Porté par l’explosion de l’IA, le géant américain des data centers Digital Realty déploie un plan chiffré à 5,2 milliards en France. Après MRS5 sur le port de Marseille, le groupe obtient le permis de construire son 6e centre de données en région, sur l’ancien entrepôt logistique de Decathlon à Bouc-Bel-Air.
C’est acté. Digital Realty obtient le feu vert de la Ville de Bouc-Bel-Air pour construire son data center de 26 000 m². Ce colosse sera érigé sur l’ancien entrepôt Decathlon, ZAC des Chabauds, avec sept salles de serveurs.
Baptisé « MRS6 » pour rester dans la lignée de ses grands frères de la rade nord marseillaise, l’ouvrage doit répondre aux nouvelles exigences de l’IA. Selon le groupe, les racks qui hébergent les serveurs seront huit à dix fois plus énergivores. Ils pourraient ainsi consommer entre 80 et 120 kW, contre 10 à 15 kW auparavant.
L’installation nécessitera donc une nouvelle alimentation électrique enterrée haute tension. Elle sera construite par RTE depuis le poste Realtor, implanté sur la commune de Cabriès, pour alimenter en 225 000 Volts la sous-station électrique de MRS6. Dans ce cadre, une Déclaration d’utilité publique (DUP) fera l’objet d’une participation du public par voie électronique (PPVE).
Des riverains sur leurs gardes
La forte consommation électrique et les potentielles nuisances sonores d’une telle infrastructure ont cependant soulevé les craintes de habitants lors de l’annonce du projet en 2024. L’association des riverains du sud de Bouc-Bel-Air a récolté près de 2 000 signatures dans une pétition pour s’opposer au projet.
Durant l’enquête publique ouverte entre octobre et novembre 2025, plusieurs associations environnementales, comme la FNE13 ou Le Nuage était sous nos pieds, ont également alerté contre les effets cumulés avec la déchetterie voisine ouverte en 2022, demandant que « les effets combinés soient évalués et compensés ».
Néanmoins, lors des conclusions de cette enquête en décembre dernier, le commissaire enquêteur a rendu un avis favorable. Le document a toutefois assorti quelques réserves concernant « le respect des engagements d’insertion paysagère et le traitement architectural figurant dans le dossier ».
700 millions d’euros d’investissement
Digital Realty entend désormais commencer les travaux courant 2026 pour livrer cette infrastructure début 2028. MRS6 viendra compléter MRS1, MRS2, MRS3, MRS4 et bientôt MRS5 en cours de construction qui devrait être opérationnel fin 2026.
Pour le data center de Bouc-Bel-Air, Digital Realty a annoncé des investissements à hauteur de 700 millions d’euros. Ce montant est inscrit dans un plan de 5,2 milliards d’investissements en France annoncé au sommet pour l’action IA en février 2025.
Il faut dire que l’entreprise américaine, leader des data centers en France avec un tiers des parts de marché et un quasi-monopole à Marseille, a une grande capacité de financement. Son chiffre d’affaires de 358 millions d’euros en 2025 représente une croissance de 29% par rapport à l’année précédente.
Structurer un corridor numérique méditerranéen
Pour conserver sa position de leader, le groupe annonce également six projets à Barcelone, Lisbonne, Rome, Milan, Sofia et Tel-Aviv. Ces futures infrastructures ne sont pas choisies au hasard. Elles visent à « structurer un corridor stratégique euro-méditerraneén », assure Digital Realty.
En effet, Barcelone est l’itinéraire le plus rapide entre les États-Unis et la mer Méditerranée via Bilbao. Lisbonne permet de capter la connectivité transatlantique. Alors que Rome et Milan permettent une double présence stratégique Nord/Sud de l’Italie.
Choisir Sofia (Bulgarie) assure aussi la structuration du lien entre les Balkans, la Méditerranée et l’Europe de l’Ouest. Quand Tel-Aviv apporte « une résilience pour le trafic entre l’Europe et l’Asie », assure le groupe. Le conflit au Moyen-Orient pourrait, toutefois, rebattre les cartes de ces ambitions dans les prochains mois.
