Ce dimanche 18 octobre, au lendemain des violences urbaines qui ont frappé la ville, des centaines de commerçants du centre-ville de Marseille doivent évaluer leurs pertes et sécuriser leurs locaux. Face à leurs inquiétudes, les élus réclament des aides rapides et des explications à l’État sur sa gestion de la situation. Le ministre de l’Intérieur est attendu demain à Marseille.
Dans les commerces du centre-ville, ce dimanche est consacré aux premières réparations. Il faut ramasser les débris, fermer les vitrines éventrées avec des panneaux de bois et compter les marchandises volées. Après les pillages survenus samedi 17 octobre, les professionnels tentent de savoir quand, et dans quelles conditions, ils pourront reprendre leur activité.
Selon les éléments transmis par la préfecture de police, les violences ont mobilisé, « au plus fort des événements, 8 000 émeutiers et plus de 30 000 de pilleurs ».
Entre samedi 7 heures et dimanche 1 heure du matin, 434 policiers nationaux locaux et 240 CRS ont été engagés. Des renforts de gendarmerie ont également été déployés : deux blindés Centaure avec 12 gendarmes mobiles dès 13 h 30, puis 77 gendarmes mobiles et 75 membres des pelotons de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (PSIG) à partir de 20 heures.
La préfecture fait état de 118 membres des forces de l’ordre blessés, dont trois ont dû être hospitalisés, et de 99 gardes à vue directement liées aux émeutes. Au total, 4 000 grenades lacrymogènes ont été utilisées.
Les violences ont également visé l’Hôtel de Ville, dont les portes ont été forcées, et le poste de police municipale de la Canebière. Dans les rues, policiers et marins-pompiers ont été pris à partie.

Benoît Payan réclame un plan d’urgence
Venu à la rencontre des commerçants dimanche matin, Benoît Payan a exprimé sa colère devant les dégâts. « Je n’ai pas les mots pour décrire ce que jamais je n’aurais imaginé vivre dans cette ville », a déclaré le maire devant la presse.
Il dénonce des casseurs et des pilleurs agissant « sans aucune revendication », au détriment de ceux qui étaient venus manifester. Mais il demande aussi des comptes au gouvernement sur les moyens engagés pour protéger Marseille.
« Mon propos n’est pas d’incriminer la police nationale, elle fait ce qu’on lui demande. Je veux savoir quels ordres ont été donnés », insiste le maire de Marseille. Selon lui, le dispositif de maintien de l’ordre était insuffisant pour empêcher les violences et les pillages.
Benoît Payan a demandé à être reçu par Emmanuel Macron. Il doit également rencontrer le Premier ministre avec les maires de Paris et de Lyon, à une date restant à déterminer. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, est pour sa part attendu à Marseille.
Pour les sinistrés, le maire réclame une réponse immédiate. Il demande à l’État de déclencher un plan d’urgence et de réunir la Région, le Département et la Métropole afin de créer un dispositif exceptionnel d’indemnisation, destiné aux commerçants comme aux habitants touchés.
Pillages des commerces du centre-ville de #Marseille : Urgence Commerces réactivé
Ce #17octobre, des pillages ont visé de nombreux commerces du centre-ville de Marseille, en marge des manifestations. En quelques minutes, des années de travail et d’investissement ont été détruites. La CCI métropolitaine Aix-Marseille-Provence dénonce une situation inacceptable, qui rappelle les violences urbaines de 2023.
Après les crises successives (Covid, Gilets jaunes, manifestations à répétition), nos commerçants sont une nouvelle fois touchés, alors que le centre-ville était déjà fragilisé. La CCIAMP alerte aussi sur l’impact durable de ce climat d’insécurité sur la fréquentation des commerces.
Pour les accompagner, la CCIAMP :
– participe à la cellule de crise de la Préfecture, avec son Vice-Président commerce Bernard Marty ;
– Informe et reste en contact direct avec les commerçants via un groupe WhatsApp ;
– réactive la cellule « Urgence commerces »📱04 91 39 34 79
🔴 urgence-entreprise@cciamp.com;– se rendra dès lundi sur le terrain pour dresser un premier bilan et aider à la mise en sécurité, aux dépôts de plainte et aux démarches auprès des assureurs et des banques.
La CCIAMP appelle l’État et les collectivités à mettre en œuvre tous les moyens nécessaires pour prévenir de nouveaux pillages et garantir la sécurité des commerces, de leurs salariés et de leurs clients.
Jean luc Chauvin, Président de la CCI métropolitaine Aix-Marseille-Provence : « La protection de nos commerçants et de leur outil de travail est notre priorité absolue. »
— CCIAixMarseilleProvence (@CCI_AMP) October 17, 2026
La Région annonce une aide aux professionnels sinistrés
François de Canson s’est également rendu dans le centre-ville dimanche matin, aux côtés du préfet de région et de représentants du monde économique. Le nouveau président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur annonce la réactivation du fonds « solidarité commerces pillés », créé après les émeutes de 2023.
Cette aide d’urgence doit s’adresser aux commerçants, artisans et restaurateurs sinistrés des six départements de la région, car de nombreux commerces ont aussi été dégradés et pillés à Nice et à Toulon.
« Derrière chaque commerce saccagé, il y a des femmes et des hommes qui ont parfois tout perdu », souligne François de Canson. Il appelle l’ensemble des acteurs publics, jusqu’à l’État, à participer au financement du fonds pour augmenter les aides versées.
Le président de Région demande également à l’État de prendre des mesures pour éviter de nouvelles violences, notamment à l’approche de la mobilisation annoncée le 5 novembre.
L’inquiétude pour les salariés et les fêtes de fin d’année
Au-delà des réparations, les pillages fragilisent la poursuite de l’activité. Certains commerçants craignent de ne pas pouvoir reconstituer leurs stocks avant Noël, rapporte Martine Vassal. D’autres s’interrogent sur leur avenir à Marseille.
La présidente du Département des Bouches-du-Rhône alerte aussi sur les conséquences pour les salariés. Selon la durée des fermetures et la situation des entreprises, elle redoute du chômage partiel, voire des licenciements.

« Nous ne pouvons pas laisser les violences d’aujourd’hui provoquer les fermetures et les licenciements de demain », déclare-t-elle. Elle réclame un fonds exceptionnel assorti de procédures simplifiées, d’aides rapides et de mesures pour préserver les emplois.
Le Département se dit prêt à participer financièrement aux dispositifs d’urgence, dans le cadre de ses compétences. « Aujourd’hui, l’urgence est triple : déblayer, sécuriser et aider les commerçants à reprendre leur activité », résume Martine Vassal.
Où trouver de l’aide ?
La Ville a installé un point d’information à l’angle de la rue Saint-Ferréol et de la Canebière pour orienter les sinistrés. Un numéro vert a également été mis en service pour les commerçants : le 0 800 73 08 50.
La Ville de Marseille est mobilisée auprès des commerçants touchés par les violences et les dégradations survenues ce samedi.
Un accueil est ouvert aujourd’hui jusqu’à 18 h, à l’angle de la Canebière et de la rue Saint-Ferréol.
Vous pouvez également contacter le 0 800 73 08 50. https://t.co/gKjcZaQRKP
— Ville de Marseille (@marseille) October 18, 2026
Le Tribunal des activités économiques de Marseille se mobilise également pour les commerçants, artisans et entreprises dont l’activité a été affectée ou interrompue par les violences. Les professionnels confrontés à des dégradations ou à des difficultés économiques et financières peuvent contacter son service de prévention (prevention@greffe-tae-marseille.fr). Ils pourront bénéficier d’un entretien confidentiel avec un juge consulaire pour examiner leur situation, connaître les dispositifs existants et être orientés vers des solutions adaptées.
Le ministre du Commerce, Serge Papin, assure de son côté que les services de Bercy sont mobilisés pour les accompagner. Les modalités des aides financières annoncées restent désormais à préciser.