La giga-usine de panneaux photovoltaïques ne verra pas le jour à Fos-sur-Mer. Le groupe Carbon annonce l’abandon du projet, et pointe les incertitudes européennes dans le développement d’une filière industrielle consacrée aux énergies renouvelables.
C’était un des projets phares de la grande révolution annoncée pour la décarbonation du bassin industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer. En 2023, les pouvoir publics et acteurs privés annonçaient en grande pompe la création de Carbon, une giga-usine de panneaux photovoltaïques, à coup de chiffres détonants : 1,7 milliard d’euros d’investissement, 47 hectares, 3000 emplois directs, 9000 emplois indirects, fonctionnement 100% électrique, l’évitement de 40 millions de tonnes équivalent CO2 d’émissions sur dix ans….
Il s’agissait, au-delà des enjeux de décarbonation, d’un enjeu de souveraineté industrielle et énergétique. Car la France, comme l’Europe et le monde, dépend aujourd’hui largement de la Chine pour développer les énergies renouvelables. La puissance asiatique contrôlerait 60 à 85% de la production de panneaux solaires, pompes à chaleur, éoliennes, batteries et électrolyseurs à hydrogène, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
Et si Carbon assure avoir voulu « contribuer à l’émergence d’une filière photovoltaïque européenne durable, souveraine et compétitive », le groupe lyonnais a annoncé par communiqué ce mardi 19 mai avoir « pris la décision de mettre un terme au projet ». La société confirme ainsi les craintes évoquées par de nombreux acteurs politiques et industriels ces derniers mois.
Un abandon sous forme de pamphlet contre la stratégie européenne
Il s’agissait d’un projet complexe : créer à partir de zéro une nouvelle filière industrielle. Pour cela, il avait reçu l’appui important de l’État avec France 2030 et des collectivités territoriales (Région Provence-Alpes-Côte d’Azur et Métropole Aix-Marseille-Provence).
Le groupe Carbon pointe un contexte européen défavorable pour justifier sa décision d’abandonner le projet. « Malgré l’affirmation, dès 2023, d’une volonté politique de l’Union européenne et de ses États membres de réindustrialiser et de relocaliser la chaîne de valeur photovoltaïque, la concrétisation de ces ambitions progresse très lentement. L’objectif du NZIA (Net Zero Industry Act), adopté en juin 2024, s’est limité à diversifier les chaines d’approvisionnement sans créer de préférence pour une production européenne ».
La société cible particulièrement l’Industry Acceleration Act (IAA) pris en mars 2026 qui « élargit le périmètre du ‘Made in Europe’ à l’ensemble des pays disposant d’un accord de libre-échange avec l’UE – incluant potentiellement la Turquie, le Vietnam ou encore l’Inde – et repousse l’introduction d’une préférence européenne à 2030 ». Pour Carbon, cet acte illustre un coup de frein dans « la création d’un marché photovoltaïque strictement européen ».
De quoi insécuriser le modèle financier de l’industriel. « Le manque de visibilité sur le marché potentiel et les incertitudes quant à l’alignement de l’engagement européen et français ne permettent pas de réunir, dans des délais compatibles, les conditions nécessaires à la sécurisation des financements indispensables » à sa poursuite du projet.
Le sentier balisé pour de futurs projets ?
Dans son communiqué, Carbon tente toutefois d’ajouter une note d’espoir pour le développement d’une filière industrielle de décarbonation énergétique en France. Malgré l’échec du projet, le groupe estime que le travail exploratoire effectué pourrait servir des projets futurs.
« Avec un engagement fort et coordonné en faveur d’un véritable ‘made in Europe’, il est possible de faire émerger des acteurs industriels compétitifs à l’échelle mondiale. L’histoire s’arrête ici, mais nos convictions demeurent », conclut le communiqué.


