12 offres ont été déposées pour sauver l’entreprise Jott, placée en redressement judiciaire depuis fin décembre. Le destin des doudounes colorées sera scellé lors d’une audience début mars.

Ce 5 février marquait la date butoir du dépôt des offres pour la reprise de Jott. L’entreprise de doudounes marseillaise, placée en redressement judiciaire depuis le 18 décembre, a suscité l’intérêt des repreneurs avec « 12 offres déposées », nous affirme son administrateur judiciaire, Maître Frédéric Avazeri.

Le tribunal des activités économiques de Marseille se laisse désormais un mois pour étudier les dossiers. L’offre retenue par la justice sera annoncée début mars, lors d’une audience décisive pour les doudounes colorées.

Rattachée au groupe Jaguar Topco, la société dispose aujourd’hui de 130 boutiques en France et en Europe et réalise 60% de ses recettes en France, contre 40% à l’international. Elle est divisée en deux entités : JOTT France (24 millions d’euros de CA avec 183 salariés) et Jott Opérations (55 millions d’euros de chiffres d’affaires en 2024 avec 98 salariés).

JOTT, Une dizaine d’offres de reprise pour sauver les doudounes Jott, Made in Marseille
Salle d’audience du tribunal des activités économiques de Marseille.

La dégringolade en 2023

Cependant, la situation financière de Jott n’est pas au beau fixe. Entre 2023 et 2024, son chiffre d’affaires est passé de 150 à 80 millions d’euros. En mars 2024, l’entreprise a par ailleurs été notifiée d’un redressement au titre de droits de douane de 430 000 euros et aurait aussi perdu un partenaire logistique important.

« Les commandes en grande quantité demandaient beaucoup de trésorerie. Jott doit en plus payer son propre réseau de distribution, donc des charges fixes importantes tous les mois », analyse Jocelyn Meire, fondateur du réseau des professionnels de la mode Fask.

Pour continuer l’exploitation de l’entreprise, les actionnaires avaient ainsi réinjecté huit millions d’euros dans le capital en décembre 2024, comme le détaillent les comptes sociaux de Jott Opérations que nous avons consultés. Une deuxième salve de financement de 99 millions d’euros s’est ajoutée en avril 2025.

JOTT, Une dizaine d’offres de reprise pour sauver les doudounes Jott, Made in Marseille
Les doudounes JOTT © Margot Geay

Après une ascension fulgurante en 2022

Entre temps, la gouvernance du groupe a également changé. Didier Lalance, président de 2021 à 2024 de Jott, a pris la tête de l’Occitane, laissant les rênes de l’entreprise à Benjamin Durand-Servoingt, ancien du groupe ETAM.

Difficile pourtant d’imaginer ce scénario début 2023. Didier Lalance avait reçu les journalistes en grande pompe dans le show-room de 200 m2 du siège social flambant neuf de la rue François Arago (5e), pour vanter une année de croissance extensive en 2022 après la reprise du fonds L. Catterton (groupe LVMH) début 2021.

En seulement un an, l’ancien patron se félicitait d’être passé de « 70 à 150 millions de chiffre d’affaires ». Mais aussi d’avoir ouvert 200 boutiques, dont 45 à l’international, et du recrutement de plusieurs équipes au siège.

JOTT, Une dizaine d’offres de reprise pour sauver les doudounes Jott, Made in Marseille
© Jott

« Une boîte sexy avec une belle image »

Alors, le succès a-t-il été trop rapide ? Selon Jocelyn Meire, également président du syndicat Mode in Sud, le marché mondial de la doudoune, très concurrentiel, n’a pas aidé. « Quand tu as des concurrents asiatiques comme Shein ou Uniqlo, c’est difficile de faire le poids », note l’expert. D’autant que les doudounes Jott, produites en Chine, se vendent entre 150 et 300 euros pièces.

Cependant, le spécialiste reste « optimiste » pour la reprise du fleuron marseillais. « C’est une boite sexy avec un bon produit, un beau réseau et surtout une belle image ». Contrairement à Kaporal qui pâtissait d’une « image abîmée et plus complexe ». Pour rappel, Kaporal a été liquidée en juillet dernier après une reprise par les salariés.

Actuellement, Fil Rouge, dernier atelier de confection textile du Sud Est, placé en redressement judiciaire depuis janvier 2026, est aussi sur le fil. « C’est une mauvaise nouvelle pour la filière mode régionale. Mais nous avons aussi des boites qui marchent comme Sessun et des créateurs très dynamiques », tient à rappeler Jocelyn Meire.

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