Depuis début février, Kawaa a ouvert son grand café-restaurant avec espace de coworking au 36 rue de la République. Son ambition est double : favoriser un écosystème de l’économie sociale et solidaire, mais aussi recréer du lien avec les commerçants et habitants.
Sa devanture ocre est encore discrète au 36 rue de la République. Pourtant, Kawaa fourmille à l’intérieur. Ce nouvel espace de coworking de 1 000 m2, ancien Bazar et archives de La Poste, accueille déjà une centaine de travailleurs de l’économie sociale et solidaire (ESS) depuis début février.
Son offre de restauration, concoctée par le chef Grégoire, attire aussi jusqu’à une soixantaine de couverts avec des prix raisonnables : six euros pour les entrées et desserts et entre 13 et 15 euros pour un des deux plats à la carte, un végétarien et un carné.
Cette accessibilité est une valeur cardinale chez Kawaa, autant pour la food que pour le coworking. « Nous proposons des loyers moins chers qu’ailleurs », affirme Corinne Dardelet, directrice du lieu. La société a ainsi négocié les tarifs avec les associations.
Il faut compter 100 euros par mois pour un poste nomade, 160 euros pour un sédentaire en open-space, 220 euros pour un bureau privatif et 20 euros pour la journée avec boissons illimitées.
Recréer du lien sur la rue de la Rép’
Chaque locataire doit également s’engager à rester au minimum un an dans les locaux. « Si on veut créer un vrai écosystème de l’ESS, il faut limiter le turn-over », prévient Corinne, habituée des structures comme Kawaa, où elle a d’ailleurs travaillé plusieurs années dans la capitale.
Aujourd’hui associée au projet avec Kévin André, expert dans l’ESS, et Alexis Motte, spécialiste de l’immobilier, Corinne ne souhaite pas uniquement favoriser les liens entre les locataires. Kawaa doit aussi « recréer du lien avec les voisins » de la rue de République, sujette aux rideaux baissés et à la valse des concepts.
Kawaa a donc lancé une programmation gratuite et inclusive ouverte à chacun. « Si tu aimes la littérature, tu peux proposer une soirée lecture ou ce que tu veux. La seule condition, c’est que l’événement soit ouvert à tous et que chacun consomme une boisson », affirme Corinne, avec une pêche débordante.
Des événements pour les parents avec enfants sont également prévus le week-end. « Ils se réunissent déjà naturellement ici car il y a de l’espace pour les poussettes, assure la directrice. C’est mignon de voir des petites filles faire connaissance ». Une grande bibliothèque accueille aussi des jeux de société et des bouquins pour encourager les clients à « rester autant qu’ils veulent ».
Le 5e Kawaa en France
Le modèle économique de la structure repose donc sur deux piliers : l’activité café-restaurant et la location de bureaux en coworking. Kawaa privatise également ses espaces refaits à neuf. Récemment, le Zouz Comedy Club a réservé une partie du rez-de-chaussée pour organiser sa soirée humoristique le 6 mars. Prochainement, des ateliers peinture et écriture sont également au menu.
Kawaa a travaillé ce modèle dans la dentelle pour rentrer dans les coûts des travaux tout en correspondant à sa cible. Le chantier s’est, en effet, étalé sur près d’un an pour un budget avoisinant les 700 000 euros, récoltés grâce aux financements de particuliers et de prêts bancaires.
Ce concept a déjà fait ses preuves depuis dix ans, d’abord à Paris avec trois enseignes, puis à Lille, également ouvert début 2026. Au départ conçu comme une application pour favoriser les rencontres dans les cafés et restaurants, Kawaa a préféré ouvrir ses propres lieux pour « lutter contre l’épidémie de solitude », souligne Corinne.
Sans forcer les liens, elle présente toujours les voisins de table avec des petites phrases pour briser la glace. « La plante, l’arbre ou l’animal : dans lequel aimerais-tu être réincarné ? Et tes voisins ? », peut-on lire sur l’une des grandes tables qui attend de créer sa prochaine rencontre.