Partager un déjeuner avec des personnes que l’on ne connaît pas, pour rapprocher les générations et rompre l’isolement des aînés. C’est le principe du « Déj’Aînés », dont la première édition a réuni des centaines de Marseillais début octobre.
Un repas peut-il suffire à faire connaissance avec des voisins que l’on n’aurait jamais abordés ? C’est le pari du « Déj’Aînés », organisé par La Fabrique du Nous, en coopération avec AG2R La Mondiale et Malakoff Humanis. À l’occasion de la Journée internationale des personnes âgées, cette première édition proposait à des seniors, parfois isolés, et à des personnes plus jeunes de s’installer à la même table pour déjeuner et échanger.
Une vingtaine d’adresses marseillaises ont participé à l’initiative : restaurants, écoles, Ehpad, entreprises, associations et tiers-lieux. Selon les organisateurs, environ 850 personnes étaient inscrites. Parmi les lieux d’accueil, le Répit Notre-Dame, niché au pied de la Bonne-Mère, a réuni quatre grandes tablées. Sous un ciel menaçant, impossible de s’installer sur la terrasse pour profiter de la vue sur Marseille. Les échanges se nouent donc à l’intérieur.
« J’ai travaillé ce matin au Répit Notre-Dame. Là, j’en profite pour déjeuner avec vous, parce que j’aime bien le monde ». Aux côtés de Camille, serveur dans le restaurant, cinq autres personnes ont pris place dans une salle annexe. Les voix se mêlent aux cliquetis des fourchettes. Au fil du repas, chacun raconte un bout de sa vie.
Des souvenirs le temps d’un repas
« Moi, quand j’étais jeune, je rêvais d’avoir un jardin… », se souvient une inscrite. À quelques places de là, une jeune fille évoque : « la SNCF, c’est ma vie, je passe mon temps dans les gares ». « C’est une chance, tu sais ? », lui répond une autre. « Je devrais y vivre… limite j’y installe une tente », poursuit la première en riant.
Les conversations passent d’un sujet à l’autre. Une soeur religieuse âgée converse avec une jeune musulmane. Audrey, retraitée, échange son plat avec Abdel. « On ne se connaissait pas avant », confie le jeune homme. La septuagénaire ne supporte pas bien les poivrons, quand lui n’aime pas la mozzarella. « Donc il va les digérer pour moi. On a fait un échange », se réjouit-elle.
Les participants se découvrent des passions ou des expériences communes, malgré leurs différences d’âge ou de quartier. « Le partage crée des étincelles, des pépites, des paillettes qu’on peut mettre dans nos vies, en se retrouvant autour de la table comme ça », remarque Daphné Charveriat, bénévole de La Fabrique du Nous. « Pouvoir ensuite s’entraider entre personnes de son voisinage, c’est tellement important ».
Pour elle, cette journée est une réussite : « l’objectif était de créer des conditions de rencontre entre personnes seniors, parfois isolées, et celles un peu plus jeunes », explique-t-elle. « Ce sont souvent des voisins qui n’imagineraient pas se parler sans cet événement ».
Faire durer les rencontres au-delà du déjeuner
Le Répit Notre-Dame apporte une dimension particulière à cette rencontre. Le lieu emploie en effet des personnes en situation de handicap et héberge des personnes en situation de précarité. « Tout le monde est le bienvenu pour partager un bon banquet », résume Daphné Charveriat.
Pour que l’initiative ne reste pas sans lendemain, la bénévole lance « un grand appel à qui veut reprendre l’idée ». « Pourquoi on ne ferait pas ça une fois par mois ? Se dire « le premier lundi, je vais manger avec un inconnu » », propose-t-elle. Un concept que La Fabrique du Nous avait expérimenté avec deux premières éditions d’un « Déjeuner en terre inconnue ».


