre doit se tenir dans ce contexte, alors que l’ampleur des pertes reste à préciser.
Le maintien de l’ordre au cœur des questions
Au-delà des aides, Benoît Payan demande des explications sur les moyens engagés par l’État. « Mon propos n’est pas d’incriminer la police nationale, elle fait ce qu’on lui demande. Je veux savoir quels ordres ont été donnés », a-t-il insisté dimanche, jugeant le dispositif insuffisant.
Selon le bilan communiqué par la préfecture de police dimanche en fin d’après-midi, 434 policiers nationaux locaux et 240 CRS ont été engagés entre samedi à 7 heures et dimanche à 1 heure. Des renforts de gendarmerie sont intervenus, avec deux blindés Centaure et 12 gendarmes mobiles dès 13h30, puis 77 gendarmes mobiles et 75 membres des pelotons de surveillance et d’intervention de la gendarmerie à partir de 20 heures.
La préfecture fait état de 118 membres des forces de l’ordre blessés, dont trois hospitalisés, et de 99 gardes à vue directement liées aux émeutes. Elle indique également que 4 000 grenades lacrymogènes ont été utilisées.
L’Hôtel de Ville, dont les portes ont été forcées, et le poste de police municipale de la Canebière ont également été visés. Policiers et marins-pompiers ont été pris à partie dans les rues.
Macron réclame des « réponses claires »
Dimanche soir, Emmanuel Macron a appelé à une réponse judiciaire ferme après les violences survenues dans plusieurs villes de France. « Ceux qui ont détruit doivent payer. Ceux qui ont pillé doivent rembourser », a déclaré le chef de l’État lors de son allocution.
Tout en soutenant les forces de l’ordre, il a demandé au ministère de l’Intérieur de tirer les leçons des événements en matière de renseignement et d’anticipation. « J’attends des réponses claires », a-t-il affirmé.
Le président a également annoncé des échanges dès cette semaine entre le gouvernement, les représentants de la jeunesse, les enseignants, les partenaires sociaux et les élus, pour aboutir à des propositions concrètes. De son côté, Sébastien Lecornu doit recevoir les maires de Paris, Lyon et Marseille, cette semaine.
À Marseille, de nouveaux rassemblements et des incidents ont encore eu lieu dimanche en début de soirée dans le secteur de la Joliette, près des Terrasses du Port, exceptionnellement fermées, et des Docks. Les forces de l’ordre ont empêché des intrusions, mais des dégradations ont été signalées.