Laurent Lhardit, adjoint en charge du dynamisme économique, de l’emploi et du tourisme durable nous livre les grandes lignes de sa feuille de route pour la ville de Marseille et sa vision de « l’économie de demain » dans la deuxième ville de France.

C’est le « Monsieur économie » de la Ville de Marseille. Depuis presque un an, Laurent Lhardit est adjoint en charge du dynamisme économique, de l’emploi et du tourisme durable. Une vaste délégation au sein de laquelle il se sent « comme un poisson dans l’eau ».

À la tête d’un cabinet de conseil spécialisé dans l’élaboration et la conduite de stratégies d’opinion, l’élu qui met un point d’honneur à maîtriser tous ses dossiers, met aussi à profit son expertise pour porter le projet du Printemps marseillais.

Au-delà de la question de l’emploi, il défend la vision d’une économie « qui va construire à Marseille et s’épanouir avec ses habitants. Elle doit aussi relever les défis des transitions écologique, numérique et énergétique, entamer la relocalisation des activités, tout en intégrant des activités nouvelles, lesquelles ne doivent pas être perçues comme une contrainte, mais comme une opportunité », dit-il, avec la « conviction forte, qu’à Marseille, on peut fabriquer l’économie de demain ».

D’un territoire en friche naissent les opportunités

À plus d’un titre, Laurent Lhardit considère Marseille « comme une ville en friche », propice à l’installation d’entreprises, « qui arrivent à trouver leurs profits et leurs marges », tout en contribuant à la réinvention de la ville. « Je ne vois pas beaucoup de villes en Europe aujourd’hui, peut-être Berlin, il y a une dizaine ou une quinzaine d’années, qui puissent présenter autant d’opportunités pour les entrepreneurs dans le secteur de la construction par exemple, que ce soit des entreprises de BTP, des promoteurs, des gens qui ont envie de développer des projets, qui savent travailler autrement qu’en rasant des terrains pour y déposer des cubes ». 

Des grands groupes aux petites et moyennes entreprises, Laurent Lhardit a rencontré une centaine de patrons avec lesquels il parle le même langage. Avec les chambres consulaires, le dialogue est « extrêmement fluide », même s’il admet qu’il aura fallu une période « pour rassurer. Mais nous l’avons fait assez rapidement et on continue en pénétrant au fond du cœur social de l’économie de la ville », dont l’un des poumons reste les TPE-PME.

Elles représentent un vecteur important de création d’emplois pour l’adjoint. « Ce sont des entreprises qui ont besoin d’apports, de bureaux de taille modeste ou dans des étages et pour lesquelles nous portons un intérêt particulier, avec le but de leur donner la possibilité d’avoir un cadre de développement favorable pour que demain, elles puissent embaucher un 3e, 4e ou 5e salarié ».

« Des projets économiques qui ont du sens »

La municipalité se place comme « facilitatrice », pour l’installation de « projets économiques qui ont du sens », non pas parce qu’ils sont conformes à l’ADN du Printemps marseillais, mais parce qu’ils « collent aux besoins de la ville », affirme l’élu. C’est le sens de la démarche initiée dans le cœur de ville et les noyaux villageois aux côtés, entre autres de Rebecca Bernardi, pour appuyer le développement d’activités artisanales ou tertiaires.

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L’idée est d’orienter la destination de certains locaux qui appartiennent à la Ville. Sans agiter le chiffon rouge de la préemption, ce droit devient un « outil de dialogue », avec les propriétaires et les bailleurs ; et à terme un facteur d’attractivité pour le territoire.

Sur ce point, l’élu estime d’ailleurs qu’une « erreur stratégique a été commise », car le Marseille qui a été vendu « c’est celui d’Euromediterranée. Ce n’est pas un problème de politique de gauche ou de droite, mais aujourd’hui les grandes entreprises qui ont les moyens de s’installer à Euroméditerranée, ce n’est pas la grande masse des entreprises qui, potentiellement, peuvent s’intéresser à la ville de Marseille. Il faut être cash, il faut dire quel est l’état de la ville aujourd’hui », explique l’adjoint ; pour qui dans cette vaste opération, « la volonté de la Ville n’a pas été suffisamment forte pour s’imposer dans le dialogue entre Euroméditerranée et les promoteurs ».

Vers un tourisme plus durable

L’attractivité repose également sur l’activité touristique. La Ville prône en la matière un tourisme « qualitatif » plutôt que « quantitatif » et mise sur un tourisme plus durable pour limiter la sur-fréquentation de ses sites.

L’adjoint au maire délégué au tourisme – qui a échoué à être élu président de l’Office métropolitain du tourisme et des congrès de Marseille – travaille avec la structure de manière constructive. « Ce qui va nous permettre d’aborder correctement la saison estivale », avant une prochaine étape de négociations à la rentrée pour trouver un fonctionnement efficient « entre celui qui paye et celui qui a la responsabilité de l’Office ».

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Il y a quelques semaines, la majorité municipale a affirmé sa position sur la question des croisières, en mettant fin à son adhésion au Club de la croisière.

Sceptique sur les chiffres des dernières études, la Ville va ainsi « proposer, probablement de manière partenariale, de relancer des études qui soient fiables permettant de véritablement mesurer le phénomène. Elles doivent être menées de façon objective sur les dépenses par passager, combien véritablement descendent des bateaux et bien sûr régler la question environnementale ; au travers d’un suivi réel. Il ne s’agit plus de savoir si l’on est capable d’aller balader un capteur au-dessus d’un bateau, mais de déterminer véritablement les conséquences en termes de qualité de l’air sur les habitants et donc sur la santé publique ».

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Renforcer le dialogue Ville-Port

Malgré cette position sur les croisières, le Grand port maritime de Marseille apparaît comme un enjeu majeur pour l’élu. « C’est le cœur battant de la ville. Ces dix-sept mille emplois. C’est par là que cette ville est née. Aujourd’hui, l’enjeu des bassins est extrêmement important », insiste Laurent Lhardit, intarissable sur le sujet.

Parmi les axes forts, le renforcement de la relation Ville-Port. Dans ce cadre, la Mairie de Marseille participe à la 3e édition du Smart-Port Challenge, en lançant un défi d’innovation sociale ou « comment faire communiquer le port avec les habitants qui vivent à proximité ? Comment donne-t-on la voix aux habitants sur ce qu’est le port et, inversement, comment donner à voir les difficultés qu’éprouvent les habitants ? Tout ça, ce n’est pas évident ».

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De la jeunesse au numérique : des fractures à réparer

L’une de ses priorités majeures : la jeunesse, qu’il estime « abandonnée, marginalisée ». Plus précisément l’emploi chez les jeunes. « Quelle ville peut se priver d’une part aussi importante de ses ressources, de ses forces vives ? C’est absolument impossible », poursuit l’élu, attaché à recoudre le Nord et le Sud de cette ville. « S’il y a une raison pour laquelle j’ai eu envie de m’investir en politique à Marseille, c’est celle-là. C’est la seule. C’est un gâchis collectif pour l’ensemble des habitants et le gâchis de dizaines de milliers de vies de gens dont on considère que leur seul destin, c’est d’avoir un accès aux systèmes sociaux et qu’ils se tiennent tranquilles ».

« S’il y a une raison pour laquelle j’ai eu envie de m’investir en politique à Marseille c’est celle-là. C’est la seule ».

Dans un système d’accès à l’emploi extrêmement complexe, qui compte de nombreux acteurs et de dispositifs, Laurent Lhardit propose de « rassembler tout le monde », afin de réaliser un diagnostic partagé. Une base qui permettra à la Ville d’élaborer des propositions pour rendre cet ensemble « plus efficace ».

Dans cette volonté de recoudre la ville, travailler sur la résorption de la fracture numérique fait partie des missions de l’élu. Il planche sur l’élaboration d’une charte avec les opérateurs, la Ville et les habitants dont l’originalité repose sur le souhait d’une mutualisation des opérateurs « pour répondre aux demandes des habitants sur les insatisfactions de service et soutenir le déploiement de la fibre ».

« Je rêve qu’un jour on ne parle plus d’économie sociale et solidaire, mais d’économie tout court »

Fabriquer l’économie de demain passe également par l’économie sociale et solidaire. Des mutuelles aux associations, en passant par les start-up, les entreprises ou organisations dites du « social » se distillent sur les territoires comme un « virus bienfaisant ».

Porter un autre regard sur les quartiers Nord

Dans toute cette diversité « importante », l’exemple de l’Après M illustre la vision de la Ville en la matière. « Nous sommes sur quelque chose de très intéressant, car le projet part de gens qui sont nés dans le quartier et qui ont l’intention d’essayer de changer eux-mêmes leur quartier », poursuit le social–démocrate. Si l’on veut recoudre la ville, il faut que l’on soit capable de donner un regard différent sur ce qu’on appelle les quartiers Nord. La première chose qui peut permettre de donner un regard différent aux quartiers Nord, c’est d’arrêter de montrer qu’on les aide. On va être des facilitateurs dans cette opération, mais ils vont s’aider tous seuls ».

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Sur le champ de l’ESS, la Ville souhaite également développer des tiers-lieux, pour l’implantation de projets, en activant là encore la logique foncière. « Peut-être, aussi à terme, faire un peu plus de place pour l’économie sociale et solidaire au sein d’incubateurs, etc. Ils ont finalement les mêmes problèmes que rencontre n’importe quelle start-up de la Tech qui arrive avec une bonne idée, et prête à travailler 20 heures par jour. À la fin, il faut quand même payer un loyer… Je rêve qu’un jour on ne parle plus d’économie sociale et solidaire, mais d’économie tout court. Cela voudra dire d’une certaine manière que l’économie aura été pénétrée de cette mission-là ».

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