Le président de la Soleam, Lionel Royer-Perreaut, a présenté la feuille de route de la société publique locale d’aménagement. Une réponse au rapport de la Chambre régionale des comptes, très critique envers l’action de la structure dans la dernière décennie.

L’invitation à la conférence de presse annonçait la présentation de la feuille de route du président de la Société locale d’équipement et d’aménagement de l’aire métropolitaine (Soleam), Lionel Royer-Perreaut. Il s’agissait avant tout d’une réponse au rapport incisif de la Chambre régionale des comptes (CRC) Provence-Alpes-Côte d’Azur, sur lequel le maire LR des 9-10e arrondissements, et président du bailleur social 13 Habitat, s’est largement étendu.

Retards, projets abandonnés ou transformés, objectifs non atteints, finances… Les critiques de la CRC sont nombreuses et détaillées, jusqu’à questionner l’existence même de la société publique d’aménagement. Toutefois, le président a souhaité y répondre dans une posture constructive.

« Certains politiques sont très réactifs lorsqu’ils sont contrôlés, condamnent les conclusions et critiquent l’institution », a-t-il introduit. « Ce n’est pas ma façon de faire. L’état de droit, les organes de contrôle, c’est sein. Je le vois comme une plus-value, un point d’appui sur lequel je vais avancer, un moyen de nous challenger ». Sans manquer toutefois de partager les responsabilités avec la « gestion passée », ou les “concédants” (les collectivités, dont la Ville de Marseille et la Métropole Aix-Marseille-Provence, actionnaire à 80 %).

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Lionel Royer-Perreaut tenait une conférence de presse en ligne ce mardi 21 avril

Coûts de gestion, cumul des retards, projets abandonnés…

La CRC rejoint le président de la Soleam sur ce dernier point : « En effet, les collectivités actionnaires […] modifient régulièrement en profondeur les projets voir les mettent en sommeil pendant de longues périodes ». Une des explications du bilan peu flatteur dressé sur 147 pages décrivant de l'(in)action de la Soleam sur la dernière décennie (2010-2018), 2010 date de sa création.

La chambre a examiné en particulier la grande opération de rénovation urbaine marseillaise confiée à la société publique en 2018. Baptisée « Opération grand centre-ville », ce vaste chantier de rénovation urbaine du centre ancien, dotée d’un budget de plus de 230 millions d’euros, devait, à l’origine, s’achever en 2020, avant d’être repoussée jusqu’en 2025. « Fin 2018, soit huit ans après le début de la concession, des retards importants étaient à constater. De nombreux pans de l’opération ont été abandonnés et les réalisations concrètes se sont avérées éloignées des objectifs de départ ».

Comme les 1 500 logements nouveaux prévus initialement, dont « 31 seulement avaient été réalisés fin 2018 ». Lionel Royer-Perreaut rappelle toutefois « qu’on est en 2021. Aujourd’hui, 200 sont programmés ».

La CRC poursuit avec l’opération de soutien à la rénovation des immeubles par les propriétaires privés qui « n’a pas non plus donné de résultats probants ». Ou encore des opérations « non prévues initialement », comme la rénovation de la Plaine (place Jean-Jaurès) qui « s’est déroulée dans des conditions chaotiques ».

Enfin, au bilan opérationnel s’ajoute le bilan financier : « les coûts de gestion de l’opération grand centre-ville se révèlent élevés eu égard aux chantiers réellement achevés ».

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L’opération d’aménagement de la Plaine fait partie des dossiers qui ont cristallisé les critiques autour de la Soleam ces dernières années.

Vers une réorganisation profonde de la Soleam ?

Face à ce tableau, qu’il a peu contesté sur le fond, Lionel Royer-Perreaut a présenté un plan d’actions. D’abord un audit de la société sur les questions financières, organisationnelles et sur la commande publique. Les conclusions sont attendues avant l’été et seront interprétées « en croisement avec les observations de la CRC ». Elles aboutiront à une série de mesures de « court et moyen termes ». Comme « la réorganisation de l’ingénierie interne » de la Soleam. Elle comprendra des volets de formation pour « développer les compétences en interne », en particulier sur les questions d’éco-responsabilité dans l’urbanisme.

Des mesures techniques précises sont déjà programmées : la mise en place d’une « comptabilité analytique » pour une meilleure maîtrise financière des opérations, et plus de transparence. Il annonce par ailleurs la clôture dès 2021 de plusieurs concessions « à l’arrêt » pointées par la CRC : Mardirossian, la Valentine et le Rouet. Il encourage la Métropole à lui permettre d’en faire de même pour celle de La Barasse.

Stabiliser et dépolitiser la gouvernance

Cette question de la gouvernance des opérations avec les collectivités concédantes est d’ailleurs au centre de la réflexion. « L’audit me permettra aussi d’auditionner les donneurs d’ordre, la Ville (Marseille) et la Métropole », affirme Lionel Royer-Perraut.

L’enjeu ? « La Soleam ne peut pas vivre en fonction décisions prises au fur et à mesure des mandats, des changements d’objectifs en cours de route. On perd du temps et de l’argent ». Sa réponse pour stabiliser les prises de décisions et faire aboutir les opérations : « il est nécessaire de mettre en place une programmation et un pilotage pluriannuels ».

Il affirme avoir tenu « 21 comités de pilotage avec la municipalité » depuis sa prise de fonction, insistant sur l’importance de la dépolitisation de la question du logement.

Spla-in : concurrente ou partenaire ?

Une critique centrale de la CRC concerne la nouvelle Société publique locale d’aménagement d’intérêt national (Spla-in), créée par les collectivités et l’État pour répondre à la crise de l’habitat indigne et dégradé à Marseille, dont les effondrements de la rue d’Aubagne ont été le triste révélateur. La chambre estime que « la question du devenir même de la Soleam se pose » avec cette nouvelle structure, dans la mesure où elle « intervient sur le même territoire du centre-ville que la Soleam ».

Un doublon ? Une concurrence inutile ? Lionel Royer-Perraut rappelle que certains îlots échappent au domaine d’intervention de la Spla-in, et qu’elle s’ajoute à une série d’autres structures : « Euroméditerranée, la Spla-in, la Soleam, le programme Anru… Nous devons trouver notre place dans cet empilement ».

Pour trouver une juste complémentarité, il rencontrera très prochainement le directeur général de la nouvelle société publique d’aménagement, Franck Caro, pour « co-construire ensemble un partenariat fort […] une coordination intelligente ». La Spla-in pourra par exemple confier un certain nombre de missions à la Soleam.

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