À l’aéroport Marseille-Provence, les produits alimentaires et d’hygiène saisis lors des contrôles de sécurité sont désormais récupérés et redistribués chaque mois aux personnes dans le besoin.
Une bouteille d’huile d’olive, un pot de pâte à tartiner, un gel douche encore scellé. Chaque jour, au contrôle de sécurité, des passagers de l’aéroport Marseille-Provence doivent abandonner des produits dépassant les 100 ml autorisés en cabine. Longtemps, ces denrées ont fini à la poubelle. Depuis fin janvier, elles alimentent une chaîne solidaire locale.
À l’origine du projet, Jérôme Dominjon, chef de projet multiservices à l’aéroport. « Je passais le contrôle de sûreté et, en attendant mon tour, j’ai vu une famille qui s’est vu retirer bon nombre d’articles. Je me suis dit que ce n’était pas possible de continuer comme ça avec un tel gâchis. L’idée m’est venue de transformer un gaspillage en action solidaire », raconte-t-il. Des dispositifs similaires ont déjà été mis en place à Nantes ou à Nice.
Du contrôle à la collecte
Encore fallait-il organiser la filière. ICTS, en charge de la sûreté, propose désormais aux passagers de faire don des produits retirés, avec leur accord. Seules les denrées fermées et scellées sont conservées, un pré-tri étant effectué sur place. « Cela facilite le contrôle pour nous, il y a beaucoup moins de tensions avec les passagers », souligne Caroline Vidal, cheffe d’équipe.
Prestataire de l’aéroport depuis 2019 pour la gestion des déchets, Suez a structuré la collecte. « C’est une question de bon sens : comment revaloriser ces flux pour qu’ils soient utiles aux plus précaires ? », explique Donia Joly, en charge de l’innovation sociale et circulaire.
Le Samu social municipal de Marseille prend ensuite le relais. Les équipes viennent récupérer les dons trois fois par semaine. « Avec l’augmentation du prix des denrées, de plus en plus de personnes basculent dans la précarité », rappelle Elsa Peinturier, responsable. D’après le rapport annuel sur la pauvreté en France, Marseille compte plus de 200 000 habitants en situation de grande précarité.
1,5 tonne de produits récupérés le premier mois
Sur le premier mois, 1,5 tonne de produits a déjà été redistribuée : environ 1 500 bouteilles et canettes, 950 boîtes et conserves (confiture, thon, sauces…), 1 100 produits d’hygiène (crèmes solaires, gels douche, déodorant…), ou encore bouteilles de champagne et fromages… À l’année, le volume pourrait atteindre 15 à 20 tonnes. Environ 40% des produits confisqués sont déjà entamés et ne peuvent pas être redistribués.
Les petits formats d’hygiène sont donnés directement lors des maraudes du Samu social. D’autres produits d’hygiène, boissons et produits alimentaires sont quant à eux déposés dans les locaux du nouvel accueil de jour public récemment inauguré en centre-ville, au sein duquel les personnes dans le besoin peuvent se doucher et prendre une collation.
Ce que le Samu social ne peut redistribuer est orienté vers d’autres associations partenaires, comme la régie de quartier Noailles-Belsunce. Et certaines trouvailles font des heureux. « Les écoliers de Belsunce sont super contents parce qu’ils ont de la pâte à tartiner, ce qui n’arrive pas si souvent, grâce aux usagers de l’aéroport », poursuit Elsa Peinturier.
Alors que le trafic passe d’environ 600 000 passagers par mois en période creuse à 1,5 million l’été, le dispositif devrait monter en puissance. Un meuble dédié devrait bientôt permettre aux voyageurs de déposer leurs dons avant même de passer aux bornes de contrôle.