Vice-présidents de la gauche marseillaise, « Maisons de la Métropole » dans les territoires… Le nouveau président d’Aix-Marseille-Provence, Nicolas Isnard, a posé la première pierre d’une gouvernance transpartisane et décentralisée.
La Métropole Aix-Marseille-Provence vient de tourner une page de son histoire. Élu au premier tour ce mardi 7 avril, le maire de Salon-de-Provence, Nicolas Isnard (LR), met fin à dix ans de présidence par la droite marseillaise (Jean-Claude Gaudin et Martine Vassal). Et signe l’entrée de la majorité marseillaise de gauche dans la gouvernance métropolitaine.
Ils sont en effet cinq élus de la ville-centre à intégrer l’exécutif, parmi les 20 nouveaux vice-présidents élus. Le premier d’entre eux n’est autre que Pierre Huguet, adjoint de Benoît Payan. Le fidèle binôme politique du maire, Arnaud Drouot, devient 8e vice-président. Olivia Fortin, Pascaline Lecroché et Capucine Edou complètent le contingent de la municipalité marseillaise.
Avec Gaby Charroux (Martigues), Frédéric Vigouroux (Miramas) et Éric Garcin (Jouques), les huit élus de gauche représentent presque la moitié des vice-présidents, aux côtés de leurs homologues de droite, du centre ou sans étiquette. De quoi illustrer l’impulsion « transpartisane » et « de coopération » entre les maires que promeut Nicolas Isnard.
L’extrême droite écartée de la gouvernance
Excepté peut-être pour les maires d’extrême droite. Le nouveau président estime qu’on « ne peut pas participer à un exécutif qu’on a combattu » lors des municipales. Mais il promet que personne ne sera « ostracisé ou montré du doigt […] Toutes les communes, les 92, auront leur place et leur mot à dire, et seront associées à la gestion » a précisé Nicolas Isnard lors de son premier grand oral à la tête de la Métropole.
Peut-être de quoi rassurer un peu Loïc Gachon. Le maire socialiste de Vitrolles trouve « paradoxal » que sa ville ne soit pas représentée parmi les vice-présidents de cette métropole. Et de rappeler qu’il s’agit de « la troisième zone d’activité et d’emploi » du territoire, avec des enjeux forts (économie, transport) et une démographie importante.
Les élus vitrollais pourraient toutefois trouver une place parmi les 11 conseillers métropolitains délégués, qui seront désignés le 16 avril prochain. Ou à la tête des centaines d’institutions et établissements publics (Régies, bailleurs, santé, etc.) que gère l’intercommunalité.
« Ce n’est pas une réinvention, mais une réorganisation »
Mais dans l’ensemble, l’ambiance semble avoir radicalement changé dans l’hémicycle métropolitain. Car, depuis sa création en 2016, l’établissement de « coopération » a surtout été l’arène de combats politiques. D’abord entre Marseille et Aix sous la présidence de Jean-Claude Gaudin. Puis entre la droite et la gauche marseillaises, sous la présidence de Martine Vassal.
Ce que déplore Nicolas Isnard, évoquant cette métropole « mal née, dans la difficulté », et pointant ses « limites ». Il tente toutefois de dédouaner ses prédécesseurs qui « ont eu le mérite de lancer et installer » Aix-Marseille-Provence.
Avant de se projeter sur la nouvelle ère qui s’ouvre. « Ce n’est pas une réinvention, mais une réorganisation », recadre-t-il. « Les compétences de proximité vont être redéployées sur les communes qui le souhaitent. En organisant mieux la maison, nous, les élus métropolitains, allons nous concentrer sur ces grands projets et grandes ambitions qui attendent Aix-Marseille-Provence. Le premier problème étant les transports ». Il souhaite déléguer ce sujet au vice-président de Miramas, Frédéric Vigouroux (divers gauche).
Les Marseillais, pour qui cette question est aussi primordiale, pourraient y prendre part en assurant la présidence de la Régie des transports métropolitains (RTM). Reste à révéler le nom de l’élu à qui reviendra ce gros dossier. Dans les couloirs, certains évoquent Marie Batoux, ancienne adjointe à la mobilité, ou encore la maire adjointe Samia Ghali, mais le scénario reste très ouvert.
Créer des « Maisons de la Métropole » pour organiser les territoires
Hors Marseille, Nicolas Isnard imagine déjà les outils de cette « réorganisation » parfois décrite comme une « décentralisation ». Pour lui, il faut repenser les territoires, disparus avec la loi 3DS, en « bassins de vie cohérents, certains préoccupés par l’agriculture, d’autres par l’industrie, d’autres par le littoral. Ils méritent chacun une politique de proximité différente. On ne ramasse pas les poubelles de la même manière à Marseille que dans une petite commune rurale ».
Concrètement, cette stratégie de proximité passera par « la création de Maisons de la Métropole » ou « des territoires ». Elles auront deux vocations. La première : offrir aux citoyens excentrés un interlocuteur sur les questions métropolitaines. Par exemple les déchets : « dès qu’il y a un soucis de poubelle, on vient engueuler le maire qui n’a pas cette compétence. Là, ils trouveront un interlocuteur ».
Mais ces maisons doivent aussi permettre aux élus d’un même bassin de vie de se réunir, s’organiser et discuter de projets communs. « 10 ou 15 communes liées peuvent s’y rencontrer et organiser laquelle doit accueillir un stade, laquelle une déchetterie, etc. C’est un lieu de vie démocratique pour fluidifier le fonctionnement métropolitain », résume Nicolas Isnard. Alors que l’institution dispose de bâtiments vacants sur tout le territoire, il souhaite créer rapidement les premières « Maisons de la Métropole ».