Reprise il y a 35 ans par Raphaël et Sandrine, la distillerie A. Blachère à Châteauneuf-du-Pape produit aujourd’hui un million de PAC Citron chaque année. Un succès qui revient pourtant de loin.
Alors que Châteauneuf-du-Pape est connu dans le monde entier pour son vin rouge, la famille Blachère a également mis la petite commune vauclusienne sur la carte de France avec son « PAC Citron » : un sirop artisanal « ni trop amer ni trop sucré dont la recette reste inchangée depuis 62 ans », décrit Raphaël Vannelle.
Le producteur a repris la distillerie A. Blachère, plus ancienne de Provence, fondée en 1835, avec sa femme Sandrine Blachère, 8e génération du nom, en 1993. À cette époque, l’usine produisait 60 000 bouteilles de PAC Citron, 5 000 de Fun Blue, son autre marque phare mentholée, une poignée de sirops Couleurs Provence et des digestifs, pour un chiffre d’affaires de 700 000 euros.
Mais l’entreprise déficitaire « allait disparaître ». La fougue de la jeunesse a poussé les tourtereaux de 22 ans à relancer la distillerie familiale, convaincus que le PAC citron n’y laisserait pas sa peau. « C’est la madeleine de Proust de l’enfance pour bon nombre de Provençaux, qui a créé un fort attachement à la marque », assure le patron.
La conquête de la grande distribution
Le couple a donc pris son bâton de pèlerin pour faire la tournée des bars dans tous les quartiers de Marseille, première ville de réimplantation de la marque. « Les Marseillais pensent encore aujourd’hui que le PAC Citron c’est marseillais », sourit Raphaël.
Pour sortir la tête de l’eau, le duo a surtout changé son fusil d’épaule en attaquant le marché de la grande distribution régionale. Auchan est le premier groupe à leur avoir fait confiance à Avignon. Puis de nombreuses autres enseignes ont suivi au fil des années.
Aujourd’hui, le PAC Citron a inversé la tendance. Les grandes surfaces représentent 90% des ventes, contre 10% dans les cafés et restaurants. « Ça a complètement participé à notre réussite », affirme Raphaël.
Un million de bouteilles de PAC Citron produites en 2025
Depuis la reprise, les ventes de PAC Citron ont ainsi été multipliées par 15. La distillerie produit chaque année un million de bouteilles de PAC Citron et 300 000 bouteilles de Fun Blue pour cinq millions d’euros de chiffre d’affaires.
La route a été longue, mais « le travail a payé », souffle le propriétaire. La fraîcheur du produit, consommable dans l’année, a aussi joué comme l’attrait pour l’artisanat local depuis le Covid. « Il y a eu un repli de la consommation de sodas en France à cause de leur teneur en sucre », assure Raphaël.
Bien conscients de cette image artisanale et locale forte, la Région Sud et le Département du Vaucluse ont donc poussé la distillerie à participer pour la première fois au salon de l’agriculture début 2026. « Plein de Provençaux d’origine sont venus nous voir. Ils prenaient des photos devant notre stand. On a vraiment pris conscience que le PAC était un produit très demandé », raconte Hezra, responsable de la communication.
Se développer en priorité dans la région
L’entreprise va donc intensifier sa présence dans la capitale chez les cavistes, épiceries, cafés, bars et restaurants, en écartant la grande distribution. Mais, pour ses dirigeants, la distillerie vauclusienne « doit rester une PME familiale » en consolidant d’abord ses appuis dans la région à Nice, Béziers et Valence.
« L’idée ce n’est pas de devenir une multinationale. Il y a déjà beaucoup à faire ici », témoigne Raphaël. D’autant que « le sirop ne se vend qu’en France », ajoute l’artisan. Mis à part quelques pays limitrophes en Belgique, Suisse et en Espagne.
Le patron d’une cinquantaine d’années espère surtout transmettre les rênes de l’entreprise à ses deux enfants de 16 et 17 ans d’ici une dizaine d’années. Sans changer ni la recette, ni l’étiquette vintage, ni se presser le citron.