Une barge pour rejoindre la digue du Large, une plage dans l’anse du Pharo, un parc sur l’hippodrome Borély… Quels sont les projets des candidats à la mairie de Marseille concernant le littoral ?
Dans la dernière ligne droite de la campagne des municipales 2026 à Marseille, le littoral semble devenu le sujet à la mode des candidats. Certains, comme Benoît Payan, ont sorti leurs projets à grands renforts de visuels. D’autres les ont défendus sur les plateaux télé (Franck Allisio), ou encore, sur les réseaux sociaux, comme Erwan Davoux qui a passé le week-end en bateau et publié une série de vidéos.
Dans une ville côtière réputée pour, paradoxalement, « tourner le dos à la mer », l’enjeu est notable. Mais quelles sont les propositions et les visions des principaux candidats pour le rivage marseillais ? Retrouvez leurs principales propositions.
Digue du Large, pinède au Prado, Benoît Payan voit sur « 20 à 30 ans »
Sur son premier mandat, le maire sortant Benoît Payan (divers gauche) a connu quelques déconvenues concernant ses projets pour le littoral. La piscine du Mucem ou le réaménagement de la plage des Catalans n’ont finalement pas vu le jour. Pas de quoi réfréner ses ambitions qu’il revoit même à la hausse dans cette campagne : « Il faut penser à quelque chose de beaucoup plus grand […] j’ai essayé de me projeter à 20 ans et à 30 ans », nous répond-il dans sa grande interview.
Avant de dévoiler un grand plan pour le littoral à coups d’images virtuelles. Parmi les projets marquants : la réouverture de la digue du Large au public. Cette promenade sur l’eau de 7 kilomètres appartient au Grand port maritime de Marseille (GPMM), qui en interdit l’accès depuis le 11 septembre 2001 et le plan vigipirate. Benoît Payan pense convaincre l’autorité portuaire de la rouvrir aux Marseillais, et souhaite l’aménager pour offrir des espaces de baignade. Pour y accéder, il mise sur l’autorisation d’emprunter le pont du GPMM au nord, mais compte également créer une barge mobile de 120 mètres du côté du Vieux-Port pour un accès piéton (photo de Une).
Il table sur le prochain mandat pour voir de premières ouvertures au public de la digue, tout comme pour la réalisation de la piscine du Mucem pour laquelle il affirme avoir trouvé des solutions techniques. Au Nord, il entend doubler la superficie de la plage de Corbières. Et plus au sud, entre les plages du Prado et la Pointe Rouge, son plan prévoit la création d’une grande pinède.
Martine Vassal : centre de plongée au Frioul et un parc sur l’hippodrome
Son adversaire de la droite et du centre, Martine Vassal, se projette également sur le réaménagement du littoral Sud, autour de l’Escale Borély. Elle souhaite rénover ce secteur autour de l’idée de « station balnéaire », et de plages privées sécurisées. Juste derrière, elle veut récupérer les 8 hectares de l’hippodrome, dont le bail prend fin en 2029, pour créer le « Parc du XXIIe siècle » avec des « parcours sportifs et de santé, des activités de plein air et d’aventures, des ateliers, des plans d’eau », en extension du parc Borély. La municipalité actuelle a elle aussi entamé une réappropriation progressive du site.
Martine Vassal mise également sur l’archipel du Frioul. Après avoir projeté d’en faire « une station balnéaire », malgré les enjeux écologiques du site protégé et déjà surfréquenté, elle précise vouloir se concentrer sur la mise en valeur environnementale des îles, avec des parcours thématiques et la création d’une nurserie pour oursins. Mais aussi en développant « un véritable centre international de plongée. Parce qu’on a des fonds magnifiques autour du Frioul ».
Un autre projet fait également du bruit : immerger les anciennes rames du métro, qui doivent bientôt être remplacées, dans la baie de Marseille. L’objectif est d’en faire des récifs artificiels, refuges pour la biodiversité marine, afin que la faune et la flore aquatiques s’en emparent.
Plage du Pharo, quai de la Lave et camping à Borély pour Sébastien Delogu
Tout à gauche de l’échiquier politique, la liste menée par l’insoumis Sébastien Delogu porte également des mesures telles que l’ouverture de la digue du Large au public, avec un système de navettes maritimes, le principe d’une piscine en eaux libres au Mucem ou l’extension de la plage de Corbières au Nord.
C’est d’ailleurs tout le périmètre du Grand port maritime qu’il veut ouvrir davantage aux Marseillais. Le quai de la Lave (Estaque), par exemple, avec « un tiers-lieu productif », tourné vers le maritime, et ouvert au public pour créer un accès à la mer. Il souhaite aussi abandonner le projet du J1 : « hôtel de luxe et bureaux, c’est non, services publics, sport et associations pour la population, c’est oui ». Pareil pour le J4, où le GPMM veut accueillir de la croisière de luxe : « nous imaginons un espace de bateau-partage ».
Au centre-ville, le candidat de sa liste, Sébastien Barles (Vaï), soutient le projet du Collectif de la plage de l’Anse du Pharo, de créer une plage publique dans cette crique à la sortie du Vieux-Port. Une partie du site accueille des chantiers navals, et l’autre est en friche alors que la Métropole et la Soleam n’ont jamais fait aboutir leur projet de « village d’entreprises artisanales nautiques » prévu pour 2025.
Au Sud, la liste LFI-Vaï table sur la renaturation des plages du Prado jusqu’à la Pointe Rouge avec une coulée verte, et souhaite créer un grand camping municipal sur l’hippodrome Borély « pour rendre le littoral à la jeunesse ».
Franck Allisio mise sur une marina entre le Mucem et Arenc
Tout l’inverse du candidat d’extrême droite Franck Allisio (RN) ? Ce dernier entend créer un Pass « familles-minots-seniors » pour interdire certaines plages, durant certains horaires, aux jeunes « qui vont fumer des joints, écouter la musique à fond, qui vont harceler les jeunes femmes, qui vont gueuler, se battre… », explique-t-il dans notre interview.
Concernant sa vision de l’aménagement du littoral, il met en avant trois grands projets. D’abord, la rénovation en profondeur de l’Escale Borély. Pour y créer un espace de « sport et de bien-être pour tous les Marseillais ».
Plus au nord, il porte un projet de grande « marina » du Mucem jusqu’à Arenc, pour « rendre le littoral aux Marseillais sur cette partie ». Sa vision semble finalement reprendre à peu près les projets portés par le Grand port maritime. Par exemple, sur les quais du J4, accueillir « la petite croisière et la croisière de luxe », comme y travaille déjà le GPMM. « Pour que les touristes débarquent directement en centre-ville. Des consommateurs pour commerçants et artisans marseillais ».
Enfin, le candidat du Rassemblement national compte déployer un service de « navettes maritimes électriques toute l’année le long du littoral, de l’Estaque aux Goudes ».

Rouvrir le tunnel du Rove et musée de la mer au Frioul pour Erwan Davoux
Pour sa part, Erwan Davoux, candidat sans étiquette et colistier de Nora Preziosi, mise sur l’archipel du Frioul. Il souhaite par exemple créer « un musée marin » dans l’hôpital Caroline. Ou redynamiser le centre Léo Lagrange pour accueillir plus d’écoliers et leur faire découvrir les activités nautiques. Concernant la grande friche qui s’étend entre le village du Frioul et la villa Marine, il projette un « éco-village » ainsi qu’un « hôtel de luxe » dans la bâtisse abandonnée du Pavillon Hoche.
Son projet phare concernant le littoral est peut-être la rénovation du tunnel aquatique du Rove, un ouvrage de 7 kilomètres qui relie la mer à l’Estaque jusqu’à l’Étang de Berre. Fermé depuis 1963 suite à un effondrement, sa réhabilitation serait estimée à 30 millions d’euros. Pour Erwan Davoux, il y a un double enjeu à sa réouverture. D’abord écologique, pour rééquilibrer la salinité de l’étang de Berre, mais aussi « touristique, pour relier Marignane (aéroport) et Marseille en navettes maritimes ».
Concernant le centre-ville, le candidat qui se présente aussi à la mairie des 1-7 compte également créer une plage publique dans l’anse du Pharo. « Je soutiens le projet d’y créer une plage, après des études sur la qualité de l’eau, et tout en préservant les chantiers navals », nous précise-t-il.