Depuis deux ans, Filae transforme les vieux filets de pêche en support de végétalisation. L’entreprise marseillaise s’est installée dans un nouveau local sur le port de Saumaty, qui sera inauguré le 9 octobre.

« Patrick, comment ça va ? T’as du filet pour moi ? ». Ce mercredi matin, Raphaëlle traverse le quai du port de Saumaty pour rejoindre le pêcheur devant son entrepôt. Après examen de la maille déroulée, pas de gros trous détectés. « Il est parfait », diagnostique-t-elle en récupérant le filet.

Depuis deux ans, les deux partenaires se retrouvent régulièrement sur ces quais près de l’Estaque. « C’était vraiment important d’être ici, au port de pêche professionnel de Marseille », explique Raphaëlle. Le site accueille encore des senneurs et thoniers, dont les filets présentent la résistance idéale pour faire grimper des plantes et végétaliser les façades d’immeubles.

filae, À Marseille, Filae recycle les vieux filets de pêche en support pour végétaliser les façades, Made in Marseille
Raphaëlle devant un démonstrateur de sa solution : un filet pour faire grimper une passiflore sur une façade.

Des filets en polyamide plutôt que des câbles métalliques

En effet, Raphaëlle Guenard, écologue spécialisée dans la renaturation urbaine, travaille depuis une dizaine d’années dans le paysage. Elle a fondé Filae en 2024, constatant que les plantes grimpantes étaient souvent installées sur des câbles métalliques. Trop espacées, ceux-ci entravent leur développement et chauffent au soleil, au point de parfois tuer les végétaux.

« Alors pourquoi ne pas utiliser des filets de pêche vétustes ? » pose-t-elle. Ils offrent une grande surface d’accroche avec moins de points de fixation muraux. Une fois couvertes de végétation, les façades jouent le rôle de « bouclier thermique ». Selon Raphaëlle, elles peuvent afficher jusqu’à 13 °C d’écart, avec une partie nue, toutes deux exposées au sud.

Le gisement est local. Entre deux et six tonnes de filets sont mis au rebut chaque année, en raison des accidents de pêche comme du renouvellement de matériel. « Au départ, on envoyait le matériel dans des pays africains pour lui donner une deuxième vie », raconte Patrick Fernandez. Mais certains filets finissaient ensuite « sur les plages ou dans les rivières ». Désormais, c’est donc Filae qui les réemploie.

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Les bâches protègent le tas de filets de pêche des UV.

De la pêche à la passiflore

De retour dans son atelier, Raphaëlle étale le filet récupéré sur le quai bétonné. Il peut mesurer plusieurs centaines de mètres. Première étape : observer son état et sélectionner les parties encore utilisables.

Les filets arrivent avec une maille en losange, propre à la pêche. Pour ses installations, Filae les recoud en maille carrée, plus adaptée aux bâtiments. Couteau en main, Raphaëlle repère et découpe la forme souhaitée. Si besoin, elle répare les parties trop abîmées selon les techniques de ramendage.

Les chutes ne sont pas perdues pour autant. Confiées à des designers marseillais, comme La Fabrique Coralienne, elles deviennent éléments de décoration, sacs ou mobilier. À l’entrée de l’atelier de Filae, une pergola munie de ces rebuts sert d’espace ombragé aux pêcheurs du port.

De l’autre côté de l’entrée, une passiflore aux fleurs violettes grimpe sur un filet. Ce prototype d’exposition est un petit modèle pensé pour les jardineries et pépinières. Inspiré du fonctionnement d’une voile de bateau, la structure descend à l’aide d’une corde, facilitant l’entretien du support végétalisé.

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À gauche, la pergola et les transats réalisés avec La Fabrique Coralienne, à droite, le prototype développé avec Javoy, sa pépinière partenaire.

Se faire connaître à Marseille pour végétaliser la ville

Mais l’entreprise a vocation à « habiller » de végétaux les grands bâtiments. Elle a déjà conçu une façade entière pour un supermarché en Ardèche, avec 570 m2 de surface couverte par 285 kilos de filets réemployés.

Aujourd’hui, Filae espère conquérir les façades de Marseille et du territoire avec sa solution. Raphaëlle souhaite notamment faire connaître davantage le projet auprès des collectivités locales, et l’inauguration officielle du 9 octobre doit y contribuer.

Elle mise aussi sur évènements collaboratifs et de sensibilisation. Comme avec la skippeuse Capitaine Corail et les services d’excursion Bateau Marseille Calanques, un catamaran équipé de panneaux photovoltaïques. En 2027, il emmènera des groupes d’entreprises vers des points de collecte de filets, avant de les rapporter au port de Saumaty dans l’atelier de Filae.

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