Equilibre budgétaire non-maîtrisé, choix d’investissement contestables, patrimoine à l’abandon… À quelques jours du débat d’orientation budgétaire au Conseil municipal, le maire de Marseille a présenté l’audit des finances de la Ville réalisé par le cabinet Deloitte. Au regard des résultats, Benoît Payan n’exclut pas travailler sur la fiscalité pour dégager des marges de manœuvre.

Lors de notre interview la semaine dernière, le maire de Marseille levait le voile sur quelques chiffres de l’audit des finances de la Ville, réalisé par le cabinet Deloitte. « La situation calamiteuse reflète 25 années d’abandon des comptes publics ». C’est dans cette même veine que Benoît Payan est entré, ce jour, dans les détails d’un audit baptisé « Marseille, les chiffres officiels d’un héritage ». 

Cet audit était une promesse de campagne. Après le rapport de la Chambre régionale des comptes qui étrille la gestion de l’équipe précédente jusqu’à 2017, la collectivité souhaitait un état des lieux précis sur les trois dernières années, pour  « voir si la situation avait évolué », indique Joël Canicave, l’adjoint aux finances de la Ville de Marseille.

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Pour la réalisation de cette audit, la Ville est passée par l’Union des groupement d’achats publics qui travaille avec de gros cabinets d’audit, ce qui permet d’éviter les appels d’offres. L’audit a été réalisé dans le cadre d’un marché public à 200 000 euros. L’audit en lui-même a coûté 70 000 euros.

Une dette à 1,5 milliard

Premier enseignement : la situation est « bien pire qu’en 2019, il n’y a pas de ville en France dans la même situation. Il n’y a plus d’argent dans les caisses, il n’y a plus d’épargne. Il était important de voir la réalité en face avec un document dûment analysé et documenté », assène Benoît Payan.

1,54 milliard. C’est le montant de la dette, fin 2020, annoncé par le maire de Marseille. « Comme pour un foyer, ce sont ces investissements qui permettent de construire la ville de demain. Notre épargne brute était plutôt dans la norme, mais en réalité, elle ne prend pas en compte la dette. Nous avions un budget de 1,5 milliard d’euros, il nous reste à peine 13 millions d’euros d’épargne dans les caisses. C’est là, le véritable scandale. Nous allons terminer l’année 2020 avec une épargne nette de plusieurs millions d’euros », poursuit l’édile, en égrenant quelques exemples de « gabegies ».

La Corderie d’abord. Sujet brûlant sur lequel l’ancienne opposition, Benoît Payan en tête, s’était élevée : « 2,4 millions d’euros que les Marseillais ont dû dépenser pour un immeuble privé ». Il déroule : « 50 millions d’euros pour la patinoire, c’est le coût de 3 piscines ou de 9 bibliothèques. Le scandale ne va pas s’arrêter là, car nous sommes condamnés à payer 1,5 millions d’euros pour fabriquer de la glace. C’est la patinoire la plus chère du monde. C’est un peu la piste de ski à Dubaï au milieu de la Capelette ». 

Un tacle au passage au stade Vélodrome, « dont la mauvaise négociation financière nous a coûté 93 millions d’euros », sans oublier l’accueil des Jeux Olympiques en 2024, événement pour lequel la municipalité a déjà fait baisser la facture. « La précédente mandature avait prévu de payer 45 millions d’euros. Je refuse de payer. 90% sont payés de la poche des Marseillais, là où les Parisiens n’ont payé que 15% ». Et c’est ce qu’il compte dire cet après-midi lors d’une réunion organisée en préfecture. « Je veux que la Ville paie moins de 10 millions d’euros pour accueillir ces épreuves, je sais que c’est possible ».

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13,16 millions de marge dégagée en 2019

Le maire parle « d’indécence », quand le Samu Social doit assurer sa mission avec 50 000 euros et que dans le même temps, la Ville débourse 150 000 euros pour l’organisation du Red Bull Crash Ice, 150 000 euros pour l’élection de Miss France au Dôme, « et qu’en plus il faut rembourser un opérateur 48 000 euros, pour un spectacle qui n’a pas pu se produire. La dette, c’est cette accumulation de scandales financiers, d’indolence face à la dépense. Je les avais déjà dénoncés, comme Jean-Marc Coppola. Ce qui est nouveau, c’est le poids qui pèse sur la ville, que nous allons devoir porter pendant des années ». 

Benoît Payan remet aussi en cause la participation à de grands événements économiques internationaux, comme au Mapic, le salon international des centres commerciaux qui se déroule chaque année à Cannes : « 180 000 euros par an pendant 18 ans pour un stand. Plus de 3 millions d’euros au total pour 3 jours à Cannes alors que nos commerçants connaissent tant de difficultés ».

À cela s’ajoute, selon l’élu, la gestion de la crise sanitaire dont le coût pour la Ville est estimé à 100 millions d’euros, même si 4 millions d’euros de remboursement partiel pour les masques sont attendus de la part de l’État. 13,16 millions, c’est la marge dégagée disponible en 2019 pour financer les dépenses d’équipement nécessaire.

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Etre inventif pour dégager des marges de manœuvre

Dans ce contexte, la majorité veut être « inventive », pour repartir sur « un cercle vertueux », et poursuivre les investissements pour construire « une ville plus juste, plus verte et plus vertueuse ». Les économies passent par la renégociation de la dette dont la demande, selon Joël Canicave, n’avait « jamais été faite par la précédente majorité ». Ce délai devrait éviter le remboursement de 4 millions sur 2020. « On n’empruntera pas plus de 200 millions et on fera en sorte que ça aille dans les investissements. Nous avons la volonté, même si c’est difficile, de dépasser 1,5 milliard d’investissement sur le mandat. On va trouver les moyens de le faire ». 

Dans chacune de leur délégation, « les élus sont tout de suite allés chercher des solutions à mettre en place », ajoute Olivia Fortin, adjointe en charge de la modernisation des services de la Ville.

Comme annoncé lors de notre grand entretien réalisé la semaine dernière, le maire évoque également différents leviers d’action, comme le patrimoine communal pour lequel il entend déployer une stratégie. Mathilde Chaboche, l’adjointe à l’urbanisme, fait état d’un contrat avec la Soleam de 9 millions d’euros par an pour maintenir le parc de 35 immeubles, propriétés de la Ville, « parfois en situation de péril ». Et le maire d’ajouter : « Pendant 2 ans, la Ville a payé un loyer d’un étage entier vide de 1 245 m². Les services qui les occupaient avaient déménagé mais la municipalité n’avait pas résilié le bail ». Économie encore, avec la mutualisation de certains équipements avec de nouvelles formes d’usages.

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À la recherche de partenaires

Conscient qu’il ne pourra pas tenir ses engagements seul, le Printemps marseillais compte s’appuyer sur « des partenariats et qu’on dise bienvenue à des personnes qui veulent investir dans la Ville ». Pour l’adjoint à la culture, Jean-Marc Coppola, d’ailleurs, « l’art de la politique, c’est de trouver des solutions dans des situations inextricables. Ce rendez-vous de transparence ne traduit pas du tout un désengagement. Il y a tout un chantier de partenariats à construire ».

Au-delà, « tout bon projet trouvera son financement dès lors qu’il sera solide et concret, estime Mathilde Chaboche. Il faut accepter de faire des choix, être courageux pour dire qu’on ne pourra pas tout faire en même temps ». C’est dans cette logique que le Printemps marseillais ira taper à la porte des autres collectivités et surtout de l’État. D’ores et déjà, les 43 millions d’aides de la Région Sud sont bien prévus. « Le Département aussi nous doit de l’argent et j’espère que ça nous aidera sur ce budget 2021 », précise l’adjoint aux finances.

Le plan de relance constitue aussi une opportunité. « Nous avons déposé auprès de l’État des dossiers pour plus de 200 millions d’euros. Nous avons eu des réponses positives sur plus de 20 millions d’euros et on espère monter plus haut. D’autres projets sont en cours de finalisation. Chaque élu est en train de voir quel projet peut être éligible ».

Hausse des impôts à venir ?

Et pour Benoît Payan, l’État doit « venir non pas en assistance mais pour faire vivre la République dans la deuxième ville de France ». Il compte sur lui concernant le milliard d’euros pour les écoles de Marseille : « Pour avoir des aides, il faut des projets concrets. Nous allons faire des écoles vertueuses et c’est ce qui va être présenté. C’est assez nouveau pour l’État d’avoir des gens qui font des propositions. C’est une question d’intérêt général ». 

Quant à la fiscalité, le maire estime qu’à ce stade « il manque encore trop d’éléments », mais qu’il ne se privera d’aucune marge de manœuvre. Il y a quelques semaines, il s’était pourtant opposé à la hausse des impôts préférant retravailler sur « la justice fiscale ». Le sujet nécessite pour lui une discussion avec le chef de l’Etat. « Quoi qu’il en soit, nous allons fabriquer une trajectoire qui nous permette de sortir la tête de l’eau. On ne sera pas ceux qui mettront la Ville en cessation de paiement et sous tutelle ».

Le débat d’orientation budgétaire, prévu lundi 8 février à l’occasion du conseil municipal, devrait être agité. Le vote du premier budget du Printemps marseillais, lui, est prévu au mois de mars.

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