C’est l’un des enjeux de la ville de demain : se dévêtir. Au maximum en tout cas, les immeubles feront office de tenue minimale exigée. La ville doit surtout retirer son imperméable : les bitumes, dalles, parkings… À force de vouloir tout couvrir, la cité moderne rencontre des problématiques de gestion des eaux, d’îlots de chaleur, mais aussi de bien-être des habitants. Et moins elle est vêtue, plus elle devient séduisante pour la biodiversité. Focus sur Euroméditerranée où une expérimentation est actuellement menée.

Comme la politique du tout-voiture, la politique du tout-tuyau héritée du siècle dernier a atteint ses limites. Alors que l’artificialisation extrême a étanchéifié les sols, la pluie n’a pas décidé d’arrêter de tomber. Il a fallu lui trouver des échappatoires, via des réseaux de canalisation complexes, coûteux, parfois communs aux eaux usées. C’est le cas à Marseille, avec un réseau en partie « unitaire ». Mais le climat provençal offre des épisodes pluvieux aussi rares qu’intenses. Résultat : des risques d’inondations difficiles à contenir et une station d’épuration centrale débordée lors de fortes pluies.

Des bassins de rétention ont été construits ces 20 dernières années pour éviter les rejets récurrents. Comme le bassin Ganay, un édifice souterrain monumental achevé en 2017 pour 54 millions d’euros. Malgré ses 50 000 m3, il se remplit en moins d’une demi-heure lors de pluies exceptionnelles. Il permet toutefois de réduire les débordements par deux et de répondre à la réglementation européenne.

Une ville couverte à 95 %

Au lieu de s’échiner à redimensionner le réseau d’assainissement, certains envisagent plutôt de réduire la quantité d’eau à gérer. Pour cela, il suffit de la laisser s’infiltrer naturellement : reperméabiliser les sols que l’urbanisation moderne a rendu presque entièrement étanches.

« À 95 %, en ce qui concerne les 14 hectares du futur écoquartier des Fabriques », précise Rémi Costantino, chargé du développement et de l’innovation pour Euroméditerranée, plus grande opération de renouvellement urbain d’Europe. Ce quartier moderne ambitionne d’être un démonstrateur de la ville durable méditerranéenne. Bien-être des habitants, transition énergétique, construction bas carbone…

Parmi les nombreux critères de la ville du futur, « la désimperméabilisation est devenue centrale et transversale pour nous. Comme pour toute opération d’urbanisme moderne », confie l’ingénieur de formation. Sur les 4 hectares d’espace public du futur écoquartier, « on ambitionne d’atteindre 60 % perméables, contre 5 % aujourd’hui ». Un tiers constituera des espaces verts de pleine terre. Les deux tiers seront des « revêtements perméables circulés », comme les trottoirs et pistes cyclables.

Un jardin d’expérimentation

Seules les routes ne peuvent laisser l’eau s’infiltrer « à cause de la pollution qui s’y dépose et contamine l’eau ». Pour le reste, chaque mètre carré doit être remis en terre, végétalisé, ou revêtu d’un matériau filtrant. « Soit 2,5 hectares de surface à reperméabiliser sur Les Fabriques. Chaque site a des contraintes particulières, en fonction de son état d’origine et de sa vocation future ». Pour cela, un véritable laboratoire à ciel ouvert a pris place au sein même du quartier en mutation : le jardin d’expérimentation.

Porté par Ilex, mandataire de l’équipe de maîtrise-d’œuvre des espaces publics du quartier des Fabriques avec Egis, il réunit les savoir-faire de recherche du CNRS et de l’Université de Montpellier. Un parking dégoudronné et arboré, un trottoir en pavé « drainant », un espace inutilisé remis en terre et végétalisé… La « perméabilité maximale des sols » est testée sur « 81 planches d’essai », explique Rémi Costantino.

Au-delà des enrobés, bétons, pierres naturelles à joints poreux, d’autres parcelles testent des méthodes de remise en terre et de végétalisation. Elles permettent à la nature de retrouver des espaces d’expression en améliorant la qualité de vie et le bien-être des habitants. Mais aussi de réduire les îlots de chaleur d’une ville devenue trop minérale face au réchauffement climatique. « Euroméditerranée est un établissement public, donc on est partageur sur ces innovations ! », lance Rémi Costantino. Il précise que de nombreux opérateurs, publics ou privés, sont invités sur le site pour reproduire ces dispositifs ailleurs. « Dans des contextes urbains similaires autour de la Méditerranée, mais aussi des régions dont les climats ressembleront au nôtre dans le futur ».

Objectif 2030 : « Zéro artificialisation nette »

Pour éviter d’avoir à tout reperméabiliser, il faudrait commencer par diminuer l’artificialisation : « tout processus impliquant une perte d’espaces naturels, agricoles ou forestiers conduit à un changement d’usage et de structure des sols », selon le Plan biodiversité présenté en 2018 par le gouvernement. Il estime à 20 000 hectares la surface des terres artificialisées chaque année en France, entre 2006 et 2016.

À ce rythme, « 280 000 hectares d’espaces naturels supplémentaires seront artificialisés d’ici 2030 ». Date à laquelle le gouvernement souhaite atteindre le « zéro artificialisation nette », qui nécessiterait de réduire de 70 % l’artificialisation, et de renaturer 5 500 hectares par an.


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