Le Parc national des Calanques est un exemple atypique, comme nous l’explique son directeur dans un article précédent. Mais pour François Bland, l’archipel du Frioul est « un cas particulier dans un cas particulier ».

Tout d’abord, il dispose d’une biodiversité terrestre adaptée à des conditions géologiques et climatiques uniques. « Il s’agit du site le plus sec de France, précise le Conservatoire du littoral, co-gestionnaire et propriétaire foncier de la quasi-totalité des îles. L’exposition au vent d’Est et au Mistral, l’importance des embruns et la présence d’un substrat calcaire très perméable sont les facteurs principaux du développement d’une flore spécifique, très rare, et unique en France ». L’Astragale de Marseille, le Lys des sables ou la Petite Saladelle en sont les têtes de proue, fragiles et protégées.

Sa faune est tout aussi remarquable. L’archipel constitue un site majeur de nidification pour les oiseaux marins pélagiques de Méditerranée. Trois d’entre eux sont des espèces d’intérêt communautaire dont l’État s’est engagé à assurer la conservation : le Puffin cendré, le Puffin de Méditerranée et l’Océanite tempête.

Un pied dans le parc, l’autre en dehors

Sans oublier la biodiversité aquatique. Dix-sept espèces sont protégées autour du Frioul, comme le Mérou Brun, la Grande Nacre ou la Cigale de Mer. Les fonds sous-marins de l’archipel jouissent d’une qualité mondialement reconnue. Ses reliefs et calanques créent de nombreuses « nurseries » pour les jeunes poissons. Six habitats marins à forte valeur patrimoniale ont été identifiés autour des îles, dont un d’intérêt prioritaire : l’herbier de Posidonie.

Mais la protection de cette plante aquatique, marqueur de la bonne santé écologique locale, se heurte à un autre particularisme du Frioul : son fonctionnement au sein du Parc national. Ce dernier partage la gestion du site avec les deux propriétaires fonciers, la Ville de Marseille pour la partie village, le Conservatoire du littoral pour le reste de l’archipel. « La partie terrestre est en cœur de parc, mais pas la partie maritime », rappelle François Bland.

Comment alors mettre en place des mesures de protection pour les herbiers de Posidonie ? Le Conservatoire du littoral a dû entamer une procédure d’affectation du domaine public maritime, qui devrait être validée par l’État prochainement.

Les insulaires se mettent au vert

Il pourra ainsi dérouler une opération de préservation et de renaturation sous-marine. Zone de non prélèvement, interdictions de mouillages pour les bateaux… Il pourra mettre en place ces dispositions réglementaires maritimes, comme c’est le cas dans le reste du Parc national.

Car une autre spécificité de l’archipel reste « la forte cohabitation homme-nature », explique François Bland. D’abord car son paysage unique, sa qualité balnéaire, et sa situation à 15 minutes du Vieux-Port de Marseille attirent « entre 400 000 et 500 000 visiteurs par an ». Mais aussi car le Frioul est habité. « C’est un quartier de Marseille », rappelle le directeur du Parc.

Gestion des eaux usées, de l’énergie, activités humaines de loisirs ou professionnelles… Ces dernières années, les questions environnementales « sont devenues un enjeu majeur pour ce territoire insulaire. Nous souhaitons en faire un exemple d’éco-habitation et d’éco-développement ». Le Frioul a d’ailleurs intégré Smilo, le programme mondial de coopération pour accompagner les petites îles vers une gestion durable. « Tout est encore à faire, le chemin est encore long », mais les différents acteurs impliqués comptent en faire « un véritable laboratoire des îles durables méditerranéennes ».


Ferme biologique : Le Frioul, capitale européenne de l’aquaculture

Depuis 1989, Provence Aquaculture élève des poissons dans des fermes flottantes à 4 kms de Marseille, au cœur de l’archipel du Frioul. Elle est la première ferme aquacole à avoir obtenu le label Agriculture biologique en Europe. Loups des Calanques ou Daurades royales, la production atteint désormais 60 tonnes par an. Les enclos d’élevage occupent la calanque de la Bonne Brise à l’Est de l’île de Pomègues. Pourquoi ? Pour la qualité de ses eaux, reconnue depuis bien longtemps. Autrefois, les écaillers utilisaient ce site pour y faire retremper leurs coquillages. Cette zone est l’une des rares à être préservée des activités industrielles, agricoles ou urbaines dans la baie de Marseille.

En plus d’être épargnée par les pollutions humaines, « la situation de la calanque préserve la ferme des tempêtes tout en assurant un bon renouvellement des eaux grâce à sa large ouverture à l’est », assure Aurélien Bergeron, co-gérant d’Aquaculture Provence. Et ces eaux pures devraient le rester. Une étude a démontré la neutralité de l’impact de l’exploitation sur l’environnement. Elle a permis à Provence Aquaculture d’obtenir le statut d’Installation Classée pour la Protection de l’Environnement (ICPE). Vous pouvez déguster leurs dorades l’esprit tranquille.

, L’archipel du Frioul, laboratoire des îles durables méditerranéennes, Made in Marseille

Alcool d’agave : à la santé des plantes locales

« Il y a trois ans, on se baladait sur l’Ile du Frioul lorsqu’on a remarqué qu’elle était envahie d’agaves, racontent Justine Batteux et Axel Schindlbeck. Ces plantes, non-endémiques et considérées comme envahissantes, étaient en train d’être arrachées dans le cadre du projet Life Habitats Calanques », se rappellent-ils.

Prévu jusqu’en décembre 2022, ce dispositif visant à préserver et restaurer les habitats naturels littoraux du Parc national, « cherchait un moyen de revaloriser ce déchet vert, poursuivent les deux associés. Nous avons proposé d’en faire un alcool ». Ainsi naissait Josiane, le premier alcool d’agave 100 % « made in Marseille ». Bouteille épurée, design minimaliste et liquide cristallin… Il aura fallu trois ans de travail à Justine, Axel et le distillateur Martial Berthaud, pour faire déguster le fruit de leur labeur.

« L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a identifié les espèces exotiques envahissantes comme étant la troisième cause mondiale de l’érosion de la biodiversité », nous explique Laureen Keller, chargée de mission Life Habitats Calanques. « Le problème des agaves, c’est qu’ils se développent bien plus vite que les plantes endémiques fragiles du Frioul », comme l‘astragale, le plantain à feuilles en alène, la saladelle ou l’astérolide maritime, qui perdent petit à petit du terrain. Afin de les protéger, des opérations d’arrachage sont régulièrement organisées. Pour le plus grand bonheur des plantes endémiques et des fêtards locaux.

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Du 3 au 10 septembre, Marseille accueille le Congrès mondial de la nature de l’UICN. Made in Marseille, partenaire officiel de l’événement vous propose de découvrir son tout premier magazine hors-série spécial « transition écologique ».

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